Midsommar : cauchemar ensoleillé

02/12/2019

Titre : Midsommar

Réalisateur : Ari Aster

Avec : Florence Pugh, Jack Reynor, Vilhelm Blomgren, ...

Genre : Horreur, Drame

Durée : 2h27 (director's cut : 2h51)

Nationalité : États-Unis

Sortie : Juillet 2019

Résumé : Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui à un festival qui n’a lieu qu'une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé. Mais les choses vont vite prendre une tournure inquiétante.

.

Le domaine du cinéma de genre aura amené ces derniers temps à une interrogation de la part d’un certain public sur les velléités artistiques qui peuvent être développées dans le domaine. En effet, une partie du grand public aime s’accorder sur le fait qu’un film d’horreur doit faire peur, point. Tant mieux s’il y a du gore et des jump scares tant que le sursaut est présent. D’autres, notamment parmi les aficionados du fantastique et de l’horreur, se désolent d’un tel regard dédaigneux sur l’horreur. Comment peut-on mettre de côté cette catégorie cinématographique en ignorant les chefs d’œuvre fournis par celle-ci, tels l’Exorciste, Shining, Halloween ou Massacre à la tronçonneuse ? Au-delà de l’effroi, ces films fournissent une réflexion cinématographique, une recherche émotionnelle, un questionnement volontaire ou non sur leur société.

Heureusement pour nous, de nombreux esprits créatifs viennent à rappeler que le genre n’est pas mort en nous offrant des uppercuts cinématographiques, et Ari Aster est clairement l’un de ceux-là. Si avec Hérédité, il s’attaquait à la cellule familiale américaine par un regard acéré et destructeur sur le deuil, il plonge avec Midsommar dans les méandres des relations destructrices sous le soleil de la Suède de manière à ce que l’omniprésence de cet astre s’avère pesante et vectrice d’une terreur interne puissante.

Aster gère en effet ses effets avec une maîtrise qui rappellerait presque Kubrick, notamment dans son ouverture cauchemardesque. La gestion du cadrage, notamment par l’utilisation de miroirs pour souligner une distanciation relationnelle, relève de la précision chirurgicale pure et simple, tout au service de sa narration forte. On pense à certains effets tels certaines caméras fixes créant l’inconfort par l’absence de mouvements ou encore la lenteur de certains déplacements, pour mieux souligner un conte narré visuellement ou bien l’horreur d’un moment. Tout est fait pour créer un malaise ambiant, avec un rythme que certains trouveront lent mais permettant de mieux distiller le sentiment d’effroi.

Le cœur du film passe par des mécaniques de deuil, à l’image d’Hérédité, mais également de la relation toxique. Le couple formé par Christian et Dani part vers l’échec lourd et fort, l’une se sentant coincée par son impossibilité de réaction face à sa tragédie familiale tandis que l’autre relève d’une certaine immaturité et arrogance, prêt à voler le sujet de travail de son camarade quitte à remettre en question leur amitié. Il y a donc quelque chose de destructeur entre eux, une impossibilité émotionnelle qui ne peut que s’accomplir par la séparation de l’élément perturbateur. Les autres personnages secondaires ne sont pas en reste, notamment soulignés par une forme de prétention américaine socio-culturelle qui ne se terminera évidemment pas dans la joie absolue.

On sent une recherche anthropologique dans la construction de cette société et ses coutumes, soulignée par une production design merveilleuse par l’aspect fixe et existant des décors et costumes, dont l’utilisation rappelle Kurosawa qui fit utiliser ces mêmes choses pendant un an avant le tournage de Barberousse pour leur conférer une vie d’avant film. On sent cette même chose dans la manière de travailler d’Aster, une envie de fignoler jusqu’aux moindres détails rituels ou même visuels, les effets des substances consommées par les personnages se reflétant en arrière-plan. Tout cela semble relever d’un acharnement total sur la précision narrative d’une œuvre rigoureuse jusqu’au bout.

Dans ce sens, on privilégiera le montage cinéma du director’s cut par quelques détails. Certes, un choix de cadrage permet d’isoler Dani encore plus du groupe dès le trajet et certaines idées apportent des renseignements en plus qui devraient plaire aux fans du film (dont nous faisons partie). Mais certains ajouts semblent allonger un peu trop celui-ci pour lui conférer cette même aura qui nous avait fait sortir de la salle avec une sensation de tiraillement entre la malaise ressenti en sortant de la salle et le sentiment de découvrir une œuvre qui risque de s’affirmer parmi les gros morceaux de cinéma de genre de ces dernières années.

Si le disque fourni par Metropolitan était dépourvu de suppléments (logique étant donné que ceux-ci se trouvent sur celui du montage cinéma qui accompagne cette édition limitée digipack), on ne peut que recommander de se jeter sur cette sortie vidéo de ce qui constitue sans aucun doute un des films de genre les plus importants des années 2010. Aussi bien maîtrisé visuellement que recherché narrativement, Midsommar est une expérience de cauchemar émotionnel à l’ambiance sourde qu’importe le montage choisi. Et quand une œuvre de cette trempe se permet de rappeler la puissance du cinéma de genre quand il n’est pas nourri par le cynisme de producteurs mais par une réelle envie de faire mal au spectateur, on ne peut que se sentir émerveillé par une telle réussite à la force inimaginable.

.

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
0 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *