Ce que tu as fait de moi - Pire lecture de 2020 ?

06/02/2020

Titre : Ce que tu as fait de moi

Auteur : Karine Giébel

Editions : Belfond

Prix : 20,90 €

Parution : 21 novembre 2019

Nombre de pages : 552 pages

Genre : Thriller

Résumé : Personne n'est assez fort pour la vivre.
Personne n'est préparé à l'affronter, même si chacun la désire plus que tout.
La passion, la vraie...
Extrême.
Sans limites.
Sans règles.
On se croit solide et fort, on se croit à l'abri. On suit un chemin jalonné de repères, pavé de souvenirs et de projets. On aperçoit bien le ravin sans fond qui borde notre route, mais on pourrait jurer que jamais on n'y tombera. Pourtant, il suffit d'un seul faux pas. Et c'est l'interminable chute.
Aujourd'hui encore, je suis incapable d'expliquer ce qui est arrivé. Si seulement j'avais plongé seul...

Cette nuit, c'est le patron des Stups, le commandant Richard Ménainville, qui doit confesser son addiction et répondre de ses actes dans une salle d'interrogatoire. Que s'est-il réellement passé entre lui et son lieutenant Laëtitia Graminsky ? Comment un coup de foudre a-t-il pu déclencher une telle tragédie ?

Si nous résistons à cette passion, elle nous achèvera l'un après l'autre, sans aucune pitié.

Interrogée au même moment dans la salle voisine, Laëtitia se livre. Elle dira tout de ce qu'elle a vécu avec cet homme. Leurs versions des faits seront-elles identiques ?

Si nous ne cédons pas à cette passion, elle fera de nous des ombres gelées d'effroi et de solitude.
Si nous avons peur des flammes, nous succomberons à un hiver sans fin.

La passion selon Karine Giebel... conduit forcément à l'irréparable.

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Contrairement à ses nombreux lecteurs, je ne peux pas me revendiquer comme étant un grand fan de Karine Giébel. Tout simplement parce que jusqu’à présent je n’avais lu qu’un seul de ses romans. Je n’ai en effet découvert sa plume et son univers qu’en 2018, avec Toutes blessent, la dernière tue qui, au delà du coup de coeur, a été une véritable claque. Depuis, je me suis procuré deux autres de ses titres et attendais avec impatience la sortie de celui-ci. Et alors là, incompréhension totale : que s’est-il passé ? Comment une auteure a-t-elle pu, tout d’abord, être à l’origine d’une de mes meilleures lectures de 2018, puis d’une des pires de 2020 ? Je sais que l’année vient à peine de commencer mais je sais d’ores et déjà que, malheureusement, Ce que tu as fait de moi sera dans le bas du classement. Je remercie toutefois les éditions Belfond pour leur envoi.

Je ne sais pas dans quel genre a été initialement classé ce roman mais les librairies que j’ai pu visiter le rangeaient avec les thrillers. Or, il n’en est rien. Au mieux, il s’agit d’une dark romance, mais même dans ce cas elle devrait être interdite aux mineurs !

Ma lecture avait pourtant bien commencé. Au cours des 100 premières pages, l’histoire se met lentement en place, on fait la connaissance des protagonistes et on découvre le suspense qui entoure un drame qui s’est passé au sein même du commissariat de place. Très vite on comprend que la relation entre les deux protagonistes principaux, Richard et Laëtitia, est à l’origine du fameux drame et c’est donc avec avidité qu’on tourne les pages afin de savoir le pourquoi du comment. Seulement voilà, à la page 99 (oui c’est précis parce que ça m’a marqué), Laëtitia prononce une phrase qui m’a profondément dérangé et qui a fait basculer tout le récit dans une dimension particulièrement malsaine, voire dangereuse.

Pour les besoins de cette chronique je vais vous révéler la fameuse phrase et le contexte qui l’entoure, et même si il ne s’agit pas vraiment d’un spoiler, je vous laisse le choix de ne pas continuer à lire. 

Avant toute chose, il faut savoir que dès leur première rencontre, Richard et Laëtitia ont eu un coup de foudre mutuel malgré le fait que chacun ait un conjoint et des enfants. Richard devient alors de plus en plus entreprenant face à une Laëtitia à la fois intimidée et peu réceptive. Suite à une erreur commise lors d’une mission, cette dernière est menacée de se faire licencier sauf si elle accepte de coucher avec Richard. Un soir, elle se rend chez lui, le trouve en compagnie d’un autre policier (et meilleur ami), est contrainte de boire de l’alcool et finit par céder aux avances de Richard. Le problème, c’est que le meilleur ami souhaite aussi participer ! S’en suit alors une scène de double viol durant laquelle Laëtitia se fait abuser par les deux hommes. Et alors la phrase qui m’a fait bondir de mon canapé est la suivante : « Je n’ai pas réussi à cacher le plaisir, intense, qui m’a traversée, renversée, pulvérisée ». En gros « je me fais violer mais finalement j’aime ça ».

Pour être honnête, je suis rarement d’accord avec les polémiques qui émergent de plus en plus et qui visent à chercher la petite bête partout. Mais là je ne comprends pas ce qui s’est passé pour qu’on se retrouve dans une histoire aussi toxique et malsaine qui véhicule tout sauf un message positif.

Oui, Karine Giébel est réputée pour écrire des romans très sombres, oui la plupart d’entre eux mettent en scène des femmes qui subissent une gradation d’horreurs mais il y a toujours un but derrière, un message ou une dénonciation. En l’occurrence, il n’y a rien qui justifie cette forme d’apologie du viol qui m’a mis très mal à l’aise. 

Le pire c’est qu’il n’y a aucune intrigue derrière laquelle se cacher, aucun suspense véritable sur lequel se concentrer. Tout au long des 550 pages, on va suivre la descente aux enfers progressive de Laëtitia, l’évolution de la relation destructrice dans laquelle elle s’est engagée et des scènes à vomir qui n’ont aucun sens. Je me suis beaucoup demandé quel était l’objectif de Karine Giébel en écrivant ce roman, qu’est-ce qui l’avait poussée à proposer un récit comme celui-ci…

J’ai aussi espéré qu’on allait finir par avoir une remise en question de la part de Laëtitia, une soudaine prise de conscience mais non. En lisant le dernier chapitre j’ai clairement eu l’impression que Karine Giébel écrivait entre les lignes : « voilà ce qu’est l’amour, le vrai ». Comme si la passion rimait forcément avec violence et destruction. 

C’est rare qu’un roman me mette aussi en colère et c’est aussi pourquoi, pour la première fois, je vous recommanderai de ne pas le lire. En revanche, si c’est déjà fait, je serais heureux de découvrir votre avis dans les commentaires (surtout s’il diverge du mien !).

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Contrairement à beaucoup de gens, j’ai eu la chance de recevoir ma lettre d’admission à Poudlard et j’ai obtenu mon diplôme de sorcellerie il y a quelques années déjà. Depuis, je me suis spécialisé dans l’étude de la littérature des moldus et je prend un grand plaisir à découvrir une nouvelle forme de magie : celle des mots.
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