Piranhas : une criminalité inscrite socialement ?

08/10/2019

Titre : Piranhas

Réalisateur : Claudio Giovanessi

Avec : Francesco Di Napoli, Ar Tem, Viviana Aprea, ...

Genre : Drame, Policier

Durée : 1h52

Nationalité : Italie

Sortie : Juin 2019, Octobre 2019 en VoD

Résumé : Nicola et ses amis ont entre dix et quinze ans. Ils se déplacent en scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité. Ils ne craignent ni la prison ni la mort, seulement de mener une vie ordinaire comme leurs parents. Leurs modèles : les parrains de la Camorra. Leurs valeurs : l’argent et le pouvoir. Leurs règles : fréquenter les bonnes personnes, trafiquer dans les bons endroits et occuper la place laissée vacante par les anciens mafieux pour conquérir les quartiers de Naples, quel qu’en soit le prix.

.

Le milieu criminel aura connu maintes et maintes illustrations dans la fiction. Nous ne nous lancerons pas dans une énumération des longs-métrages s’inscrivant dans ce domaine tant la liste est longue et inscrit plusieurs titres dans la culture criminelle locale. C’est d’ailleurs le cas avec ce « Piranhas », ancré dans une Italie à la violence forte tout en étant institutionalisée. Le milieu des gangs résonne comme un moyen de survie, comme pour ces jeunes qui errent dans la ville en groupe, cherchant par tous les moyens à subsister et donc logiquement fascinés par la vie de rois menée par les dirigeants illégitimes de leurs quartiers.

Claudio Giovanessi filme ce microcosme avec un sens du réalisme qui force l’immersion du spectateur, plongé dans cet univers de violence comme Nicola et ses amis. On constate dès lors qu’il y a quelque chose de ritualisé et d’iconisé dans le milieu criminel, comme l’atteste l’origine du film (un roman de Roberto Saviano, journaliste ayant eu droit à une autre adaptation de ses écrits il y a plus de dix ans avec Gomorra). Logique dès lors qu’on croie au chemin en apparence ascendant de cette bande qui ne cherche dans l’illégalité qu’un moyen de survie.

La caméra de Giovanessi colle à ses acteurs, tous d’une grande crédibilité, et regarde sans jugement ces jeunes souffrant tant d’être socialement déphasés qu’ils plongent tête baissée dans une solution à première vue idéale, admirée avec le regard d’un enfant forcé à l’âge adulte par la société. Dès lors, la chute vers la violence et la dégradation de la situation oblige à une confrontation morale qui fait souffrir, enchaînement logique d’une situation cyclique que personne ne semble vouloir ou savoir briser. Ce déterminisme lourd est cadré avec un naturalisme saisissant, nous forçant à ne pas lâcher Nicola et ses amis tout en craignant un avenir qui ne peut être reluisant, chacun recopiant les leçons de figures dont l’idéalisme n’efface en rien une agressivité finalement inscrite socialement dans ces individus brisés.

« Piranhas » constitue dès lors un récit criminel prenant, au réalisme saisissant et filmant ces jeunes criminels sans jugement tout en n’ignorant pas la souffrance de leur existence. C’est exactement le genre de film qui joue de notre empathie tout en nous laissant interrogatif une fois son visionnage terminé, non pas sur la grande qualité de celui-ci mais sur notre ressentiment personnel face à la répétition d’une violence apparemment sans issue…

.

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
0 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *