À Couteaux Tirés - Une intrigue ingénieuse menée par un casting brillant

30/12/2019

Titre : À Couteaux Tirés

Réalisateur : Rian Johnson

Avec : Daniel Craig, Ana de Armas, Christopher Plummer, Chris Evans, Jamie Lee Curtis, Don Johnson, Katherine Langford, Toni Collette, Micheal Shannon, ...

Genre : Thriller, drame, comédie

Durée : 2h11

Nationalité : Américain

Sortie : 27 novembre 2019

Résumé : Célèbre auteur de polars, Harlan Thrombey est retrouvé mort dans sa somptueuse propriété, le soir de ses 85 ans. L’esprit affûté et la mine débonnaire, le détective Benoit Blanc est alors engagé par un commanditaire anonyme afin d’élucider l’affaire. Mais entre la famille d’Harlan qui s'entre-déchire et son personnel qui lui reste dévoué, Blanc plonge dans les méandres d’une enquête mouvementée, mêlant mensonges et fausses pistes, où les rebondissements s'enchaînent à un rythme effréné jusqu'à la toute dernière minute.

.

Après Star Wars VIII : Les Derniers Jedi ayant particulièrement divisé, Rian Johnson change totalement de registre avec À Couteaux Tirés (Knives Out en version originale), pour lequel il revêt les casquettes de scénariste, réalisateur et producteur. La très bonne surprise de cette fin d’année. Ce thriller à énigmes est un véritable Cluedo vivant, passionnant mené par un casting de prestige. Daniel Craig et Chris Evans ont respectivement délaissé leurs costumes d’agent secret et de Captain America pour se glisser dans ce puzzle à rebondissements où rien ne se passe comme prévu. A leurs côtés d’autres grands noms tels que Christopher Plummer, Jamie Lee Curtis, Ana de Armas, Micheal Shannon, Toni Colette ou encore Katherine Langford.

Dans la veine d’Agatha Christie, le film de Rian Johnson se veut être une version modernisée du whodunit (terme utilisé à partir des années 1920 pour décrire le roman d’énigmes). Le réalisateur propose une intrigue à tiroirs originale dont les nombreux retournements de situation inattendus ne cessent de surprendre. A l’heure actuelle le long-métrage a d’ailleurs reçu trois nominations pour la 77ème cérémonie des Golden Globes dans la catégorie Meilleure comédie musicale ou comédie : Meilleur Film, Meilleur acteur pour Daniel Craig et Meilleure Actrice pour Ana De Armas.

Ce Cluedo grandeur nature prend place au sein de la gigantesque demeure des Thrombey. La famille y était réunie au grand complet pour les quatre-vingt-cinq ans de son patriarche Harlan (Christopher Plummer). Mais le soir même, celui-ci est retrouvé mort par sa domestique. La question dans tous les esprits est alors : qui a pu tuer Harlan Thrombey le soir de son anniversaire ? La piste du suicide est privilégiée mais à la vue des circonstances mystérieuses entourant sa mort, une enquête est lancée. Deux détectives de police (Lakeith Stanfield et Noah Segan) et le très réputé détective privé Benoit Blanc (Daniel Craig), mandaté anonymement, investissent alors les lieux pour interroger tour à tour les membres haut en couleur de cette famille bourgeoise afin de confirmer ou non la thèse du suicide.

Le défunt était un célèbre écrivain devenu fortuné grâce à ses polars populaires. Un homme des plus brillants mais à la famille bien moins perspicace et on ne peut plus immorale. En moins de vingt minutes le spectateur fait la connaissance de chacun des Thrombey, les principaux suspects soumis les uns après les autres aux multiples questions des inspecteurs. Tous, plus avares les uns que les autres, semblent alors avoir un motif de voir le patriarche de la famille la gorge tranchée. Mais une dernière suspecte est considérée : Marta Carbera (Ana de Armas), la jeune infirmière dévouée d’Harlan, également présente ce soir-là.

Dans tout ce grabuge de non-dits et de mensonges pour mieux cacher les secrets, le loufoque Benoit Blanc doit déceler la vérité.

Une des plus grandes réussites de Johnson dans ce long métrage se trouve dans la mise en image quasi caricaturale des membres de la famille Thrombey, représentation non dissimulée de la bourgeoisie américaine. Le casting cinq étoiles est absolument parfait. Ces prestigieux acteurs interprètent ces derniers de mains de maîtres, ne se ménageant pas sur le ton comique apporté. A priori ces personnages ont tout de cliché entre Linda (incarnée par une Jamie Lee Curtis déchaînée), la fille, une femme d’affaire redoutable parée de couleurs vives et prête à tout pour maintenir son confort personnel, son mari Richard (Don Johnson) avec quelques secrets, leur prétentieux et détestable fils Ransom (Chris Evans), l’autre enfant d’Harlan, Walt (Micheal Shannon), placé à la tête de la maison d’édition de la famille sans avoir versé la moindre goutte de sueur, la belle-fille veuve profiteuse (Toni Colette) et les petits enfants ingrats absorbés par les réseaux sociaux (Katherine Langford et Jaeden Martell). Une ribambelle d’héritiers plus malhonnêtes les uns que les autres. Entre petites critiques déguisées, arrogance, tons hautains, reproches à tout va, et surtout la bataille pour le testament, les disputes familiales sont hilarantes (le « eat shit » de Chris Evans, qui a troqué son bouclier de super-héros pour un petit pull en cachemire et une attitude de gosse de riche imbuvable, est déjà incontournable). Mais ces personnages ne sont pas de simples clichés vivants : ils s’avèrent en réalité tous plus complexes et énigmatiques à chaque nouvelle apparition. Ils ont d’ailleurs tous un rôle à jouer dans cette intrigue fascinante. De plus, Christopher Plummer excelle dans son absence, sa présence plane constamment en arrière-plan. Le film propose ainsi une vitrine de personnages éblouissante.

Face à ces héritiers hypocrites obnubilés par l’aspect pécuniaire du testament, Marta, la jeune infirmière à domicile d’Harlan, redore quelque peu l’image de l’humanité dépeinte. Jeune femme immigrée, véritable amie de son patient, atteinte d’un syndrome des plus insolites, elle incarne l’innocence et la bonne foi dénotant avec la malhonnêteté maladive de la richissime tribu. Rien que sa tenue ultra basique, jean et baskets, le démontre. Ana de Armas -nouvelle James Bond girl dans le très attendu Mourir peut attendre– livre une performance remarquable. Elle est omniprésente. C’est la révélation du long-métrage. Celle-ci interprète divinement et tout en justesse cette jeune femme aux nuances plus nombreuses qu’il n’y paraît, se retrouvant prise dans un rouage impossible à défaire, la dépassant totalement.

Au travers de cette simple opposition des castes ou couches sociales, Rian Johnson peint en réalité une critique politique aiguisée et pas vraiment masquée de l’Amérique contemporaine divisée à tant de niveaux, n’hésitant pas à ancrer l’enquête dans le présent, en pleine présidence Trump. La critique d’une Amérique individualiste, uniquement tournée vers l’appât du gain, où les classes privilégiées sont imperméables aux tracas des autres (à l’image des Thrombey, cette famille riche et blanche recluse dans sa large demeure, loin des réalités du monde). Le réalisateur ose les clins d’œil à la fois aux difficultés et à la discrimination entourant la question de l’immigration, à la place grandissante des réseaux sociaux dans notre société (mentionnant Netflix ou Instagram), le malaise profond d’une Amérique aux vastes discordances entre ses différentes catégories sociales, avec des classes politiques toujours plus sourdes et aveuglées par leurs préjugés et idéologies. Une prise de parti du cinéaste plutôt inattendue mais conférant une certaine lucidité au long-métrage.

Mais le personnage retenant le plus l’attention est sans l’ombre d’un doute le détective Benoit Blanc. Protagoniste charismatique particulièrement réussi, parodique du célèbre Hercule Poirot dans un sens, et incarné par un Daniel Craig convaincant. Un brin décalé et extravagant, ce détective étrangement engagé anonymement pour un cas apparent de suicide, se donne à cœur joie de démêler le vrai du faux pour remettre toutes les pièces du puzzle en place (ou du « donut » selon son expression). Dès sa première apparition mystérieuse à l’écran, Blanc s’annonce comme la pièce maîtresse du long-métrage. Et il ne déçoit pas.

La grande force d’À Couteaux Tirés se trouve sans nul doute dans son scénario extrêmement futé. Rian Johnson s’amuse à brouiller les pistes, créer un suspense constant en prenant à contrepied les attentes du spectateur. Les rebondissements sont multiples dans cette enquête fascinante. Entre mensonges, trahisons et suspects inattendus, il est difficile de savoir où donner de la tête. L’intrigue ne connaît pas de longueurs tant elle se renouvelle ou est renversée ingénieusement. Elle n’est plus celle annoncée au départ. Et c’est là que se trouve l’intelligence du scénario. En effet, Johnson s’inspire ouvertement d’autres œuvres du genre et de ses caractéristiques mais ne se contente pas d’en appliquer les codes, au contraire il les détourne en plaçant à la fois son récit dans le présent et s’éloigne des attentes. En brisant ceux-ci, il symbolise en un sens plus large la nécessité de notre société de se défaire de ses codes traditionnels, tels que ceux que représente la famille Thrombey, enfermée dans ses mœurs. Mais le cinéaste n’oublie pas le divertissement, avec l’enquête captivante placée au centre de l’attention.

A tant de niveaux, la mise en scène de ce Cluedo géant à l’esthétique irréprochable demeure des plus astucieuses. Grâce à l’insertion des flash-back par exemple, le réalisateur donne aux spectateurs une vision de la vérité. En effet, les personnages peuvent mentir ou omettre certains détails mais par ces images le spectateur est à même de se faire sa propre idée. De plus, l’intrigue prend place dans des décors constituant des personnages à part entière, jouant un rôle à la fois dans les actions mais également en tant que compléments aux dialogues (comme lors des interrogatoires ou du monologue final du détective Blanc). Une chose est sûre, il faut être patient pour comprendre le pourquoi du comment. D’ailleurs, le spectateur est invité à se joindre au détective Benoit Blanc pour reconstituer le puzzle. La vérité semble constamment glisser entre les doigts, créant l’impatience -dans le bon sens du terme-. La maîtrise parfaite de Rian Johnson de son œuvre dans les moindres détails est passionnante, il joue avec son décor, manie la tension et le suspense à la perfection.

En conclusion, à la fois drôle, rythmée, malicieuse, élégante, cynique et futée, l’intrigue d’À Couteaux Tirés est un pur régal. L’enquête a le don de surprendre et de tenir en haleine, dépassant toutes les attentes. Les 2h10 du film sont absolument captivantes. La patience est mise à mal, déstabilisée par les multiples rebondissements. Sur un ton presque parodique et dans un décor remarquable, le réalisateur renouvelle le genre tout comme ses codes, avec notamment la volonté d’ancrer son récit dans l’ère contemporaine. Un divertissement soigné mené par un casting sensationnel.

À Couteaux Tirés est une réussite incontestable, la véritable surprise de cette fin d’année 2019, que je conseille sans la moindre hésitation !

.

Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
4 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *