Channel Zero saison 3 : la boucherie sociale

14/10/2019

Titre : Channel Zero : Butcher's Block

Créée par : Nick Antosca

Avec : Olivia Luccardi, Holland Roden, Rutger Hauer, ...

Format : 6 épisodes de 40 minutes

Diffusion : 2018

Genre : Horreur, drame

Résumé : Alice est une jeune femme fraîchement débarquée dans cette nouvelle ville. Elle découvre une série de disparitions qui pourraient être liées aux tréfonds d'un des pires quartiers de la ville. Aidée de sa sœur Zoé, elles vont découvrir que quelque chose a pris les habitants de la ville pour proie.

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Quand on parle d’anthologie horrifique en série, on pense d’abord à American Horror Story au vu de la réputation qu’aura acquis la série de Ryan Murphy au fil de ses saisons. Pourtant, une autre œuvre télévisuelle située dans le même milieu mériterait une plus grande publicité. Limitée à quatre saisons, Channel Zero se tourne également vers le fantastique mais sans aller directement sur les plates-bandes d’American Horror Story. Chaque saison se limite ainsi à six épisodes de 40 minutes et suit la réappropriation d’une CreepyPasta, ces histoires d’horreur inondant Internet avec plus ou moins de succès. Au vu de la sortie de la troisième saison chez Elephant films, tapons dès lors quelques mots sur le contenu de « Butcher’s Block ».

Il se dégage de cette nouvelle salve quelque chose d’atmosphérique, comme si l’air ambiant de cette petite ville où atterrissent Alice et Zoé était infecté. Cela n’est guère étonnant étant donné l’important sous-texte de ces six épisodes : la destruction d’une ville par un trauma passé à la manière d’un Stephen King auquel on pensait souvent en voyant « Candle Cove ». Ici, comme Pennywise infecte Derry pour mieux se nourrir de ses habitants, la famille Peach fait de même avec un ancrage plus socio-économique. En effet, leur situation financière et la pauvreté qu’ils auront provoquée par leur « disparition » fait de Butcher’s Block une catastrophe sociale, où les pauvres sont relégués loin des yeux, prêts à être sacrifiés pour le palais de ces riches cannibales.

Leur orientation gustative correspond à l’image que l’on se fait du désastre qu’ils ont provoqué, en plus des meurtres commis pour des repas confectionnés avec autant de soin que d’horreur. C’est une véritable lutte sociale qui se crée, passant par cette échelle imaginaire que seuls les élus (mais surtout les déchus) peuvent grimper. Tout ce fond contamine l’horreur de la série, conférant plus de dramaturgie au récit, notamment par la relation adoptée entre ce policier et son père commissaire. On en vient à une interrogation sur les erreurs de nos parents qu’il faut réparer afin de construire une société meilleure, un sujet bien actuel d’ailleurs.

On peut également retrouver par ce biais une interrogation sur une forme de déterminisme affectant les protagonistes : l’histoire policière, en effet, mais aussi la relation entre Alice et Zoé au vu de leur passé dramatique avec leur mère. Ce moteur narratif se verra retourné dans sa construction relationnelle avec efficacité, bien aidé par l’alchimie se trouvant entre les deux actrices principales mais aussi la mise en scène de ces six épisodes.

Ceux-ci adoptent, comme à l’habitude dans « Channel Zero », un rythme proche du faux calme, une terreur sourde qui frappe avec brutalité, le tout avec un style léché et proche d’un certain surréalisme rappelant Twin Peaks, légendaire série de David Lynch qui aura su traumatiser les spectateurs par ses insertions horrifiques. C’est également le cas ici, le basculement vers l’horreur se faisant avec implacabilité, rendant les quelques sursauts amenés plus réussis encore. On ne parle guère de jump scare mais d’images purement cauchemardesques au potentiel de traumatisme certain. On n’en parlera pas plus afin que vous puissiez mieux en être imprégnés.

En effet, « Channel Zero » est une série qui mérite de se découvrir par soi-même pour mieux être frappé par ses tourments dramatiques. Bien différente des deux premières salves « Candle Cove » et « The No-End House », « Butcher’s Block » rappelle même par instants « American Horror Story » dans certaines de ses orientations. Mais ne vous y trompez pas : cette troisième saison développe sa propre mythologie avec réussite durant 4 heures d’effroi amenées graduellement mais sans aucune échappatoire possible, tel un cauchemar au malaise ambiant et aux scènes fortes. C’est donc une véritable réussite qui se découvre d’un trait mais de préférence pas avant d’aller se coucher, sous peine d’être hanté par certaines de ses images…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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