Le Diable s'habille en Prada

19/10/2019

Titre : Le Diable s'habille en Prada

Réalisateur : David Frankel

Avec : Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci, Simon Baker, ...

Genre : Comédie

Durée : 1h50

Nationalité : Américain

Sortie : 27 septembre 2006

Résumé : Fraichement diplômée, Andrea débarque à New York où elle décroche le job de rêve en tant qu’assistante de la rédactrice en chef d’un prestigieux magazine de mode. La jeune femme voit ce nouveau travail comme un tremplin vers une illustre carrière de journaliste. Mais sa boss, la redoutable et tyrannique Miranda Priestly, va très vite lui donner une idée de ce qu’est l’enfer.

.

Le Diable s’habille en Prada fait partie de ces films que je ne me lasse pas de revoir. C’est vrai, il est difficile de résister à la moindre de ses rediffusions. Cette comédie, menée par le fantastique duo Streep-Hathaway, est devenue incontournable.

Réalisée par David Frankel, cette comédie dramatique est l’adaptation du roman éponyme de Lauren Weiberger paru en 2003. Cette satire du monde de la mode est directement inspirée de l’expérience de cette dernière dans ce milieu. A peine diplômée, elle a été recrutée pour être l’assistante d’Anna Wintour, la mythique rédactrice en chef du magazine Vogue. L’année intensive passée à ce poste l’inspire à tel point qu’elle se lance dans l’écriture de son premier roman, Le Diable s’Habille en Prada, avec pour protagoniste principale une certaine Miranda Priestly, redoutable prêtresse de la mode à la tête d’un grand magazine, rappelant curieusement son ancienne patronne. Tandis que le personnage d’Andrea Sachs est plutôt un miroir d’elle-même et de son expérience. Rapidement, le studio Twentieth Century Fox se montre particulièrement intéressé par le livre, alors même qu’il n’est pas encore terminé. A l’époque, la vice-présidente de la société de production, Carla Hecken, déclare que selon elle, Miranda Priestly est « l’un des plus grands méchants de tous les temps ». Peu de temps après, Twentieth Century Fox acquiert les droits d’adaptation cinématographique, dans laquelle on retrouvera nul autre que Meryl Streep et Anne Hathaway dans les rôles de Miranda Priestly et Andrea Sachs.

Le film met en scène Andrea Sachs (Anne Hathaway), surnommée « Andy », une jeune journaliste en herbe à la recherche d’un emploi après l’obtention de son diplôme. A l’opposé des tendances vestimentaires du moment, elle décroche néanmoins le job de rêve : assistante de Miranda Priestly (Meryl Streep), l’intraitable rédactrice en chef du prestigieux magazine Runway. Malgré son aversion totale pour le monde de la mode, qu’elle juge totalement superficiel, ses conditions de travail humiliantes et les demandes toujours plus exigeantes de sa terrible patronne, elle décide de rester à ce poste pour l’expérience, en vue de trouver un travail de journaliste plus intéressant dans le futur.

Andy n’entre pas dans le moule de ce milieu si particulier, ses vêtements dépareillés dénotent avec les nouvelles tendances Chanel ou Dior, ce qu’Emily Charlton (Emily Blunt), la méprisante première assistante de Miranda Priestly, ne manque pas de lui faire remarquer. Assise au bureau en face d’Andy, Emily est féroce, à l’affût des moindre potins, elle ne vit que pour son job et n’a qu’un seul objectif : accompagner Miranda à la Fashion Week de Paris.

La jeune assistante est rapidement dépassée par la démesure des exigences de sa patronne. Mais sa rencontre avec Nigel (Stanley Tucci), le directeur artistique du magazine, va faire changer les choses. Il entreprend de la relooker entièrement et l’aide à s’affirmer dans son nouveau milieu. Et ça marche ! A chaque jour sa nouvelle tenue ultra tendance. Miranda remarque ces changements et impressionnée, elle confie à Andy des missions plus importantes. Néanmoins, en parallèle, les amitiés et la vie de couple de la jeune femme commencent à battre de l’aile.

Miranda Priestly est une boss redoutable au regard d’acier, parée de tenues et accessoires des marques les plus prestigieuses. C’est une femme de poigne, égoïste, cruelle, crainte par ses employés mais surtout respectée par la profession. Cette patronne intransigeante est incarnée par l’incroyable Meryl Streep. Personne d’autre n’aurait pu interpréter ce rôle tant elle y est parfaite.

L’actrice, reconnue par vingt et une nominations aux Oscars, ne tente pas d’être une caricature d’Anna Wintour, qui a inspiré le rôle (elle ne prend par exemple pas l’accent britannique). Elle apporte une dimension unique à ce personnage charismatique et d’une classe certaine. Ce rôle lui vaut d’ailleurs le Golden Globe de la Meilleure actrice dans un film musical ou une comédie et sa quatorzième nomination aux Oscars.

Meryl Streep est un réel génie dans ce film. Elle crée ici son propre personnage, avec ses propres manières (sa voix, sa démarche, son regard), à la fois détestable et pourtant si complexe. Elle joue notamment sur sa façon de parler, adoptant une voix douce, presque susurrante. L’actrice a révélé qu’elle s’était inspirée du calme glacial de Clint Eastwood pour cette manière particulière de parler, qui avait surpris tout le monde sur le tournage car beaucoup s’attendaient plutôt à une voix stridente. Pourtant cette voix posée est certainement plus intimidante que n’importe quel cri de sa part. Pour l’apparence, l’actrice s’est confiée s’être inspirée de Carmen Dell’Orefice, d’Helen Mirren pour la coupe de cheveux et de l’élégance et de l’autorité de Christine Lagarde.

De plus, certaines de ses répliques les plus mémorables ont été improvisées. C’est par exemple le cas pour la scène dans laquelle elle démontre à la jeune Andrea (qui s’excuse de ne pas en savoir plus sur les tendances vestimentaires) la connexion entre le pull bleu qu’elle porte ce jour-là et l’industrie de la haute couture, témoignant de l’importance de la mode dans la société contemporaine. Dans ce brillant monologue, la grande prêtresse de la mode développe différentes anecdotes historiques, culturelles, économiques sur le « bleu céruléen ». Une réplique saillante et précise et pourtant complètement inventée par Meryl Streep pour la scène.

La rédactrice en chef du magazine Runway est considérée comme la méchante de l’histoire, mais la réduire à cette simple étiquette est ne pas percevoir la complexité de ce personnage aussi fascinant qu’antipathique.

D’une part, cette étiquette est justifiée lorsque l’on voit son attitude méprisante, irrespectueuse et ses inlassables exigences. Elle terrifie littéralement ses employés, qui s’affolent rien qu’en apprenant son arrivée imminente dans les bureaux du magazine. Elle harcèle Andrea avec ses appels téléphoniques, auxquels la jeune femme doit obligatoirement répondre, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Et la trahison de Nigel, son partenaire professionnel depuis de nombreuses années, ne fait qu’accroître cette liste. Alors oui, dans ce sens il est vrai que Miranda est un tyran détestable.

Mais il est intéressant de regarder d’autres facettes de la femme d’affaire afin de la percevoir dans son ensemble et dépasser sa représentation de « diable » du film. En effet, l’est–elle réellement dans la mesure où son but est d’être la plus parfaite possible ? Elle poursuit l’excellence et adopte les comportements et codes qui lui semblent adéquats pour cette quête. Pourtant, en y réfléchissant à deux fois, bien qu’exécrable par son attitude, elle est une femme d’affaire modèle : impliquée, compétente et respectée dans son domaine d’exercice professionnel ; elle se fixe des objectifs et se donne les moyens pour les atteindre. Miranda est une femme intransigeante qui refuse de changer son comportement pour mettre les autres à l’aise, elle n’est pas juste et manque cruellement d’empathie pour le monde qui l’entoure mais elle s’est peut-être simplement adaptée aux exigences que cet univers lui imposait. Par ailleurs -oui il faut bien sortir la carte du genre-, un patron masculin avec de tels comportements ne serait probablement pas jugé aussi sévèrement et on parlerait de lui comme de quelqu’un d’accompli, d’efficace et pas uniquement comme un tyran. Il faut comprendre que Miranda n’a qu’un but dans la vie, celui d’exceller dans son domaine professionnel, d’être au plus proche de la perfection et bien que sa morale soit à revoir, on ne peut pas lui enlever le travail forcené qu’elle accomplit pour y parvenir. Elle représente, dans un sens, à quel point certaines industries peuvent être néfastes voire complètement déshumanisantes lorsque l’on veut réussir.

Miranda Priestly est un personnage fascinant car elle ne montre rien et il est dur de la connaître entièrement, voire impossible. Cependant, au fil du film, d’autres facettes d’elle se révèlent, et certaines de ses faiblesses. Une scène particulièrement marquante est celle dans laquelle Andy retrouve Miranda dans sa chambre d’hôtel. Celle-ci a une mine défaite et ne porte pas de maquillage. Elle se confie à son assistante sur son divorce. Cette scène est particulièrement intéressante car elle permet de voir derrière son apparence dure et froide ; on la découvre vulnérable et déstabilisée. Cela montre que la redoutable femme d’affaire n’est au final qu’un être humain avec des émotions -bien qu’elle s’efforce de les cacher derrière ce masque sévère rempli d’indifférence. Une femme détestable à souhait, que personne ne voudrait en boss et pourtant en même temps si fascinante tant on veut savoir ce qui se cache derrière les tenues chics et le regard d’acier.

Meryl Streep est époustouflante dans ce rôle dans lequel on adore la détester. Il n’y aurait pu y avoir de meilleure interprète.

En face de la magistrale Meryl Streep, Anne Hathaway incarne la jeune Andrea Sachs, avec un naturel stupéfiant. Elle est irrésistible dans ce rôle qui lui tenait à cœur et pour lequel elle a insisté et travaillé dur.

L’actrice y est parfaite, rendant le personnage d’Andy -jeune diplômée simple, maladroite, modeste et passionnée qui débarque dans la Big Apple au rythme effréné- réellement attachant. Son expérience donne au spectateur soit l’envie de travailler pour un tel magazine, soit au contraire de ne jamais y mettre les pieds. Affublée de vêtements trop grands ou dépareillés, Anne Hathaway interprète en toute justesse les hauts et les bas de la métamorphose de la jeune femme. Car oui, Andy connaît une véritable métamorphose. Cette expérience va la changer et surtout la faire grandir. En un sens son histoire représente l’entrée dans le monde professionnel avec les difficultés qui l’accompagnent.

Lorsque l’on rencontre Andrea au début du film, c’est une jeune diplômée en journalisme en quête d’expérience, remplie d’enthousiasme. Celui-ci va être rapidement mis à rude épreuve par son entrée dans le monde cruel et intense de la mode, dans lequel elle se retrouve totalement absorbée, y perdant de vue au passage la personne qu’elle était.

Au premier abord naïve, avec une facile tendance à juger, la jeune femme va apprendre dans ce nouvel univers à acquérir de l’assurance (notamment grâce à Nigel) ainsi que de la maturité. Mais elle va aussi commettre des erreurs qui vont lui permettre d’en apprendre plus sur elle-même et surtout de savoir quelle femme elle ne veut pas devenir : celle prête à tout -quitte à laisser ses valeurs de côté- pour réussir. Andrea ressort de cette expérience professionnelle ardue indéniablement plus femme, plus adulte, plus sûre d’elle et de ses choix.

Ce qui est intéressant avec ce personnage, c’est que tout du long, elle s’accroche à ses valeurs fondamentales, écoute son cœur jusqu’au bout, parvenant à survivre au monde de l’entreprise -et plus particulièrement à celui de la mode.

Une des plus belles choses chez Andrea est sa détermination, elle ne se laisse pas abattre même par les remarques les plus acerbes de sa patronne, elle se relève toujours.

Les personnages secondaires sont tout aussi plaisants. Chaque apparition d’Emily Blunt en Emily Charlton, première assistante de la rédactrice en chef de Runway, est succulente et on en voudrait encore plus. Son sens de l’humour est subtil et redoutable. L’actrice a fait le choix de conserver son accent britannique pour le rôle, qui était, selon elle, plus adéquat pour le personnage. Elle avait raison, son humour à la britannique convient parfaitement.

Cette vipère n’a qu’un objectif : aller à la Fashion Week de Paris. Elle déclare d’ailleurs dans une réplique culte : « Je fais un régime pour Paris : je ne mange rien et juste avant de m’évanouir, j’avale un petit cube de fromage. Une gastro par-dessus et ce sera parfait ! ».

Stanley Tucci, quant à lui, interprète Nigel, le directeur artistique haut en couleur de Runway, sans qui Andrea n’aurait probablement pas survécu bien longtemps chez Runway. Nigel est de bons conseils pour la jeune femme et après quelques petites remarques déplaisantes, il décide de la relooker. Et une fois sa garde-robe totalement retravaillée, il lui apprend à avoir l’assurance nécessaire dans ce milieu. Plus tard, il se retrouve sacrifié par Miranda afin de sauver sa propre place ; une trahison pas très classe pour ce partenaire professionnel de longue date.

On retrouve Simon Baker en tant que Christian Thompson, un jeune écrivain reconnu, qu’Andrea rencontrera à une soirée dans le cadre de son travail, et qui ne manquera pas de lui offrir son aide.

La mise en scène du long-métrage est à la fois fluide et captivante, accompagnée d’une bonne bande-son, il est difficile de décrocher. On ne s’ennuie pas une seconde.

Le Diable s’habille en Prada doit son succès probablement, d’une part, au fait que son histoire se déroule dans le milieu si fermé et passionnant qu’est le monde de la mode. Une porte ouverte sur cet univers intense, exigeant, voire cruel et pourtant terriblement fascinant. Le tout muni de personnages particulièrement attachants. Et il faut avouer que le duo formé par Meryl Streep et Anne Hathaway fonctionne à merveille.

Mais ça ne s’arrête pas là. Treize ans après sa sortie au cinéma, Le Diable s’habille en Prada débarquera en juillet 2020 à Broadway, avec Paul Rudnick à la réalisation (Les valeurs de la famille Adams). Adapté en comédie musicale par Elton John (Le Roi Lion, Billy Elliot), en charge de la musique pour ce nouveau projet. Ce qui prouve que cette histoire est toujours aussi tendance.

En bref, Le Diable s’habille en Prada est une comédie pétillante, attachante et rythmée, menée par des acteurs de génie. Elle est devenue indéniablement incontournable.

A voir ou revoir !

.

Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
8 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *