12 hommes en colère : chef d'oeuvre du cinéma américain

11/12/2019

Titre : 12 Hommes en colère

Réalisateur : Sidney Lumet

Avec : Henry Fonda Lee J. Cobb Ed Begley, ...

Genre : Drame

Durée : 1h35

Nationalité : États-Unis

Sortie : 1957

Résumé : Un jeune homme d'origine modeste est accusé du meurtre de son père et risque la peine de mort. Le jury composé de douze hommes se retire pour délibérer et procède immédiatement à un vote : onze votent coupable, or la décision doit être prise à l'unanimité. Le juré qui a voté non-coupable, sommé de se justifier, explique qu'il a un doute et que la vie d'un homme mérite quelques heures de discussion. Il s'emploie alors à les convaincre un par un.

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Quelle est la marque des grands films ? Vaste question pour toute personne s’intéressant au septième art, que ce soit en tant qu’amateur ou passionné. Selon l’individu interrogé, les critères d’évaluation risquent de se diversifier largement, résultats d’une interprétation différente et collective de l’art en général. Il existe heureusement des titres considérés unanimement comme des œuvres d’exception, aiguillant sur une forme de réponse à l’interrogation de départ, et le premier film de Sidney Lumet en est un parfait exemple.

Il y a ainsi une modernité derrière le film qui le rend intemporel par sa puissance thématique et visuelle. Commençons par ce dernier point tant chaque plan mériterait d’être décortiqué par toute personne amoureuse du cinéma, fruit d’une précision sans équivoque transformant le lieu de délibération du jury en bombe socialement chargée par l’étouffement provoqué par les interrogations de ce juré anonyme. La maîtrise est tellement forte que l’on ne peut qu’être perpétuellement surpris par la mise en scène, discrète en apparence mais pourtant porteuse à tout instant d’une réflexion appuyée sur une société toujours aussi inscrite dans une forme de discrimination et d’imperfection.

L’écrasement créé par le lieu et la chaleur qui s’y répand relèvent d’un certain inconfort social biaisant toute décision par son écrasement sur l’individu. Sidney Lumet filme ce malaise d’ambiance par le questionnement avec une perfection qui sidère encore des années après sa sortie. Il capte une humanité dans ce qu’elle est de plus imparfaite, plus diverse moralement et en même temps plus socialement semblable. Le choix de 12 hommes blancs pour décider du sort d’une jeune personne sortant d’une minorité n’est pas anodin et relève aussi bien d’une forme d’unicité pour que chaque individu soit distingué par ses actes et non sa personnalité ainsi que d’une forme de paternalisme qui peut, par paresse de réflexion, par préjugé ou par rancœur personnelle, mettre de côté toute interrogation humaniste.

Le questionnement du système judiciaire est en soi celui d’un système social et de la manière dont il régit, consciemment ou non, toute forme de décision importante. La contre-enquête menée par ce juré dissident amène à exhiber les failles d’une construction fragile mais dont le manque de solidité doit amener une remise en question permanente pour conduire à des solutions certes pas pleinement parfaites mais amenant petit à petit une forme d’amélioration à plusieurs points de vue. Si le film est américain, la remarque d’une telle imperfection est internationale et mérite que chacun jette, après le film, un œil autre sur son propre système national et ses contradictions.

Les paragraphes précédents ont dû vous donner l’image d’une œuvre austère et théâtralisée mais une fois qu’on découvre celle-ci, on ne peut qu’apprécier le divertissement fourni par Lumet. Il y a quelque chose de réjouissant dans la manière dont Henry Fonda déconstruit un argumentaire solide en apparence pour rappeler l’incertitude du statut de culpabilité d’un homme. La manière dont chaque preuve concrète se retourne par la force de conviction d’un homme incertain amène aussi un doute, celui d’une société qui cherche à justifier tout crime et à le résoudre le plus rapidement possible sans être totalement confiante en ce processus même.

La simplicité apparente du décor ancre en plus le film dans une forme de quotidien, celle d’un tribunal qui doit statuer en permanence sur ce genre d’investigation telle une mécanique qui se doit d’être bien roulée. Lumet filme son statut grinçant avec humanité, un regard toujours bienveillant même dans certaines compositions tels ces hommes se désolidarisant de cet individu faisant preuve d’un discours au racisme puant. Il déconstruit par des figures à peine esquissées des mécaniques sociales, des constructions individuelles marquées mais pleinement caractérisées par leurs actions, soulignant une force supérieure à un déterminisme forcé.

Dès lors, comment peut-on passer à côté d’une telle œuvre humaniste, grinçante mais pourtant remplie d’espoir, lourde mais pourtant divertissante, chargée politiquement mais également humainement ? Quand la fin même d’un film rappelle que c’est l’œuvre de toute personne qui peut en sauver une autre, évitant l’iconisation facile en la replaçant dans un quotidien à la banalité apparente mais pourtant riche de péripéties pouvant avoir des implications graves, c’est faire preuve d’un humanisme fort, ne niant pas nos erreurs mais permettant de s’en nourrir pour nous améliorer en tant qu’individu et en tant que société. On dit souvent qu’un premier long-métrage ne peut pas être parfait. Avec ce chef d’œuvre du cinéma qu’est 12 hommes en colère, Sidney Lumet prouve le contraire.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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