V pour Vendetta : la révolte du peuple.

27/11/2019

Titre : V pour Vendetta

Réalisateur : James McTeigue

Avec : Hugo Weaving, Natalie Portman, John Hurt, ...

Genre : Drame, Science-fiction, Action

Durée : 2h12

Nationalité : États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne

Sortie : 2006

Résumé : Londres, au 21ème siècle...
Evey Hammond ne veut rien oublier de l'homme qui lui sauva la vie et lui permit de dominer ses peurs les plus lointaines. Mais il fut un temps où elle n'aspirait qu'à l'anonymat pour échapper à une police secrète omnipotente. Comme tous ses concitoyens, trop vite soumis, elle acceptait que son pays ait perdu son âme et se soit donné en masse au tyran Sutler et à ses partisans.
Une nuit, alors que deux "gardiens de l'ordre" s'apprêtaient à la violer dans une rue déserte, Evey vit surgir son libérateur. Et rien ne fut plus comme avant.

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Dire que le cinéma est envahi d’adaptations de comic books serait trompeur : ce n’est pas parce que le genre se retrouve fortement médiatisé qu’il prend la place d’autres films. Et tandis que certains défendent Joker avec véhémence et d’autres l’attaquent sur certains points (à tort ou à raison, ne tombons pas dans le manichéisme simplet), il faut rappeler qu’une autre adaptation de comic book aura su appeler à une forme de révolte populaire tout en s’inscrivant fortement dans la pop culture.

Adapter une œuvre d’une personnalité aussi ombrageuse qu’Alan Moore est toujours un danger, l’artiste n’étant pas fan de ce genre de réappropriation de ses œuvres (voir son désintérêt pour La Ligue des Gentlemen extraordinaires, Watchmen ou notre film du jour). L’aspect révolutionnaire de son travail a ainsi un certain mal à se cadrer dans un travail de studio américain habitué aux gros budgets. Voir le traitement qu’en tireront James McTeigue et les sœurs Wachowski s’avère dès lors passionnant.

En effet, au vu du travail visuel et scénaristique derrière cette adaptation, il est logique de tirer des traits avec la filmographie des productrices tant celles-ci ont eu une influence sur le produit final, notamment certaines scènes d’action reprenant leurs gimmicks. Néanmoins, il serait injuste de déconsidérer le travail de McTeigue qui, par le biais d’une mise en scène riche en symbolisme, parvient à tirer le trait à une société en pleine paranoïa du terrorisme et prête à tomber dans l’autoritarisme par peur.

Difficile en effet de ne pas raccrocher les wagons avec l’actualité de l’époque (toujours aussi actuelle) : c’est la crainte permanente de menaces diverses qui met fin à une liberté individuelle, la société réprimant toute velléité identitaire par dépit face à ce sentiment puissant et tangible qui peut être manipulée par n’importe qui pour son propre intérêt. Cela alimente tout le métrage : cette terreur dans laquelle vivent ces personnages est constante par les manipulations d’un organe supérieur.

Toute l’imagerie du film se repose sur un sentiment de force apparent semblable à celle usée par des partis d’extrême qui n’hésitent pas à véhiculer une image dissociative et raciste de la société pour créer un ennemi qu’il faut mieux affronter pour ressentir un faux sentiment de bien-être plus alimenté par le nauséabond que le réel bien commun. On ressent également cela par la gestion du Chancelier, montré comme symbole fort et écrasant par le biais d’écrans ou de « souvenirs » qui ne peuvent que le montrer comme supérieur, ce qui est ironique au vu de son incarnation de John Hurt, auparavant héros de l’adaptation de 1984 qui peut servir de contrepoint parfait au récit.

V n’est alors qu’un symptôme de cette politique oppressive, utilisé par celle-ci comme vecteur de terrorisme alors que ce terme convient mieux à ses dirigeants. Il y a une guerre de symboles, celle de la menace face à une promesse de liberté, une promesse d’un monde qui peut être repris en main par la population, avec l’espoir que celle-ci ne répète pas les erreurs d’antan. De multiples liens peuvent être dressés dans cette volonté de réappropriation du pouvoir par le peuple dans l’Histoire et, si cela ne se termine pas toujours bien dans notre monde, on ne peut que croire à une issue plus positive ici.

Le film arrive ainsi, par le biais d’une figure extérieure et habituée à ce régime (Evie), à nous interroger au mieux sur comment une telle dictature a pu prendre bien place et cela se fait évidemment par la manipulation des outils démocratiques, saupoudrée de la création d’un plan si infâme et inhumain que mettre en rapport cela avec certaines exactions de notre monde ne peut provoquer qu’un sentiment horrifié. Les repères moraux sont dès lors interrogés, certes sans grande subtilité, mais avec efficacité.

Pour en revenir à V, voir le traitement du personnage du « terroriste » s’avère pertinent par sa remise en contexte historique. L’Amérique plonge tête baissée dans une foi à l’extrême, bien aidée par la politique de Bush, et s’apprête à se créer une guerre religieuse qui pourrait s’apparenter aux croisades d’antan. La figure du terroriste est donc régulièrement vue comme ancrée dans certaines ethnies, à quelques rares exceptions tel le « Red Eye » de Wes Craven. Avoir ici une humanisation de la figure du terroriste permet ainsi d’imposer une nuance dans la caractérisation, cette même nuance qu’il manque à certains de nos politiciens qui aiment faire croire qu’une appartenance sociale impose la même action pour chaque individu.

On peut donc s’accorder sur la charge politique inhérente aussi bien au fond qu’à la forme du film, assez forte pour un produit grand public de studio. S’il y a de quoi se satisfaire dans les séquences d’action, c’est surtout l’écriture de ses personnages qui marque. V est un comte de Monte Cristo moderne (référence assez facile au vu de la présence de la version de Rowland V. Lee), un fantôme du passé d’un pays qui, par son auto centrisme, ne peut qu’aller vers la catastrophe tout en faisant croire que celle-ci ne peut venir que de l’extérieur.

Une phrase qui se trouve prononcée dans le film résume assez bien la volonté du long-métrage : « Les artistes utilisent le mensonge pour dire la vérité là où les politiciens le font pour la cacher ». On peut trouver en V pour Vendetta une volonté de s’attaquer à une société plongée dans une telle peur post-11 septembre que l’on est prêts à offrir notre liberté à n’importe quelle figure vue comme rassurante, qu’importe l’aura néfaste qu’elle dégage. L’usage de l’art pour rappeler les dangers d’une telle politique reste malheureusement toujours aussi essentiel au vu des sorties régulièrement racistes de membres de la classe supérieure qui ne semblent voir en leur position que les avantages du pouvoir et non les responsabilités de leur rôle, cherchant à propager la peur pour rester au-dessus quitte à créer des conflits ou à oppresser n’importe qui juste pour trouver un bouc émissaire à leur autodestruction morale…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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