L'Adieu (The Farewell) - Une réunion de famille sous haute tension

15/01/2020

Titre : L'Adieu (The Farewell)

Réalisateur : Lulu Wang

Avec : Shuzhen Zhao, Awkwafina, Tzi Ma, Diana Lin, ...

Genre : Drame, Comédie

Durée : 1h 40min

Nationalité : Américain, Chinois

Sortie : 8 janvier 2020

Résumé : Lorsqu’ils apprennent que Nai Nai, leur grand-mère et mère tant aimée, est atteinte d’une maladie incurable, ses proches, selon la tradition chinoise, décident de lui cacher la vérité. Ils utilisent alors le mariage de son petit-fils comme prétexte à une réunion de famille pour partager tous ensemble ses derniers instants de bonheur. Pour sa petite fille, Billi, née en Chine mais élevée aux Etats-Unis, le mensonge est plus dur à respecter. Mais c’est aussi pour elle une chance de redécouvrir ses origines, et l’intensité des liens qui l’unissent à sa grand-mère.

Alors que nous venons de dire au revoir à la décennie 2010, il est fort de constater l’intérêt croissant du cinéma hollywoodien pour les productions asiatiques et plus particulièrement chinoises. En effet, si ces dernières avaient les grâces de certains spectateurs, elles restaient cantonnées à une niche pour les connaisseurs ou les plus aventureux. Mais voilà, avec plus d’un milliard d’individus, les américains, toujours avides de rentabilité, ne pouvaient décidément plus se permettre de passer à côté du marché asiatique. Les 5 dernières années ont vu débarquer des productions ambitieuses telles que La Grande Muraille (2017) ou Crazy Rich Asian (2018), se revendiquant fièrement comme le premier film de studio hollywoodien entièrement joué par des comédiens asiatiques, mais pas seulement. D’un autre côté, des productions orientales se sont illustrées dans le box-office mondial, en attestent les multiples films du réalisateur coréen Bong Jong-Ho dont le dernier, Parasite, a fait sensation sur la croisette. Il était donc temps que l’Amérique puise enfin dans ce formidable vivier que la communauté asiatique, et surtout chinoise, pouvait offrir.

La réalisatrice Lulu Wang

L’adieu ou The Farewell, de Lulu Wang, est une histoire vraie tirée d’un vrai mensonge. Une précision qui a de quoi nous faire sourire au vu de la gravité de l’histoire qui va nous être racontée. Billi, jeune artiste sino-américaine en difficulté, découvre que sa bien-aimée grand-mère « Nai Nai », atteinte d’un cancer incurable, n’a plus que quelques mois à vivre. L’annonce fait l’effet d’une bombe pour la jeune fille, qui une fois le choc passé, se voit imposer le silence sur l’affaire. Et pour cause : la famille au grand complet a choisi de ne pas révéler à leur aînée le diagnostic afin de lui éviter des souffrances inutiles, car comme une croyance populaire le dit si bien, ce n’est pas la maladie qui tue, mais le fait de se savoir condamné qui nous achève. Prétextant le mariage avancé du cousin de Billi, tout le clan se retrouve en Chine pour passer un dernier moment avec la vieille femme sans éveiller le moindre soupçon. L’incompréhension est totale pour Billi qui, malgré l’opposition de ses parents, débarque en Chine pour participer à cette machination. Un voyage qui va profondément la transformer.

L’actrice Awkwafina

À la vue du synopsis, le film nous promet une intrigue lourde et pesante sur la vieillesse et la préparation au deuil à grand renfort de pathos et de larmes. Mais L’encart « l’histoire est tirée d’un mensonge réel », en plus d’affirmer l’authenticité de ce qui va nous être présenté, dédramatise un peu tout ça. Ce que vous allez voir, c’est une comédie dramatique où rires, larmes et autodérision seront au rendez-vous, mais pas que.

Les acteurs Chen Han, alias le cousin Hao Hao et Aoi Mizuhara alias Aiko, la fiancée japonaise.

Le mensonge et le secret sont des sujets communs au cinéma, qui donnent lieu à des intrigues mémorables. On se souvient tous de La vie est Belle (1998) de Roberto Benigni ou encore de Goodbye Lenin ! (2003) de Wolfgang Becker. L’adieu entre sans nul doute dans cette catégorie, celle du mensonge, mais en famille. Une thématique qui semble animer Lulu Wang d’une folle envie de faire des films, en atteste sa courte filmographie composée à ce jour de deux longs-métrages. Dans son premier film Posthumous (2014), la réalisatrice abordait déjà la thématique du mensonge et du secret à travers un artiste raté déclaré mort par erreur. Cette fois-ci, elle récidive en inversant les positions, celle d’un groupe mentant à un individu, en s’inspirant de son propre vécu, sur une pratique courante et bien ancrée dans la culture chinoise. Native de la Chine mais ayant grandi en Amérique, à l’image de son héroïne Billi, Lulu Wang a dû jouer à ce drôle de jeu familial qui consiste à mentir à un mourant pour lui éviter de souffrir. Et l’une des grandes qualités de son film réside dans l’importance de traiter d’un sujet aussi complexe avec finesse et subtilité tout en portant un regard dénué de tout jugement.

Diana Lin alias Lu Jian, la mère de Billi.

