Jurassic Park : Blockbuster parfait ?

06/01/2020

Titre : Jurassic Park

Réalisateur : Steven Spielberg

Avec : Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum, ...

Genre : Aventure

Durée : 2h07

Nationalité : États-Unis

Sortie : 1993

Résumé : C'est à partir d'une goutte de sang absorbée par un moustique fossilisé que John Hammond et son équipe ont réussi à faire renaître une dizaine d'espèces de dinosaures. Il s'apprête maintenant avec la complicité du docteur Alan Grant, paléontologue de renom, et de son amie Ellie, à ouvrir le plus grand parc à thème du monde. Mais c'était sans compter la cupidité et la malveillance de l'informaticien Dennis Nedry, et éventuellement des dinosaures, seuls maîtres sur l'île...

La figure du dinosaure a toujours été fascinante. N’ayant pas pu avoir de traces vivantes de ces créatures, on ne peut qu’imaginer leur existence selon les traces qu’on retrouve d’elles. Ce n’est guère étonnant : nous sommes faits de manière à être pris par l’inconnu, questionnant sur tout ce qu’on ne peut pas ou plus voir et appréhender. Dès lors, la promesse de Spielberg de nous en faire découvrir en 1993 était donc intrigante, connaissant l’homme pour son attrait pour le merveilleux mais également la puissance de ses images dans le paysage cinématographique américain, le tout bien aidé au niveau des effets spéciaux.

Et effectivement, Jurassic Park sera un pionnier. La qualité de ses effets numériques influencera directement Hollywood et marque encore actuellement les grosses productions par le réalisme d’époque (bien qu’elles ne soient au final pas si datées que ça au regard de certaines productions aux effets déjà âgés à peine sortis en salle). On pourra d’ailleurs faire l’analogie entre les personnages du film et les innovations apportées par les effets spéciaux, le professeur Grant symbolisant ces pionniers de la stop motion tels Phil Tippett et Stan Winston tandis que John Hammond représente Steven Spielberg leur montrant les dinosaures numériques de son film. « Nous sommes une espèce éteinte », phrase d’une amertume forte face à une innovation qui aura autant son lot d’avantages (permettre à divers créateurs de laisser exprimer leur imagination au grand public) que de dérives (les travailleurs dans le domaine poussés à une cadence infernale face à l’apparente facilité de la technique).

Le questionnement scientifique est également présent par les doutes sur la recréation de ce qui est disparu, avec une volonté de redonner vie à ce qui est mort mais amenant son lot de débats sur la question (précurseur des polémiques récentes sur la recréation d’acteurs décédés). Un plan du film appose à un raptor des I et des O rappelant ses origines factices mais, par la vie qui est amenée et l’existence de ces créatures dotées d’une intelligence qu’on ne peut leur renier, peut-on dédouaner leur création et les enfermer dans une case inférieure ? En ce sens, il est amusant de constater que Juan Antonio Bayona aura su prolonger ces questionnements sur son « Fallen Kingdom », ce qui n’est guère étonnant vu que le réalisateur espagnol est un digne héritier de Spielberg.

Le metteur en scène est d’ailleurs l’un des plus grands points forts du film, sa réalisation gardant un aspect spectaculaire tout en étant emplie de sens et de poésie. Il suffit de revoir la découverte du brachiosaure, merveilleux jeu de regard faisant durer le champ le plus longtemps possible pour rendre la découverte du contre champ plus extraordinaire encore, vision incroyable qui marque encore les rétines par sa justesse intemporelle. Spielberg garde son âme d’enfant avec son film, véritable attraction n’hésitant pas à tomber dans de l’horreur pure pour maintenir la menace de ses créatures sans leur enlever en grandiloquence et en sublime.

Revenons d’ailleurs sur le mot attraction, insultant pour certains mais pourtant cohérent avec la conception de certaines productions cinématographiques (sans retomber dans le débat puéril que nous a offert l’actualité sur le sujet). Spielberg use de son film pour interroger Hollywood et ses blockbusters en tant que créateurs de sensations fortes avec la confrontation entre des esprits créatifs voulant provoquer l’émerveillement et des financiers qui ne peuvent s’empêcher de raisonner qu’avec l’argent en tête. Quand on sait que le réalisateur aura connu des mésaventures sur le tournage de Hook, descendu par une partie de la critique et dépassant son budget, on ne peut qu’imaginer qu’il avait ces réflexions en tête lors de la conception de son film.

Car si Jurassic Park a tout du divertissement populaire qui aura su perpétuer son culte avec plus ou moins de réussite (les suites étant d’un résultat assez aléatoire, il faut bien l’avouer), il en émerge une œuvre remplie de doutes, que ce soit ceux envers une technologie à potentiel destructeur, la surélévation de l’Homme sur les autres espèces ainsi que la nature tout en se dirigeant à sa perte ou encore ceux de créateurs qui ne savent pas ce dont le lendemain est fait et de rêveurs qui ne cherchent qu’à provoquer l’émoi dans le regard des autres. Les réflexions sont nombreuses et maints journalistes et auteurs auront su aborder plus en détail le contenu du film, analysant chaque point avec plus ou moins de méticulosité et d’intérêt mais éveillant chacun la même constatation : Jurassic Park n’est pas qu’un simple blockbuster mais une œuvre riche en lectures diverses et souvent passionnantes car peu marqué par le temps (si l’on excepte quelques détails que l’on pourrait qualifier de scories à ce niveau).

Car, au-delà de ses morceaux de bravoure d’une maîtrise toujours aussi impériale, d’un casting tout simplement parfait, de ses effets spéciaux innovateurs, de la musique de John Williams tout bonnement parfaite, de son scénario riche et passionnant et de sa mise en scène qui devrait être apprise par toute personne éprouvant de l’amour pour le septième art, Jurassic Park est ce qu’on peut qualifier tout simplement de chef d’œuvre. Si ce terme pourra en vexer plus d’un au vu de sa fréquente utilisation, souvent à tort et à travers, faisant perdre de son sens et de son impact, on ne peut imaginer comment décrire autrement pareil film. Les râleurs se permettront de pointer quelques faux raccords ou petites erreurs mais est-ce que celles-ci peuvent réellement entacher la portée visuelle et narrative de ce film ? Peut-on lui renier sa nature divertissante qui sait d’ailleurs encore à ce jour mettre au tapis nombre de blockbusters profitant de leurs innovations et au budget plus élevé mais d’une telle fadeur que leur vision relève de la consommation pure et simple ? Peut-on ignorer l’amertume d’un Hammond face à son rêve détruit, les regards d’un professeur Grant et d’une docteure Sadler qui réfléchissent à leur (non) volonté d’enfant dans cette épreuve ? Peut-on réellement regarder Jurassic Park et ignorer tout ce qui en fait un monument culte, certes, mais toujours aussi moderne, fort émotionnellement, vibrant et d’une certaine forme de pureté qui n’occulte jamais son regard critique ? Pas pour nous, qui admirons toujours aussi émerveillés ce blockbuster parfait qui relève effectivement du chef d’œuvre, tout simplement

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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