Bienvenue à Marwen : la guérison par la fiction

30/12/2019

Titre : Bienvenue à Marwen

Réalisateur : Robert Zemeckis

Avec : Steve Carell, Leslie Mann, Diane Kruger, ...

Genre : Drame

Durée : 1h56

Nationalité : États-Unis

Sortie : Janvier 2019

Résumé : L'histoire de Mark Hogancamp, victime d'une amnésie totale après avoir été sauvagement agressé, et qui, en guise de thérapie, se lance dans la construction de la réplique d'un village belge durant la Seconde Guerre mondiale, mettant en scène les figurines des habitants en les identifiant à ses proches, ses agresseurs ou lui-même.

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Robert Zemeckis a beau être l’un des réalisateurs américains les plus talentueux depuis des années, il faut bien admettre que les années 2010 ont été compliquées pour lui, ses derniers films connaissant des échecs financiers aussi lourds qu’injustifiés. À croire que ceux que l’interviewent pour la promotion de ses œuvres l’enferment dans sa trilogie Retour vers le futur en oubliant qu’il est aussi derrière certaines des plus belles œuvres du paysage cinématographique américain, apte à faire rêver tout en étant pionnier dans sa technologie, notamment dans sa trilogie Performance Capture. Ici, nous allons donc revenir sur son dernier film, en cohérence avec le restant de sa filmographie.

Zemeckis a été inspiré par le documentaire Marwencol, suivant l’histoire de Marc Hogancamp. Violemment agressé, cet homme avait su se reconstruire en recréant chez lui un village imaginaire se situant durant la seconde guerre mondiale. Rien que par ce résumé, on peut comprendre pourquoi le réalisateur de Roger Rabbit s’est intéressé à ce sujet tant il aura su user de la fiction pour faire ressortir l’individu, permettant à ses différents protagonistes de se trouver eux-mêmes dans celle-ci, à l’image de son compère Spielberg. On pourrait même mettre en résonnance Marwen avec Ready Player One : si ce dernier rappelait comment la culture populaire et la fiction en général nous construisent aussi bien socialement qu’individuellement, Marwen montre comment on peut se réparer dans la création.

Le regard que porte Hogancamp sur son village par le reflet de son appareil photo s’ancre dans ce questionnement général qu’aura su se faire Zemeckis, la séparation entre réel et irréel se faisant toujours par un objet iconisé à souhait car porteur d’affectif, telle la Delorean, avec un ancrage dans le quotidien qui pose question sur la réalité de ce qui est narré (cf le fameux plan de Contact dans le miroir). Ce schisme nourrit profondément le film et ce dès son ouverture, le tout porté par des effets spéciaux de qualité permettant de rendre le jeu des acteurs sur des figures synthétiques avec une maîtrise toujours éblouissante de la part du metteur en scène.

Attention, ce paragraphe contient quelques points centraux au cœur du long-métrage. Le visionnage de ce dernier avant de lire cette partie de la critique est donc largement recommandé.

Les femmes sont également au centre du récit tant Marc souligne l’importance de plusieurs personnes dans sa reconstruction physique et psychique. En les illustrant dans son univers de fiction, il les inscrit dans une forme d’hommage, rappelant par cela la part essentielle qu’elles occupent dans son propre quotidien tout en devant apprendre à faire part que ce n’est pas une relation amoureuse qui pourra le réparer mais lui-même. En se confrontant à son addiction et à la facilité qu’elle peut exprimer, il trouve les moyens de s’armer dans la fiction pour faire face à ses problèmes dans la réalité, permettant de s’exprimer tel qu’il est, par le biais d’un dernier plan fort par sa résolution à ce qu’aucune personne ne se voit victime de ses convictions et envies.

La douleur qu’exprime le film est ainsi celle du jugement de certaines personnes qui n’hésitent pas à s’attaquer à ce qui ne convient pas à leurs normes souvent passées. Que Marc illustre ses agresseurs en tant que nazi n’a rien d’étonnant au vu de l’irrespect permanent propagé par les suprémacistes blancs dans le pays (bien que ce phénomène ne soit pas qu’américain, l’intolérance et la violence étant des mœurs malheureusement internationales). Portrait universel de personne brisée par la souffrance subie et par cette recherche de recouvrement de l’identité, Bienvenue à Marwen est aussi solaire de façade qu’amer en fond, drame fulgurant qui aurait mérité bien plus d’être célébré que simplement ignoré, ne correspondant malheureusement pas à une facette marketable du marché hollywoodien.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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