Star Wars IX : Qu’est-ce que Star Wars ?

19/12/2019

Titre : Star Wars 9 : L'ascension de Skywalker

Réalisateur : JJ Abrams

Avec : Daisy Ridley, Adam Driver, John Boyega, ...

Genre : Science-fiction

Durée : 2h22

Nationalité : États-Unis

Sortie : 18 décembre 2019

Résumé : La conclusion de la saga Skywalker. De nouvelles légendes vont naître dans cette bataille épique pour la liberté.

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La question inaugurant cette critique n’est pas anodine. Imaginez en effet que vous la posez à plusieurs personnes dans la rue ou parmi vos proches et constatez leurs réponses. Certains vont parler d’une scène, d’autres vont décrire un personnage, il y aura les fans de la trilogie originale, de la prélogie, des nouveaux films, etc. Être fan de Star Wars, c’est faire face à la multiplicité des propositions sur cette saga, qu’importe le médium par lequel on l’appréhende. La principale chose qui ressort de cette question est donc que personne ne pourra être contenté et qu’au vu d’un certain nombre de fandoms n’hésitant pas à tomber dans l’insulte agressive et le pinaillage envers des points ne correspondant pas à leur vision, il fallait s’attendre à ce que ces nouveaux films ne créent pas une cohésion totale. La décision d’engager des fans pour les réaliser s’avère donc logique, permettant de jeter un regard passionné mais critique sur la licence la plus connue du monde.

Dans la chronologie de cette nouvelle trilogie, on aura d’abord eu droit à un Réveil de la Force reconstruisant la base de la saga tout en y amenant des thématiques Abramsiennes pertinentes, notamment en lien avec le rapport intra et extra diégétique envers la saga, critiqué pour coller beaucoup trop à des attentes de fans attentifs alors que sa conception même remet leurs volontés en question. Ensuite, les Derniers Jedi, vivement attaqué car ne correspondant pas aux attentes des fans, permettant de se détourner de pistes qui auraient été trop évidentes pour mieux prolonger les questionnements initiaux avec un regard plus direct qui n’aura pas plu malgré son fond passionnant, notamment son anti-bellicisme à contrejour du tout-venant Hollywoodien. Mais qu’en est-il de ce neuvième volet, clôture de la saga des Skywalker ?


Le début du film fait peur, s’attirant déjà de quoi se faire allumer par certains fans très agressifs à ce que chaque sortie respecte leurs volontés mais pas trop en même temps sous peine de se faire tamponner comme « fan service » sans réfléchir plus à la symbolisation des références. Ici, ce qui nous fait craindre le pire, ce sont ces premières minutes allant vite, beaucoup trop vite même pour maintenir une réelle dynamique et pouvant effrayer sur le potentiel rushé de certains points. Mais après une première partie, c’est un rythme plus apaisé qui prend place, permettant de faire respirer un peu plus les personnages dans leurs relations tout en n’oubliant pas de maintenir une certaine urgence dans la situation qui va permettre à JJ Abrams de continuer à interroger sur différents tableaux la saga avec un certain intérêt.

LE RESTE DE LA CRITIQUE DÉVOILANT DES POINTS DE L’INTRIGUE, NOUS VOUS CONSEILLONS FORTEMENT DE LA LIRE APRÈS AVOIR VU LE FILM.

 

 

 

 

Le retour de Palpatine, figure zombifiée maintenue artificiellement en vie, va être incontestablement critiqué en tant que plaisir gratuit pour les fans sans même se poser la question derrière sa présence. Celle-ci souligne la présence encore palpable d’une certaine violence rongeant notre société, comme un cycle permanent que l’Histoire ne fait que nous rappeler perpétuellement. On disait ainsi que le Premier Ordre s’assimilait aux Néo Nazis et si certains trouvaient la référence simplette, elle reste pertinente au vu de l’actualité politique, où l’on répète les mêmes erreurs qu’à une certaine époque en stigmatisant toute forme de minorité ne collant pas aux attentes d’une société orientée vers une majorité dirigeante. Son rôle peut également être vu en lien avec une volonté de Disney de rappeler une même figure du Mal alors même que celle-ci a déjà été terrassée tout en obligeant une nouvelle génération à y faire face et réparer les erreurs de leurs ancêtres… ce qui est un thème bien Abramsien que Johnson avait brillamment développé dans l’épisode 8.

La question de l’identité reste ainsi toujours centrale, notamment le questionnement sur comment notre passé familial peut nous influencer en tant qu’individu. Tout est ici question d’émancipation d’un certain passé et d’une manière de gérer celui-ci sans le laisser nous définir totalement. Entre Rey qui ne peut accepter sa parenté avec Palpatine, Kylo Ren devenant peu à peu Ben Solo ou même Finn confronté à d’autres compagnons d’armes déserteurs, le rapport à l’ancien s’avère passionnant et digne de n’importe quelle création d’Abrams. Lui qui exhortait déjà les personnages de Lost, Star Trek, Fringe ou Super 8 à se confronter à leur histoire pour mieux se définir dans leurs actions propres tout en amenant un nouveau paradigme, continue de le faire ici avec cette résonnance spéciale qu’a Star Wars par son universalité.


Le scénario aventuresque au possible continue donc d’emprunter aux réflexions socio-politiques qui se mêlent à l’histoire, aussi bien mythologiques que réelles. Il développe ses personnages avec travail, humour mais également un certain sens du drame grandiloquent, avec toujours ce même regard alternant point de vue microscopique et macroscopique, figures à la normalité de départ se déployant dans le grandiose et se devant d’accepter leur rôle plus grand que nature pour mieux se découvrir et surtout s’affirmer. Cela ne se fait pas sans doutes, surtout au vu de l’évolution de certains protagonistes. Comment ne pas comprendre un Poe Dameron qui ne souhaite plus se lancer dans des attaques suicidaires après le fiasco du début du 8 ? Comment ne pas se sentir proche d’une Rey qui doit faire face à un passé néfaste et destructeur (résonnance particulière avec la suite de la Reine des Neiges d’ailleurs) ? Comment ne pas être frappé par le tiraillement permanent de Kylo Ren, sans conteste le personnage le plus passionnant de cette nouvelle trilogie ?

Alors certes, le film fait évoluer les pistes du 8, ce qui ne va pas plaire à certains. On risque d’être grinçant en disant que l’on devrait savoir différencier évolutions de personnages et contradictions, terme qu’aiment utiliser certains sans se poser plus de questions sur l’avancée des personnages. Que Luke Skywalker tende le sabre à Rey en blaguant sur le respect à avoir pour l’objet est logique vu que lui-même a su renouer avec la Force. Découvrir que Snoke n’était qu’un écran de fumée par l’Empereur pour manipuler Kylo Ren pouvait être annoncé par son nom même. Bref, voir que certains aiment chercher la petite bête pour pointer un manque de lien en ne réfléchissant pas aux tenants et aboutissants des volets précédents tout en oubliant que la trilogie originale n’avait guère de plan prédestiné nous fait nous interroger sur les retours qu’aurait eu celle-ci si elle était sortie à notre époque où l’on aime se plaindre directement sans chercher plus d’interrogations…


Un point que l’on comprend par contre niveau grogne est le fameux point LGBTQ+ promis, apparaissant au détour d’un plan sans plus d’importance et impliquant un personnage tellement secondaire que faire passer cela pour une mise en avant des personnes gays dans la saga est assez honteux. Sans être du niveau des frères Russo avec Endgame et ce caméo infernal et insultant, il est dommageable de faire de telles promesses sans réel aboutissant, gros point noir alors que, comme souligné par certains sur les réseaux sociaux, la pansexualité devrait être de mise dans un tel univers.

Mais pour revenir au reste, on peut avoir l’impression que la colère exprimée envers le film est assez injuste. Si on le regarde uniquement d’un point de vue divertissement, le tout fonctionne, prolonge les points principaux de la série tout en offrant des scènes d’action à la lisibilité exemplaire, un point que l’on ne peut que reconnaitre à JJ Abrams même parmi ses détracteurs. Ici, la gestion des séquences d’action se fait avec un côté grisant et un jeu d’échelles passionnant car il ne renie jamais la fonction de personnages qui se déterminent souvent dans l’action.


Le tout se joue avec un symbolisme puissant et émouvant car amenant à de l’approfondissement sans tomber dans le surdit. On est touché par Ben Solo confronté au fantôme de son père ou apercevant un court instant sa mère, l’occasion de souligner que le traitement respectueux de Leia permet d’apporter une bonne fin à un personnage aussi important, bien que l’on reste curieux de savoir ce que le film lui aurait offert si Carrie Fisher était encore parmi nous. Si certains personnages sont abandonnés telle Rose, on appuiera que leur statut secondaire justifie cette mise en arrière qui solidifie quand même l’avancée émotionnelle de certains personnages.

Alors, que penser de cette conclusion pour le clan Skywalker ? Si l’on excepte quelques scories et le point noir amené plus haut, on peut reconnaître la grande qualité d’un blockbuster qui se permet d’être le plus osé de ce que Disney a pu nous offrir cette année (ce qui, on peut l’admettre, n’était pas bien compliqué non plus). JJ Abrams continue d’interroger notre rapport à la saga en permettant à ses héros d’être vecteurs de réflexions multiples, d’un point de vue intime ou universel, tout en amenant le divertissement attendu. L’ascension de Skywalker n’est ainsi pas un simple film « fan service » comme vous pourrez sans doute le lire, ou un étron filmique, mots souvent forts qui nous font oublier que la prélogie actuellement réhabilitée s’était fait incendier aussi fort à sa sortie. Évidemment, il n’est pas parfait mais il amène assez de réflexions pour se permettre d’être une prolongation enthousiasmante en se permettant de faire évoluer ses personnages par des détours ne tombant jamais dans la facilité d’usage.


Il n’y a en soi donc rien de honteux à être grandement positif d’un tel film et surtout d’une nouvelle trilogie, sans aucun doute réhabilitée dans les années à venir une fois que la violence d’usage sera redescendue. Quand on voit qu’au lieu de tomber dans l’anéantissement simpliste, Rey se permet d’agir en contradiction à une répétition de violence, on ressent une certaine joie, la possibilité de briser des cycles destructeurs qui sont malheureusement rapidement descendus car trop « naïfs » face à une société cynique dans son rapport au comportement destructeur de l’être humain. Voir ses aînés la porter pour lui permettre de s’accomplir en opposition à un passé brutal et oppressant ne peut qu’être mis en lien avec notre propre société aimant enfermer tout individu par rapport à diverses catégories étouffantes plutôt que par leurs actes.

Revenons donc à notre question du début : Qu’est-ce que Star Wars ? Il serait dédaigneux de déclarer que notre réponse prévaut sur celles d’autres personnes, sans doute fans plus pointus dans un autre média ou dans son univers étendu. Mais permettons-nous d’imaginer notre solution : un champ des possibles large permettant à chacun de se retrouver et de faire face à des leçons de vie aussi bien permanentes que contemporaines, réponses à notre société qu’il faut parfois décortiquer par le biais de la fiction pour pouvoir l’appréhender un peu mieux et ce à différents niveaux. Cet épisode de Star Wars reste donc dans cette logique de prisme extérieur sur notre réalité tout en offrant le spectacle attendu à un large public. Alors certes, nous ne renierons jamais l’évolution économique de la saga et ce depuis la sortie de son tout premier épisode ainsi que les attentes financières qui se retrouvent derrière la sortie de chaque volet, avec ce que cela implique de tickets à vendre et de produits dérivés multiples. Mais voir des fans comme Abrams et Johnson peindre de si beaux personnages forts en lectures possibles et en psychologie soignée tout en essayant d’inspirer un plus large public à travers les générations et ce sans tomber dans la facilité la plus commerciale possible (à l’image des dernières productions Marvel ou de bon nombre de gros budgets récents) ne peut que nous donner espoir à une nouvelle vague de superproductions qui ne renient jamais le fond et la forme sur l’autel du spectacle simpliste. On attendra donc (im)patiemment de voir les avis remonter à la hausse avec peut-être un certain rappel sur un regard moins à plat de la saga (sachant que celle-ci a été interprétée maintes et maintes fois) tout en permettant de voir plus loin que ce qui est déclaré de facto, les nombreux blancs et non-dits s’avérant passionnants de sens, de réflexions et parfois d’interprétations que le public se doit de faire à une époque où celui-ci se plaint pourtant quand on lui tient la main. On ne doute ainsi pas que cette nouvelle trilogie inspirera encore et encore de nombreuses générations, tel ce plan final en résonnance avec la soif d’aventure et de recherche de soi inhérente à Star Wars.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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