Lady Bird – Le passage à l’âge adulte

01/02/2020

Titre : Lady Bird

Réalisateur : Greta Gerwig

Avec : Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Beanie Feldstein, Lucas Hedges, Timothée Chalamet, ...

Genre : Comédie, drame

Durée : 1h35

Nationalité : Américain

Sortie : 28 février 2018

Résumé : Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird ait perdu son emploi.

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Simple et pourtant si juste, avec des thèmes universels, il est difficile de ne pas succomber à Lady Bird. Ce petit bijou, nommé pas moins de cinq fois aux Oscars, est la première réalisation de la fantastique Greta Gerwig. Dans ce scénario quasi-autobiographique –la cinéaste ayant elle-même grandi dans la ville de Sacramento- elle raconte avec une authenticité saisissante la dernière année au lycée de l’atypique Christine McPherson dit « Lady Bird », ses désirs d’horizon plus large à New York ainsi que sa relation tumultueuse avec sa mère. Le ton est donné dès la scène d’ouverture lorsque, incapable de se faire entendre lors d’une dispute au sujet de l’université, « Lady Bird » se jette hors de la voiture de sa mère alors qu’elle est en mouvement.

Une histoire touchante et sincère sur le passage à l’âge adulte, fait d’attentes et de désillusions. Le récit à la fois intime et éloquent de l’émancipation sociale d’une jeune lycéenne, rêvant de quitter son Sacramento natal pour un horizon plus large.

Parée de mèches rouges, un plâtre au bras, une impulsivité et une naïveté propre à son âge, la jeune Christine McPherson entame son année de terminale dans son lycée catholique de Sacramento en Californie en 2002, dans une Amérique post-11 Septembre. L’adolescente atypique se donne le nom de « Lady Bird », jugeant Christine trop banal, au grand désarroi de sa mère. A vrai dire, la lycéenne trouve toute sa vie, que cela soit sa ville, sa maison, son entourage ou son école, d’une extrême banalité, aspirant à s’évader dans une université à des milliers de kilomètres sur la côte Est, pour une vie qu’elle imagine plus palpitante.

Sa mère (Laurie Metcalf), avec qui elle entretient une relation conflictuelle, fait des heures supplémentaires à l’hôpital où elle travaille afin de pallier aux difficultés financières de la famille depuis le licenciement de son mari. Pour cette raison, elle préfère que sa fille aille dans une fac locale, malgré les contestations répétées de l’intéressée. Les deux femmes ne se comprennent pas et peuvent se montrer cruelles l’une envers l’autre. Heureusement pour la jeune fille, elle peut compter sur son père, toujours prêt à l’épauler même lorsque lui-même fait face à des difficultés.

Au cours de cette année de terminale, Lady Bird connaît en quelque sorte une crise identitaire. Elle rejoint d’abord la troupe de théâtre de son lycée, où elle s’entiche de l’attendrissant Danny (Lucas Hedges), avant de croiser le chemin de l’énigmatique Kyle (Timothée Chalamet), de se disputer avec sa meilleure amie Julie (Beanie Feldstein) et de devenir amie avec les mauvaises personnes. A priori tous les éléments sont réunis pour une comédie adolescente banale mais il ne faut pas se méprendre, Lady Bird est tellement plus que cela : à la fois fin, subtil, juste, rien n’est surfait dans le film de Greta Gerwig, bien au contraire.

Comme tout ado qui se respecte Lady Bird fait des erreurs, celles qui vont avec l’âge, permettant de grandir et d’apprendre. Il est comique de voir cette lycéenne atypique faire tout pour ne pas être comme les autres, que cela soit en se donnant un nouveau nom, se colorant les cheveux dans une couleur vive qui ne passe pas inaperçue. Pourtant, malgré tout le mal qu’elle se donne pour sortir du lot, seul un second rôle dans la pièce de théâtre de son club de théâtre lui est par exemple confié.

En réalité, la caméra de Greta Gerwig nous dépeint une jeune fille en recherche d’identité. Lady Bird ne sait pas réellement qui elle est au fond et c’est bien la raison principale pour laquelle elle se donne ce nom ; une façon de se réinventer, de s’exprimer librement dans cette phase particulière de transition dans sa vie. D’une part, la jeune femme ne parvient pas à trouver sa place dans cette ville où tout le monde semble plus riche, plus intelligent, plus intéressant qu’elle. Au-delà de se rebeller, elle se cherche. D’autre part, elle veut fuir Sacramento, cette ville d’une banalité affligeante selon elle, qui n’a rien à lui offrir. Pour elle, elle vit du « mauvais côté des rails », ne voit aucun futur dans sa ville natale, éloignée de tout ce à quoi elle aspire, et ses rêves n’y ont pas la moindre chance. Elle rêve d’ailleurs, pense que toutes ses attentes trouveront matière loin de Sacramento. C’est pour cela qu’elle veut rallier la grande ville où la vie, la culture et ses rêves l’attendent. Pourtant, au fond, la jeune femme est plus attachée à ses racines qu’elle ne l’imagine.

