S. : ludisme littéraire dans roman unique

22/10/2019

Titre : S.

Auteur : JJ Abrams et Doug Dorst

Editions : Michel Lafon

Prix : 20,00 €

Parution : 30 janvier 2014

Nombre de pages : 473 pages

Genre : Drame, Thriller

Résumé : Straka est le nom de l’écrivain le plus énigmatique du XXe siècle. Auteur de dix ouvrages sombres et scandaleux, il aurait trouvé la mort en 1946, sans que nul n’ait jamais découvert son identité. D’aucuns pensent qu’il est lié au déclenchement de la Première Guerre mondiale, d’autres, qu’il est le nom derrière lequel se cache une sinistre société secrète ; quelques originaux disent même qu’il s’agit de l’esprit d’une nonne martyre s’exprimant par l’intermédiaire d’une fillette de 9 ans ! Éric, doctorant en lettres fasciné par cet auteur, tente de percer son mystère. Pourtant, seul, il piétine. Ce n’est qu’en retrouvant la copie égarée du dernier ouvrage de Straka, Le Bateau de Thésée, annoté par Jennifer, une autre étudiante, qu’il avance dans son enquête. La jeune fille a un esprit plus audacieux que le sien, et ses théories farfelues pourraient bien être plus proches de la vérité que les siennes. Travaillant de concert, les deux étudiants sont désormais tout près de découvrir l’identité de Straka. Un secret qui a pourtant défié le monde pendant près d’un siècle. Et certains sont prêts à tout pour le préserver…

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Si JJ Abrams est connu pour la manière dont il s’est réapproprié des franchises à succès pour les relancer de manière modernisée (tout en les laissant ancrées dans leurs questionnements thématiques), on parle moins de la partie Transmédia de sa carrière. C’est ainsi qu’en plus d’être réalisateur et scénariste, Abrams s’est retrouvé dans la production, par le biais de sa boite Bad Robot, de films mais également de jeux vidéo, de séries et d’albums, tout en travaillant sur la composition (le générique de « Fringe », c’est lui) et en restant fasciné dans ses travaux par des méthodes de communication moderne se reposant sur une narration à diverses échelles de médiums (comme pour ses « Cloverfield »). Le voir donc s’atteler sur un roman était à priori quelque chose de surprenant mais finalement logique au vu de l’évolution de sa carrière. Et une fois les premières pages entamées, on se rend compte qu’on est face à du pur Abrams.

L’histoire se tisse ainsi sur deux narrations : celle interne au roman, « Le bateau de Thésée », et celle externe, entre deux étudiants débattant sur les secrets du livre. Cette façon d’écrire l’intrigue se révèle passionnante en lecture mais aussi dans l’inscription dans la carrière d’Abrams, abordant ses mythologies avec un point de vue amenant à un double questionnement : celui des personnages et celui du spectateur. En replaçant celui-ci dans l’histoire, il amène à une forme de centralisation de la réflexion de l’histoire, obligeant à regarder de l’intérieur pour mieux questionner les fondements narratifs et leurs implications.

C’est donc une forme de ludisme littéraire qui nourrit les deux intrigues et leurs imbrications, notamment par l’accompagnement d’objets permettant de donner un aspect plus matériel au récit tout en permettant de montrer que la littérature n’est pas tombée dans une désuétude fatiguée. L’objet livre se voit sublimé et sa réappropriation de la part des personnages par le biais des inscriptions sur le côté, en plus d’amener différentes situations temporelles, appelle au rappel de ces livres qu’on a tellement relus que l’on s’est permis de les annoter pour souligner les parties qui nous touchent. Dans une période dématérialisée où l’on se passe souvent du physique par raison pratique ou financière, une telle réévaluation de l’objet même s’avère procurer un réel plaisir, celui de tourner des pages nourries par cette double narration.

Mais que vaut celle-ci concrètement ? En plus de l’aspect symbolique amené plus haut, on peut déceler dans les deux cas des questionnements de personnages perdus, les uns répercutant dans l’histoire de l’autre cette même sensation de solitude émotionnelle, perte de repères à des âges multiples que l’on retrouve en permanence dans l’existence de tout un chacun. Il s’en dégage une sensibilité humaniste et universelle, un drame quotidien comme on en retrouve régulièrement dans la carrière d’Abrams. On pourra également raccrocher à ceci le rapport entre macrocosme et microcosme, d’un côté par une menace fantastique horrifique et de l’autre par la présence d’un mouvement aux intentions mystérieuses et à des histoires de théorie foisonnantes à souhait.

Difficile alors de ne pas être passionné par « S », lettre d’amour à la littérature jouant de son médium pour mieux rappeler les trésors dont il regorge tout en s’inscrivant dans la carrière de JJ Abrams par ses outils narratifs et ses questionnements. De quoi souligner que, qu’importe votre avis sur l’homme ou sur la qualité de sa carrière, il faut bien lui reconnaître une volonté de toucher à toute forme de médium pour mieux amener le drame humain, le divertissement de qualité et les multiples réflexions narratives et thématiques. Et cela fait du bien, dans un milieu artistique à qui l’on reproche un manque de relief sans chercher plus loin dans une œuvre les trésors qu’elle peut cacher…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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