Papicha - Un film percutant

19/10/2019

Titre : Papicha

Réalisateur : Mounia Meddour

Avec : Lyna Khoudri, Nadia Kaci, Yasin Houicha, ...

Genre : Drame

Durée : 1h45

Nationalité : Français, algérien, belge, qatarien

Sortie : 9 octobre 2019

Résumé : Alger, années 90. Nedjma, 18 ans, étudiante, rêve de devenir styliste. A la nuit tombée, elle se faufile à travers les mailles du grillage de la Cité avec ses meilleures amies pour rejoindre la boîte de nuit où elle vend ses créations aux " papichas ", jolies jeunes filles algéroises. La situation politique et sociale du pays ne cesse de se dégrader. Refusant cette fatalité, Nedjma décide de se battre pour sa liberté en organisant un défilé de mode, bravant ainsi tous les interdits.

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Présenté au festival de Cannes dans la section « Un certain regard », Papicha de Mounia Meddour n’est pas passé inaperçu sur la croisette. En effet, en cette fin de décennie qui aura vu émerger de nombreux mouvements de contestation liés au sexe dit « faible », le film a tout pour susciter notre intérêt. Un titre qui questionne et un synopsis qui résonne au plus profond de nous et qui fait écho aux problématiques que rencontrent nos sociétés, aussi bien occidentales qu’orientales : le corps de la femme. Encore et toujours ce sujet qui revêt tellement de facettes qu’un film ne suffirait pas à l’explorer.

Librement inspiré du vécu de la réalisatrice, Papicha nous raconte l’histoire d’une bande d’étudiantes en cité universitaire désireuses de vivre pleinement leur jeunesse. Pour ce faire, les demoiselles n’hésitent pas à faire le mur pour aller faire la fête. Parmi elles se trouve Nedjma, une jeune étudiante passionnée de mode qui use de ses talents de styliste amateur pour habiller les autres. Mais face à l’instabilité croissante du pays et à la montée inexorable de l’intégrisme religieux, Nedjma et ses camarades voient leur quotidien bouleversé. N’écoutant que son courage, la jeune fille décide de défier ceux qui tentent de la faire taire en organisant un défilé de mode.

À la nuit tombée, dans une cité universitaire bétonnée aux allures de prison, deux silhouettes se faufilent entre les barbelés. Une fois sorties de l’enceinte, les jeunes filles vêtues de joggings sont récupérées par un taxi. Le souffle court et l’adrénaline redescendant, elles jubilent : une fois encore, elles iront faire la fête. Malgré les remontrances du taxi-man, les filles insouciantes délaissent joggings et t-shirts pour leur tenue de soirée dans la joie et la bonne humeur, riant du danger qui les guette, jusqu’à l’inévitable inspection de la police. Là leur sang se fige, les regards se voilent de peur. Que ce soit la présence d’un homme dans l’habitacle ou le voile qu’elles posent en hâte sur leur tête, rien ne les protège de la violence de ces hommes armés. C’est ainsi que Mounia Meddour ouvre son film et annonce le ton : ce sera un ascenseur émotionnel alternant joie et drame, euphorie et peur, ambition et incertitude à travers le regard de femmes, et particulièrement celui de Nedjma.

Issue d’une famille dépourvue de père mais avec en son sein une mère bienveillante et à l’écoute de ses filles, Nedjma vit sa vie de jeune fille à 100 à l’heure. Elle est ambitieuse et se rêve à son compte en tant que créatrice de mode. Avec ses amies de la cité U, elle incarne l’idée qu’on se fait de la liberté, de la jeunesse et de la modernité dans les 90’s. Elles sont les papichas, les jolies filles dans le jargon algérois. Le film est défendu par un casting de jeunes talents prometteurs. Naturellement, certaines sortent du lot, comme Lyna Khoudri dans le rôle de l’ambitieuse et téméraire Nedjma qui porte le film à elle seule, ou Shirine Boutella, qui interprète une Wassila tout aussi intrépide et extravertie que sa compère mais plus incertaine, qui crèvent l’écran quand Amira Hilda Douaouda, qui campe la réservée et pieuse Samira et Zahra Doumandji, qui joue Kahina qui ne rêve que d’exil, se font un peu plus discrètes. Elles sont justes, naturelles, rafraîchissantes et dévouées aux rôles qu’elles portent. A travers le regard de l’héroïne, chacune joue sa partition pour faire émerger une vision plurielle de la femme algérienne, avec leurs différences tant dans leur mentalité que dans leurs actes. L’intrigue montre les inquiétudes des filles face à un avenir incertain après la fac, dernier rempart avant la vie d’adulte. Au fur et à mesure, ces incertitudes cristallisent les tensions qui apparaissent dans le groupe et menacent leur entente. Mais les moments de communion entre elles sont beaux ; à travers les rires, la danse ou encore le chant, elles s’unissent pour faire entendre leur voix.

Une voix que l’héroïne ne cesse de faire résonner. Nedjma veut des réponses quand on lui intime le silence et la résignation. Elle proteste, résiste et se rebelle pour défendre coûte que coûte ses idéaux et fait donc face à l’intégrisme religieux mais aussi aux mœurs préétablies du machisme qui s’insinuent dans toutes les strates de la vie. La pression sociale est partout, dans les rues où les « hittiste », ces hommes qui passent leur temps adossés aux murs des habitations, draguent lourdement, ou dans les transports où elles sont harcelées et pointées du doigt. Même l’intimité de leur chambre, lieu de refuge, ou l’enceinte de la fac, symbole du Savoir, n’offrent plus de rempart face aux violences et humiliations perpétrées par une marée de niquabs noirs. C’est surtout l’hypocrisie des  hommes de leur entourage qui est dénoncée, ceux qui prônent la soumission de la femme aux lois islamiques mais qui ne se dérangent pas pour poser des regards lubriques sur elles comme Mokhtar, le gardien de la cité U, faire du commerce comme le marchand de tissu avec Nedjma ou même les séduire comme Karim. Tous se dévoilent sous leur vrai jour et montrent leur nature profonde.

De manière générale, la construction dramatique du film ne souffre d’aucun accroc, il est plutôt dynamique, sans véritable temps mort, allant crescendo dans ce qu’il veut nous raconter. Mais en voulant bien faire, la réalisatrice a peut-être péché par excès de zèle dans certaines scènes. En atteste le cadrage de certaines scènes qui, au lieu de laisser le spectateur se faire sa propre idée de ce qu’il voit, le dirige en tout indiscrétion. On tombe parfois dans la démonstration de la souffrance avec des gros plans bien trop serrés sur les actrices, alors qu’elles n’en ont pas besoin pour nous faire ressentir le bouleversement émotionnel qu’elles vivent.

Dans sa volonté de raconter le désir d’émancipation des jeunes femmes dans l’Algérie noire des années 90, la réalisatrice n’aborde que partiellement les enjeux et la complexité de la situation de la jeune nation. Certes, ce n’est pas le but premier du film, mais l’expliquer un peu plus aurait renforcé le propos de ce dernier. Elle met l’accent aussi sur les décors pour restituer l’Alger de sa jeunesse, telle qu’elle l’a connu. Tourné en Algérie, le film a, à certains moments, un côté presque docu-fiction, mettant en avant certains lieux comme la casbah, la cité U, la plage mais aussi les particularités culturelles de la capitale, notamment à travers le langage avec le parler algérois ou le « françarabe », un métissage entre des mots français et arabes. Une identité revendiquée jusqu’au titre même du long-métrage.

A la différence du problème de cadrage cité plus haut, la mise en scène montre sans fioriture le processus de création, de l’arrivée de l’inspiration jusqu’à sa mise en application. On y voit le plaisir de créer mais aussi l’urgence de s’y donner corps et âme pour l’héroïne avec une matière première lourde de sens. Car le film pose un certain regard sur le motif du voile. Il y a le niquab, ce voile noir qui cache et oppresse le corps des femmes, et il y a le haïk couleur crème qui, dans sa forme traditionnelle, cache aussi mais revêt une aura de mystère et de coquetterie dans cette fameuse scène de partage entre une mère et ses filles. Nedjma se réapproprie ce bout de tissu : plié, roulé, déchiré, assemblé, le voile sous ses mains devient un objet de mode et de révolte face à l’obscurantisme. Désormais il sublimera et embellira les corps au lieu de les cacher. La couture, ce défilé, c’est sa réponse aux questions restées sans réponse.

En conclusion, Papicha de Mounia Meddour présente un film manifeste touchant et criant de vérité sur la condition des femmes au Maghreb, grâce à des interprètes investies qui touchent à la perfection dans leur jeu et à une mise en scène plutôt efficace dans son ambition de parler d’une période charnière du pays à travers ces femmes. Alors oui, la réalisation a quelques défauts mais son propos nous atteint au cœur et nous livre un message poignant et rien que pour ça, il vaut la peine d’être vu par le plus grand nombre. Pas assez ou trop vêtu, trop prude ou sexy, que ce soit dans la société algérienne ou même en France, la position du corps de la femme dans l’espace public pose encore problème, on y retrouve toujours ce besoin de lui assigner un rôle, une forme ou un comportement. Le contexte n’est certes pas le même mais le fond si. C’est en cela que le film résonne dans notre actualité aujourd’hui encore. Il serait temps de laisser les femmes disposer librement d’elles.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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