Mindhunter, une série qui vous obsède

25/10/2019

Titre : Mindhunter

Créée par : Joe Penhall

Avec : Jonathan Groff, Holt McCallany, Anna Torv, Stacey Roca, Joe Tuttle, Albert Jones, Michael Cerveris, Lauren Glazier, Sierra McClain, June Carryl, ... 

Format : 55 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Drame, policier, thriller

Résumé : En 1977, les agents du FBI Holden Ford et Bill Tench entreprennent différentes sessions d'entretiens avec des tueurs en série dans l'espoir d'établir une méthode de recherche plus efficace dans la compréhension des criminels violents. Ensemble, et avec l'aide de la psychologue Wendy Carr, ils vont tenter de cerner la personnalité de nombreux meurtriers afin d'acquérir les connaissances nécessaires à la résolution d'affaires criminelles à travers les Etats-Unis.

Fin des années 70, des routes longues et sinueuses aux bandes jaunes, une épidémie de meurtres, une plongée au cœur des ténèbres de l’inconscient, une virée suffocante dans la mentalité des meurtriers menée par trois personnages au profil distinct, voilà ce que nous réserve Mindhunter, ce thriller psychologique qui nous dépeint en toute honnêteté les débuts tâtonnants et incertains de ce qu’on appellera des années plus tard le profilage des tueurs en série.

Parfois, il nous arrive de regarder une série, un film ou bien de lire un livre et de se retrouver, longtemps après l’avoir terminé, toujours hantés par ce je ne sais quoi qu’il nous a été donné de vivre. Comme si quelque chose en nous avait été ébranlé à tout jamais et s’il est difficile de mettre tout de suite le doigt sur ce quelque chose, on ressasse encore, de temps à autre, certaines images, certaines paroles, jusqu’à ce que l’expérience se niche en nous comme une habitude pour s’endormir jusqu’au moment où l’on revit le tout. Ce fut le cas pour Mindhunter qui, au bout de deux saisons menées de mains de maîtres, continue encore de nous tourmenter, non pas en soulevant en nous quelque appréhension, mais bien en nous rappelant que l’on est loin d’avoir tout vu et tout vécu. Pourtant, l’histoire est simple, on nous raconte les débuts du profilage au sein du département des études comportementales du FBI à Quantico menés de concert au départ par deux agents quelque peu dépassés par leurs certitudes que l’on ne comprenait pas encore tous les enjeux de la psychanalyse appliquée aux meurtriers.

Inspirée des livres Mindhunter : Dans la tête d’un profileur et Le tueur en face de moi de John E. Douglas, la série se présente comme un thriller dans les années 70. Le premier épisode débute par un petit électrochoc assez habituel dans le genre des séries thriller. L’agent du FBI Holden, âgé dans la saison une d’une trentaine d’années, est appelé sur les lieux d’une prise d’otage. A son arrivée, il croit bien faire et s’adresse directement au forcené. Holden pense comprendre son interlocuteur, il choisit ses mots avec soin, calcule son temps de parole et tente tant bien que mal de cerner le preneur d’otages. Mais tout dérape en quelques secondes, secondes pendant lesquelles les certitudes de Holden volent en éclats. C’est là la première étape dans le cheminement du jeune agent car le véritable tournant est ailleurs : il prend la forme d’une rencontre fortuite dans un bar, une rencontre qui va changer le cours de l’histoire du FBI. Holden fait en effet la connaissance d’une jeune étudiante en sociologie dénommée Debbie. Outre la romance qui naît de ce premier contact, Holden fait ici l’expérience de son ignorance. Il se rend compte qu’il ne connaît rien en sociologie ni en psychanalyse lorsque Debbie lui parle de Durkheim et de ses théories sur la violence, dont il n’a absolument aucune idée. Holden est alors convaincu que son travail au sein des études comportementales est profondément incomplet, qu’il ignore tout un pan de la vie des meurtriers qu’il a la charge de comprendre pour la simple et bonne raison qu’aucun agent ne dispose des bons outils pour comprendre. Holden est persuadé que son département peut mieux faire, alors il reprend ses études et dans son esprit commencent à germer les prémices d’une nouvelle méthode d’analyse des tueurs qui sévissent aux Etats-Unis. Voilà comment débutât un véritable cheminement quasi spirituel pour la compréhension des « tueurs en séquence », comme ils les appellent encore à l’époque puisque le concept de tueur en série n’existait pas encore. Dans la vraie vie, ce travail de fourmi aura permis, à terme, de créer une base de données informatiques nommée le ViCAP, dont le but est de rapprocher des crimes sur tout le territoire américain puisqu’aux Etats-Unis, il existe des milliers de forces de polices indépendantes qui ne communiquent pas entre elles. Ajoutez à cela l’impossibilité juridique du FBI à intervenir dans des affaires locales de meurtre, vous avez un terrain de chasse tout à fait propice offert aux tueurs en série qui sévissent presque en toute impunité.

