Dracula : Créature de la mort

23/01/2020

Titre : Dracula

Créée par : Mark Gatiss et Steven Moffat

Avec : Claes Bang, Dolly Wells, Morfydd Clark, ...

Format : 3 épisodes d'1h30

Diffusion : BBC, Netflix

Genre : Horreur, Drame

Résumé : Transylvanie, Roumanie. 1897. Le Comte Dracula boit du sang tout en dessinant ses futurs projets contre le Londres victorien.

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La figure du vampire aura toujours exercé une certaine fascination par les relectures multiples qu’elle aura connues. Mais s’il y a un vampire qui aura su marquer la fiction de ses dents, c’est sans aucun doute Dracula, créature de la nuit, roi de la mort. Né par la plume de Bram Stoker, reprenant les oripeaux du cruel Vlad Tepes, le fameux comte aura connu autant d’interprètes que de visions propres, le tout avec des prestations marquantes, comme celles de Bela Lugosi, Christopher Reeves ou encore Gary Oldman. Voir cette figure marquante de la fiction fantastique britannique par Mark Gatiss et Steven Moffat était donc intriguant, les deux ayant donné une nouvelle vie à deux autres monuments des récits britanniques en la présence de Sherlock Holmes et Docteur Who. Voir des retours aussi exacerbés sur leurs trois épisodes de Dracula était donc logique : les deux hommes taillent, et sec.

La mini-série s’ouvre sur « Les Règles de la bête », première salve intéressante car reposant les fondations du Comte par le biais d’un dialogue contenu entre Jonathan Harker et une nonne, comme une réponse à la construction épistolaire du roman original. C’est donc la fascination qui point, encore plus dès l’arrivée d’un Claes Bang charismatique en diable dans ce personnage démoniaque sans manque de charme. De quoi instaurer une certaine ambiance et un certain ludisme par la réappropriation de certains points marquants du monstre suceur.

On ressent encore plus ce plaisir dans le second épisode, «Vaisseau sanguin », sans doute le meilleur de ce qui sera offert ici, en allongeant la fameuse traversée de Dracula vers la Grande-Bretagne. En mélangeant jeu de massacre et nouvelle confrontation entre deux personnages sur la portée fictionnelle du récit d’un des interlocuteurs, Gatiss et Moffat redonnent une certaine vie à Dracula ainsi qu’une réelle horreur dans ses actions, avec une gestion graphique qui va rebuter ceux qui espéraient une plongée totale dans le gore mais qui ne manque pas de violence. C’est donc sans aucun conteste avec une certaine jubilation qu’on ressort de cet épisode, jusqu’à son final qui aura fait couler autant d’encre que de sang, le tout méritant une alerte spoiler appuyée.

Attention, cette partie de la critique va révéler plusieurs points du troisième et dernier épisode de la série. Il vaut donc mieux avoir vu celui-ci avant de continuer la lecture.

Surprise que la promotion s’est permise de ne pas éventer heureusement que cette arrivée de Dracula dans un contexte contemporain. Il faut bien avouer que certains points font peur, surtout quand on se rapproche par instants de l’infecte version de la Momie sortie en 2017.  Et il faut bien avouer que certains choix ne plairont pas et nous auront mis de côté, tel le surjeu de Mark Gatiss en Renfield. Mais de l’autre côté, quelque chose implose avant d’être explicite dans son final : ce ressentiment multiple que l’on éprouve pour la mort. La rencontre de Dracula avec Lucy, jeune femme qui ne craint pas de décéder car elle est jeune, lui permet de se mettre en porte-à-faux sur sa propre crainte mortelle, alimentant lui-même certaines légendes du vampire par peur de l’inéluctable. Le cancer de Zoe Van Helsing va alors le mettre également face à ses propres craintes, tout en interrogeant le spectateur même sur ce qu’il peut ressentir face à l’universel point final.

C’est donc par une forme d’oraison funèbre que se clôt Dracula, une chute abrupte mais qui permettra d’unir deux êtres que tout oppose dans la chair et le sang, une union vers la fin comme une promesse de destins qui n’auront connu l’accomplissement que par leur rencontre et leur fascination partagée l’un envers l’autre. Le ludisme d’apparence fait face à une tournure plus tragique et morbide, une orientation proche de l’amertume conférant aux dernières minutes du récit un goût doux amer qui ne pourra évidemment que diviser selon la manière dont on aura décidé d’appréhender la globalité d’une histoire tragique et sublime justement dans sa tragédie.

Fin de la partie spoilers

On pourra donc pécher sur quelques points comme ceux cités plus hauts ou même des épisodes qui auraient peut-être mérité plus d’espace pour épanouir certaines propositions amenées tardivement. Néanmoins, cette relecture du comte Dracula provoque une nouvelle fascination par ce qu’elle révèle de la question de l’immortalité et en cela de notre propre mortalité. Bien que largement imparfait, Dracula reste une proposition intéressante quand elle embrase totalement ses ressentiments funestes. De quoi rappeler que, comme dans la fiction, la figure du vampire est promise à l’éternité…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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