Mais Lady Bird veut également échapper à sa mère, avec qui elle entretient une relation conflictuelle, passant de l’amour à la haine en un battement de cils. Elle se sent oppressée par ses exigences. Les deux femmes s’aiment mais ne se comprennent pas, rendant le dialogue toujours plus difficile.

Saoirse Ronan et Laurie Metcalf sont absolument renversantes dans leur duo de mère-fille chaotique. Saoirse Ronan est simplement subjuguante -ayant dû adopter l’accent californien pour l’occasion. L’actrice brille dans ce rôle de jeune femme presque adulte en pleine crise identitaire. Elle l’habite complètement, à la fois dynamique, comique et touchante, elle ne rate rien et transcende pleinement le long-métrage. Accompagnée par une Laurie Metcalf remarquable interprétant cette mère dépassée par les aspirations de sa fille, qui peut parfois se montrer stricte mais ne débordant pas moins d’amour pour celle-ci. Un duo réellement juste et touchant.

Une autre réussite de Greta Gerwig se trouve dans la justesse qu’elle confie également aux personnages secondaires. En effet, chaque personnage a quelque chose à dire, à apporter, si peu soit-il. Gerwig dresse pour chacun des rôles un portrait précis et subtil permettant de compléter habilement le tableau de Lady Bird. Le tout porté par un casting formidable pour interpréter cet entourage coloré de la lycéenne, comptant Tracy Letts, réellement attachant en père incroyablement attentif et dévoué, mais aussi les jeunes talents Beanie Feldstein, Timothée Chalamet et Lucas Hedges.

Lady Bird nous conte les rêveries adolescentes tout en les opposant savamment aux réalités de la vie. Un long-métrage tourné vers les aspirations et les attentes qu’occurrent l’adolescence. Avec la grandeur des rêves qui va avec. Un récit également sur la quête d’identité que le passage à l’âge adulte peut provoquer. C’est aussi vouloir fuir ses racines, sa classe moyenne, sa ville natale, vouloir voir plus loin, rêver d’ailleurs, d’un nouvel horizon accompagné de hautes espérances. L’intelligence du scénario réside dans sa subtilité. Il dépeint notamment avec une justesse admirable la distance entre l’être que l’on est et celui que l’on aspire à être. Et cette part de la jeune Lady Bird se trouve en chacun de nous.

Mais s’il y a bien la part de quelqu’un en Lady Bird, c’est celle de Greta Gerwig. Le contexte, l’époque sont ceux de l’adolescence de la réalisatrice et scénariste, ayant elle-même grandi dans la ville de Sacramento. Elle considère son film comme semi-autobiographique, mais tient à préciser que rien dans celui-ci ne s’est littéralement passé dans sa vie, mais il y a un noyau de vérité qui résonne avec ce qu’elle sait, selon elle. D’ailleurs sa façon de filmer sa ville natale est quasi poétique, bien qu’elle ait pu critiquer cette ville et la fuir à l’image de son personnage principal. De plus, la mise en scène la met en valeur sans jamais dénaturer ses attributs. La ville est comme un personnage à part entière dans l’histoire. De tels éléments permettent de livrer un récit touchant sur la séparation quasi inévitable, pouvant être déchirante, avec ses racines qu’entraîne le passage à l’âge adulte.

La simplicité apparente du scénario pourrait faire penser à une comédie adolescente des plus classiques, mais en réalité Greta Gerwig prend ce genre à contrepied, apportant une touche mélancolique unique, et dissimulant une vive critique sociale, dans une Amérique du début des années 2000. Accompagné de dialogues futés, justes et réalistes, le récit est celui de l’émancipation et de ses changements, traités dans la banalité du quotidien -de ses hauts et de ses bas- d’une lycéenne aux nombreuses aspirations. Un long-métrage d’une réalité captivante.

En conclusion, Lady Bird est un film lucide et touchant sur le passage à l’âge adulte et ses épreuves. Une histoire simple à propos de la vie et de ses étapes. On pourrait penser avoir déjà vu à de multiples reprises un tel récit mais aucun semblable ne peut se vanter de l’avoir fait de la sorte. Greta Gerwig -à qui l’on devait déjà l’écriture de Frances Ha et Mistress America– crée avec talent un monde riche en émotion, tout en nuances, rempli de mélancolie, naïveté et douceur. Sans prétention, elle nous livre une chronique chaleureuse, aux thèmes universels et au charme unique devant lequel il est difficile de rester de marbre.

Une histoire sur le passage à l’âge adulte comme aucune autre. Juste, intelligente, touchante, mélancolique, subtile mais aussi drôle, Lady Bird est une œuvre singulière proposée par Greta Gerwig.

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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