C’est un lourd fardeau que doivent alors porter Holden et son acolyte, l’agent Bill Tench, un homme assez bourru mais bienveillant. Les deux hommes forment un duo loin d’être original et que l’on connaît bien : celui du jeune agent plein de bonne volonté et borné, accompagné de l’homme plus âgé, plus retenu et qui en a vu d’autres. Quoi qu’il en soit, ce duo fonctionne très bien à l’écran et c’est avec une certaine fébrilité que nous les voyons évoluer. Holden et Tench officient au départ en tant qu’instructeurs pour la police, ils donnent des cours aux policiers des quatre coins des Etats-Unis en exposant les méthodes du FBI qui restaient alors très en surface, au grand dam de Holden. C’est pendant ces longs périples que ce dernier décide de s’attaquer au cœur du problème en s’adressant directement aux tueurs afin de mieux les comprendre. Il se rend alors dans une prison et demande à parler avec un tueur en série notoire. Holden, et un Tench récalcitrant, finissent par s’entretenir avec le fameux Ed Kemper, accusé de 10 meurtres dont celui de sa mère. Ed se révèle être très ouvert, il aime discuter avec la police et est tout à fait disposé à raconter ses exactions avec le plus grand détachement.

Cette première expérience se révèle presque grisante pour Holden qui ne peut plus s’en passer. Il est convaincu que ce n’est qu’en interrogeant des criminels que l’on sera capables d’établir une première base de recherche pour comprendre le comportement des tueurs et ce qui les pousse à passer à l’acte. Pour Holden, c’est toute la discipline qui est à construire afin de faire du FBI une cellule plus à même d’appréhender ces meurtriers. Seulement le directeur ne voit pas d’un très bon œil ces entretiens qui deviennent vite clandestins. L’interdit n’empêche pas Holden de poursuivre son oeuvre, bien au contraire. Il sera d’ailleurs très vite épaulé par Wendy Carr, Docteure en psychologie. Cette dernière aiguillera et affinera au mieux leur approche tout au long des deux saisons, non sans se heurter à l’obstination parfois puérile de l’agent Holden Ford. On en vient aux personnages de Mindhunter : chacun est à sa place, dans le sens où chacun apporte quelque chose à l’intrigue sans être de trop ni inutile. Le personnage de Holden est certes agaçant la plupart du temps mais on ne peut s’empêcher de s’attacher à lui. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’une approche particulière est adoptée pour chacun des protagonistes. Si pour Holden très peu d’importance est accordée à sa famille, ce n’est pas le cas pour Tench dont la vie privée nous est constamment exposée. Pour l’agent Carr, c’est la vie amoureuse qui est mise en avant pour mieux mettre en valeur la solitude du personnage en dehors de son travail qui occupe la majeure partie, si ce n’est la totalité, de sa vie. Ils forment tous une entité à part entière, solide et réaliste, qui ajoute à la saisissante honnêteté de l’intrigue qui ne nous épargne rien du quotidien de ces agents.

Les entretiens sont néanmoins extrêmement édifiants et glaçants, Holden interroge en effet un grand nombre de tueurs en série dont de très connus et il est toujours très étrange de voir de telles figures incarnées à l’écran. Les scènes d’interviews sont tournées de telle sorte que le temps semble suspendu, comme nous le sommes aux lèvres des interlocuteurs. Avec comme seul témoin et souvenir de ces échanges le magnéto, Holden met vite en place une espèce de rituel. Ce qui est intéressant avec Mindhunter, c’est la manière dont les chronologies finissent par se brouiller dès la saison 2. Parallèlement aux entretiens, on assiste à de vraies enquêtes qui mettent à contribution les nouvelles méthodes mises en place par Docteure Carr, Holden et Tench. A bien des égards, la saison 2 est celle qui hante le plus, peut-être parce que l’on assiste à une traque au suspense insupportable. Traque qui n’est autre qu’une histoire vraie.

Mindhunter est ainsi une série d’une froide brutalité, tant par les tons que par ce qu’elle décrit. On assiste à des séances d’entretiens, d’aucun conserveraient le terme d’interviews, sans filtre, filmées presque d’un seul tenant. Le duo voire le trio que forment Holden avec Tench puis Carr et même un troisième agent dans la saison 2 fonctionnent à merveille. Les dialogues sont travaillés et joués avec une rare franchise et ce choix de se concentrer sur des tueurs déjà appréhendés alors même qu’en parallèle, des policiers dépassés par des affaires insolubles et incompréhensibles sollicitent l’aide de Holden dont les méthodes d’analyses ne tardent pas à faire parler d’elles, rend le tout plus complexe. Un vent nouveau souffle sur le FBI au gré des pérégrinations de Holden, de ses ratés et de ses éclairs de génie. Si la saison 1 prenait son temps pour bien installer les intentions de la série et ses personnages, la saison 2 va encore plus loin en nous exposant toujours plus d’affaires et d’histoire vraies. L’affaire qui nous obsédera dans la saison 2 et vous fera peut-être chercher des explications sur Google nous est retranscrite et rejouée avec une justesse impeccable. Le suspense, la frustration, l’humour parfois, tout est dosé de telle sorte que rien ne déborde de ces épisodes. Rien n’est en trop et c’est bien là la preuve d’un scénario parfaitement maîtrisé.

L’autre point fort de la série tient aussi à sa réalisation. Cette dernière est grandiose, épurée, juste. Rappelons que les deux premiers épisodes ont été tournés et produits par David Fincher (le célèbre réalisateur de Fight Club, Seven, Zodiac et House of Cards). Les longs moments de silence interviennent exactement là où il faut, les plans sont habilement travaillés avec une esthétique de la fin des années 70 qu’on ne se prive pas de savourer. Mindhunter nous livre de très beaux plans auxquels s’ajoute une narration fluide, sans failles.

Peut-être certains trouveront-ils le rythme trop lent voire contemplatif avec une histoire qui met du temps à se mettre en place, mais c’est un parti pris de la part des réalisateurs. L’histoire prend le temps qu’il lui faut, non pas pour nous marquer sur l’instant mais pour nous marquer dans la durée. Il n’y a pas de grandiose au final, pas d’apothéose puisque la série reste au final une interprétation fidèle d’événements réels. Elle est aussi un questionnement de concepts, à savoir le mal et très souvent la banalité qui l’accompagne. Si vous êtes plus adeptes de thriller au rythme cadencé et martelé qui ne laisse aucun répit, alors Mindhunter pourrait vous décevoir. Car Mindhunter, ses images, ses émotions, ses intrigues et ses personnages s’impriment en nous comme une émotion, sans que l’on ne s’en rende compte.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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