Jojo Rabbit : la fin de l’innocence.

29/01/2020

Titre : Jojo Rabbit

Réalisateur : Taika Waititi

Avec : Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, ...

Genre : Comédie dramatique, Guerre

Durée : 1h48

Nationalité : États-Unis

Sortie : 29 janvier 2020

Résumé : Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu'imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

La seconde guerre mondiale et les horreurs qui ont eu lieu sous le reich allemand auront nourri de nombreux créateurs avec plus ou moins de réussite. La proposition de Taika Waititi s’annonçait dès lors assez particulière au vu du style comique du réalisateur néo-zélandais, comme prouvé par son « Vampires en toute intimité ». Et pourtant, une fois « Jojo rabbit » terminé, on peut amplement dire que c’est une réussite par sa manière de filmer son intrigue par le regard d’un enfant endoctriné.

Jojo veut en effet être le nazi parfait, heureux de faire un camp d’entraînement avec son second meilleur ami afin de pouvoir accomplir son rêve : devenir le meilleur ami d’Adolf Hitler. Ce dernier l’accompagne d’ailleurs dans son imagination, vu comme un personnage coloré et gentil qui ne veut que le bien-être de Jojo, tout comme celui de chaque allemand. Ses yeux de petit garçon de 10 ans confèrent à la première partie du film un ton plus joyeux, proche de la comédie loufoque que ne renierait pas un Wes Anderson. Mais pourtant, quelque chose dérange derrière l’aspect absurde de certaines blagues, une sensation qui met mal à l’aise par rapport à la réalité des faits. Mais si nous sommes au courant de la réalité, ce n’est pas le cas de notre jeune héros… Jusqu’à ce qu’il rencontre une juive.

De là, si l’on peut déceler par instants des parties plus humoristiques, celles-ci ne renient en rien le drame qui se déroule en fond. Jojo voit ses convictions tiraillées, notamment par l’incompréhension du geste de sa mère. Celle-ci, interprétée avec douceur par une excellente Scarlett Johansson, confère un joli portrait à ce personnage qui voit la passion de son fils pour le pouvoir en place avec une certaine peur au vu de son regard d’adulte. C’est un joli portrait qui se dresse, notamment lors d’une scène autour de l’absence du père de Jojo, vu comme un lâche car ne donnant plus de nouvelles depuis deux années.

Taika Waititi ne tombe jamais dans le mauvais goût ou la provocation facile à la Uwe Boll. Tout son long-métrage est porté par ce regard innocent d’un garçon forcé de perdre sa naïveté pour mieux faire face à l’horreur, notamment dans une scène cruelle par un jeu du hors champ et de la symbolique qui rend cette séquence douloureuse, plus encore par le basculement opéré à cet instant. Et en quelques secondes, le réalisateur de « Thor Ragnarok » prouve qu’il sait marcher sur le fil de la comédie tout en faisant de son drame une force présente en permanence.

Il y a en effet quelque chose d’assez pudique dans son illustration de l’horreur mais surtout du traitement accordé par le nazisme à ses suiveurs, et ce même les plus fidèles (le personnage de Sam Rockwell, impeccable comme à chaque fois). Si l’on sait que cette idéologie est destructrice, la voir s’attaquer également aux personnes les plus investies appuie le propos du film, résonnant avec la menace des fantômes du passé que l’on peut constater dans l’actualité politique.

Dès lors, le long-métrage se révèle amer par son traitement général et sa manière d’agencer son intrigue, détruisant de l’intérieur les convictions d’un enfant après avoir su illustrer comment celles-ci le construisent aussi bien en tant qu’individu mais également dans son rapport aux autres. Le surnom « Jojo rabbit », se voulant moqueur, ne fait que souligner sa propre force personnelle face à une société qui juge sans voir que sa soumission au nazisme la détruit et l’oblige à se formater. La volonté de rentrer dans le même moule de Jojo se révèle donc compréhensible par cette imposition générale mais rend son émancipation encore plus effective, notamment par la symbolique de l’ami imaginaire.

Le traitement qu’en fait Taika Waititi, également dans son interprétation, est en effet une des nombreuses réussites du long-métrage. On aurait pu craindre le Hitler cartoonesque qui peut faire rire sur le moment mais risque de faire perdre dans le rapport public face à ce personnage son aspect néfaste et le génocide qu’il a provoqué. Pourtant, s’il y a bien un aspect comique qui s’en dégage, c’est par la manière dont Jojo l’appréhende, marquant par ce rapport l’évolution du protagoniste qui ne pourra se solder que par une certaine confrontation. 

Mais nous n’en dirons pas plus car Jojo Rabbit est essentiel à l’heure actuelle. Alors que l’extrémisme ressurgit, que le racisme est au coin de nos rues et que l’on remet en question les horreurs du passé avec le risque qu’elles affectent notre futur, le long-métrage de Taika Waititi nous illustre la fin d’une innocence de soumission idéologique et nous rappelle avec une certaine gravité les risques de retomber dans un tel monde. Néanmoins, Waititi nous donne l’espoir, celui que des personnes aussi impliquées comprennent leurs erreurs, que même la figure de l’enfant, vu comme influençable, peut se retourner face aux mensonges des adultes et que nous puissions nous aimer, tout simplement. « L’amour est la chose la plus forte » déclare la mère de Jojo : si certains crieront à la naïveté pure, nous préférerons mettre en avant pareil message, à contre-courant du cynisme facile dans lequel Waititi aurait pu tomber. Au contraire : Jojo Rabbit constitue une bouffée d’air frais désarmante et capitale que l’on ne peut que vous recommander.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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