Peaky Blinders : ode au chaos

20/10/2019

Titre : Peaky Blinders

Créée par : Steven Knight

Avec : Cillian Murphy, Sam Neill, Helen McCrory, Annabelle Wallis, Sam Claflin, ...

Format : 55 minutes

Diffusion : Netflix, Arte

Genre : Drame, historique, policier

Résumé : Hanté par les fantômes du passé et au bord de la paranoïa, Tommy Shelby voit l'Angleterre entrer dans une nouvelle ère qui s'annonce bien sombre. Le krach boursier de 1929 et la montée du fascisme qui en découle révèlent au clan Shelby de nouveaux ennemis.

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De la suie, de la vapeur et du sang : non, ce ne sont pas là les prémices d’un très bon steampunk mais la palette visuelle d’une série désormais emblématique du paysage britannique : Peaky Blinders. La saison cinq est récemment sortie sur Netflix et sera diffusée le 24 octobre sur Arte, l’occasion de revenir sur cette saison qui, malgré une succession solide des événements, a perdu quelque peu de sa superbe.

Chaque nouvelle saison de Peaky Blinders apporte son lot d’ennemis à la famille Shelby et la famille Shelby ne laisse jamais un ennemi en vie bien longtemps. Cette saison débute sans surprise sur les chapeaux de roues avec une avalanche de problèmes, chacun plus pressant que l’autre : de l’IRA à un gang écossais en passant par la mafia chinoise sans oublier le krach boursier de 1929, Tommy Shelby se prépare à affronter un front compact d’ennemis, parmi lesquels s’en cachent des plus insaisissables.

La formidable expansion de la famille Shelby qui, rappelons-le, est partie de rien, nous fait vivre chaque saison sur le bord de nos chaises, tant on craint pour leur déclin. Mais d’audace en audace (et de crimes en crimes), le clan a réussi à gravir les échelons pour s’établir toujours plus haut dans la pyramide sociale, sans pour autant renier leurs origines. La saison quatre nous avait ainsi laissé un Thomas Shelby au plus haut, son siège de député socialiste récemment acquis à la chambre des Communes après avoir prouvé qu’il savait faire fi des hiérarchies sociales du Royaume-Uni. Nous sommes désormais, au début de la saison 5, en 1929 et les activités parallèles de la famille aux bérets tranchants se retrouvent impactées par le krach boursier de cette terrible année. Voilà que l’expansion familiale outre-atlantique connaît une fin brutale et sonne le repli stratégique dans le giron britannique. Cependant, le krach n’est qu’un prétexte et Tommy Shelby, qui foule alors les rues de Birmingham telles terres conquises, sait qu’il a le champ libre pour manoeuvrer puisqu’il n’a plus d’ennemis. Nous voilà donc bien curieux de découvrir ce que Steven Knight nous réserve comme cruelle déconvenue, car on le sait bien, chaque saison apporte un nouveau démon pour Tommy Shelby.

Peaky Blinders prend alors un nouveau tournant, pas si inattendu eu égard aux ambitions politiques de Tommy, mais autrement plus sombre. En effet, Tommy se retrouve à livrer bataille sur de nouveaux fronts : d’un côté le fascisme, et de l’autre lui-même. Cette nouvelle saison marque par sa brutalité psychologique, on nous montre un Tommy pris dans une dualité insoutenable où il doit composer avec différents traumatismes (celui de la première guerre mondiale toujours présent auquel s’ajoute la mort de sa femme, Grace) et une famille qui se délite dans une société en plein changement. Les temps sont obscurs, incertains, la montée du fascisme presque inarrêtable. Tommy se retrouve encore une fois dans des situations impossibles. Entouré de fantômes et de doutes, cette saison a pris un malin plaisir à tourmenter Tommy que l’on voit peu à peu sombrer dans les affres de la folie. Et c’est là peut-être le véritable tournant que prend la série. Car si on peut commencer à se sentir las des guerres de clans au bout de quatre saisons qui n’ont été que violence, la dimension politique, morale et psychologique que semble vouloir prendre la série pourrait bien redonner un souffle de vie à l’intrigue. L’arrivée de Sam Claflin dans le rôle d’Oswald Mosley, fasciste qui se lie aux anciens rivaux des Peaky Blinders, nous dépeint une situation étrangement familière, comme si l’on pouvait sentir encore les relents fascistes de l’époque.

Tu me fais peur Tommy.

Le tout nous est livré dans une prestation impeccable, une réalisation lisse et travaillée jusque dans les moindres détails par le truchement d’Anthony Byrne, le nouveau réalisateur de la saison. Peaky Blinders est une série qui se contemple aussi par la délicatesse de ses plans, bien que sombres et emplis de noirceur, il s’en dégage toujours une certaine poésie et une lecture particulière, tant du personnage que de la situation qui s’y trouve. Alors s’il faut déplorer quelque chose dans cette cinquième saison, c’est peut-être une certaine discontinuité dans le traitement des personnages féminins bien trop souvent relégués au second plan, des ellipses que l’on ne saurait trop expliquer et qui témoignent d’un scénario un peu trop stagnant jouant sur la patience du téléspectateur prêt à rester et attendre que quelque chose se passe, surtout une intrigue autour des gangs surexploitée. Du reste, le personnage de Tommy est toujours une réussite et l’on voit bien ici qu’il sombre petit à petit dans un état de folie. Arthur, le frère de Tommy, résume très bien cette inquiétude quand, lors d’une scène d’une rare violence, il murmure « Tu me fais peur Tommy. » On comprend alors que les prochaines saisons ne laissent à Tommy Shelby que deux possibilités : la rédemption ou la mort.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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