« QUI A UN CANCER MEURT. »

Synonyme de trahison, la réalisatrice a conscience des a priori de la vision occidentale sur une telle pratique et opte pour une narration axée sur les émotions en multipliant les points de vue autour de la situation. Ainsi, par l’intermédiaire de Billi qui représente cette vision, le film nous implique en nous questionnant sur le bien-fondé d’un mensonge, mais surtout il a l’intelligence de ne pas répondre en laissant à la charge du spectateur de se faire sa propre opinion. Néanmoins, il apporte quelques clés de réflexion sur d’autres sujets. Car le mensonge, comme le mariage de ce cher cousin, n’est qu’un prétexte pour aborder de nombreuses thématiques liées à la diaspora chinoise. Il est question bien sûr de la mort, de la famille, de la tradition, mais aussi du déracinement et du poids de la culture.

Tzi Ma alias Haiyan Wang, le père de Billi.

« Mais c’est un mensonge ? Oui mais un bon mensonge. »

La réalisatrice montre efficacement l’impact du déracinement sur ses personnages. En tant qu’expatriée, la position de Billi est difficile à tenir, la Chine qui est son « chez elle » la considère plus comme une étrangère parlant un chinois tout juste correct, ou à saisir l’importance des mœurs et des coutumes. Elle se heurte au traditionalisme et à la toute-puissance de la piété filiale, en attestent les quelques tensions des autres membres de la famille. Ce décalage entraîne aussi une (re)découverte de sa culture. Les souvenirs d’enfance remontent et nous entraînent dans une Chine idéalisée par une enfant du pays, qui à travers l’unité retrouvée d’une famille dispersée se réapproprie sa culture. Et ce sont vraiment ces scènes du quotidien autour d’un repas, au sport ou au cimetière qui nous offrent le meilleur de cette famille chinoise, et dont le paroxysme est atteint durant le mariage entre les danses, les chants et l’alcool, l’élément indispensable à la désinhibition et aux lâcher prise. Même si on a conscience que cet événement est un écran de fumée, cette scène est selon moi la plus belle et véridique du film. Ce dernier laisse entrevoir d’autres problématiques récurrentes dans le cinéma chinois comme la difficile relation belle-mère/belle-fille, la course à la réussite des enfants, trouver un bon parti ou encore les rivalités au sein de la famille, sans toutefois les approfondir.

L’actrice Zhao Shuzhen alias Nai Nai, la mamie de Billi.

Nous entrons donc dans cette chronique familiale par le biais d’une conversation téléphonique entre deux continents, deux cultures mais aussi deux générations différentes. Nai Nai, la grand-mère énergique, et Billi, notre héroïne, entretiennent une relation particulière qui crève l’écran. Une complicité tendre et unique qu’on ne retrouve pas avec le cousin Hoa Hoa et qui tord un peu l’idée préconçue de la prédominance de l’attention portée aux garçons dans la tradition chinoise. La totalité du casting s’en sort vraiment bien avec un jeu assez naturel et juste, qui laisse entrevoir toute la complexité de leur personnage et de leur position au sein de cette famille. Mais c’est bien Nai Nai et Billi qui sortent du lot. Awkafina, qui interprète Billi, n’est pas une inconnue pour le public. Vue  notamment dans l’oubliable Ocean’s 8, Crazy Rich Asian ou récemment dans le second opus de Jumanji, la jeune actrice commence doucement à se faire une place dans Hollywood. Elle nous offre une interprétation pleine de douceur et de retenue, qui justifie amplement son Golden Globe de la Meilleure actrice. Quant à Zhao Shuzhen, qui joue la grand-mère, elle est rayonnante et adorable en matriarche respectée avec une vivacité et un sourire contagieux. Des interprétations étonnamment crédibles et réalistes, surtout quand la première nous a plutôt accoutumés à des personnages comiques et décalés, et la seconde commence à peine sa carrière à seulement 76 ans.

Du côté de la mise en scène, Lulu Wang fait le choix de plans larges et simples, axés sur les regards et les silences parfois plus éloquents que les dialogues. En faisant face à une Chine en pleine mutation, aussi bien urbaine qu’économique, un sentiment de nostalgie s’installe progressivement au fil de l’intrigue. La caméra dévoile ainsi une société chinoise attachée à ses valeurs mais tendant paradoxalement vers le modèle occidental et ce particulièrement dans l’architecture. Il est drôle de voir les oreilles se dresser ou les yeux pétiller à la simple mention de l’Amérique. Le choix d’utiliser principalement le mandarin plutôt que l’anglais renforce non seulement le réalisme du film mais est aussi très osé quand on connaît les réticences du public américain à s’encombrer de sous-titres.

En conclusion, L’adieu de Lulu Wang est une comédie dramatique douce-amère. C’est un film à la fois beau, touchant, brutal, sincère et émouvant, traitant de thématiques aussi complexes que la famille, le deuil ou le déracinement, le tout avec humanité et bienveillance. Dans ce huis clos familial, le spectateur découvre une autre facette de la Chine sous un angle inédit, à travers une galerie de personnages aussi drôles qu’émouvants. Bien que l’intégralité du casting soit plus qu’à la hauteur, il est indéniable que le duo Billi / Nai Nai est la force de cette intrigue grâce à l’interprétation épatante et profonde de deux formidables actrices. Mais ce voyage initiatique ne serait rien sans la dramaturgie et la mise en scène efficaces de la réalisatrice sino-américaine qui réussit à nous tirer de grosses larmes au fur et à mesure que se profilent à l’horizon les ultimes adieux. Je pense que ce film aura une résonance particulière auprès de la diaspora chinoise et d’autres communautés aux prises avec les mêmes problématiques. Mais c’est avant tout un film universel qui revendique fièrement son métissage, un métissage cinéphile (américain et chinois) et culturel. Je recommande donc à 100% ce film et croise les doigts pour qu’il soit récompensé à sa juste valeur durant cette saison des cérémonies qui s’annonce prometteuse.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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