Les corps conjugaux – Une dramatique histoire de famille

21/02/2020

Titre : Les corps conjugaux

Auteur : Sophie de Baere

Editions : JC Lattès

Prix : 20,00€

Parution : 22 janvier 2020

Nombre de pages : 336 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : Fille d’immigrés italiens, Alice Callandri consacre son enfance et son adolescence à prendre la pose pour des catalogues publicitaires et à défiler lors de concours de beauté. Mais, à dix-huit ans, elle part étudier à Paris. Elle y rencontre Jean. Ils s’aiment intensément, fondent une famille, se marient. Pourtant, quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît. Les années passent mais pas les questions. Qu’est-elle devenue ? Pourquoi Alice a-t-elle abandonné son bonheur parfait, son immense amour, sa fille de dix ans ?

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C’est l’histoire d’une rencontre. Une rencontre inattendue, une rencontre fortuite qui durera toute une vie. Et même au-delà. Les corps conjugaux est le portrait surprenant, étincelant, terrifiant surtout, d’une enfant devenue femme qui, toujours, devra apprendre à faire face aux apparences, au regard des autres.

Lorsqu’elle fut en âge de le faire, Alice décida de quitter sa famille décousue – sa mère et sa grande sœur – pour s’extraire de cette vie d’enfant mannequin, et se faire une place à Paris, dans la grande ville, là où les gens ont de l’importance. Leur histoire commence de manière impromptue, sur leur palier, alors qu’ils se croisaient en bons voisins sans réellement s’être arrêtés l’un sur l’autre. Après une courte escapade dans les bois à la périphérie de Paris, le charme opère, un lien indéfectible se tisse entre eux. Il aurait pu s’agir d’une histoire d’amour passionnelle, certes, mais on ne peut plus classique : la rencontre, l’évidence, le mariage, l’enfant tant désiré.

Mais le passé est parfois infaillible. Car si Alice a tout fait pour (et a réussi à) s’extraire de son milieu d’origine, la relation tendue avec cette mère qui ne lui a pas pardonné son départ, son abandon, qui n’a pas pardonné l’envol de son enfant, ne s’est pas complètement rompue. Tant et si bien qu’elle profitera d’un jour joyeux pour faire une révélation à sa fille, comme un cadeau d’adieu empoisonné. La vie d’Alice bascule, elle décide d’abandonner à son tour la vie et la famille de rêve qu’elle s’est construite.

Il y a quelque chose de Gone Girl dans ce roman de Sophie de Baere. Un jeune couple en apparence idyllique, dont le charme est rompu lorsque l’épouse disparaît sans laisser d’explication. C’est toutefois là le seul point commun avec le célèbre roman de Gillian Flynn. Le récit est construit du point de vue d’Alice : on assiste en spectateur démuni à son enfance et son adolescence chaotiques, vides de sens, puis à la construction de sa vie de femme. Jusqu’à la rupture. Son secret est dévoilé au lecteur qui n’est pas dans l’errance et le questionnement de l’entourage de l’héroïne : on sait pourquoi elle prend cette décision. On suit alors sa propre désertion, ses questionnements, cette déchirure du cœur et ce secret pourrissant qui jamais ne la quitteront.

Écrite d’une plume dense, précise, ciselée, l’histoire d’Alice résonne comme un cri strident, le cri de désespoir de cette femme déchirée par un terrible secret de famille. Sophie de Baere décortique avec une justesse et une rude précision le tumulte intérieur d’une mère et de sa fille détruite par les choix de ses parents. Car là également se trouve l’intérêt de ce récit, dont la ligne narrative principale est parsemée d’une voix plus enfantine, mais tout aussi alarmante, déstabilisante : la voix de Charlotte, l’enfant abandonnée, la jeune fille qui ne cessera de chercher à résoudre le mystère de la disparition de sa mère.

On ressort profondément triste des Corps conjugaux. Aussi bien à cause du destin terrible de cette famille, de leurs égarements, de leur amour perdu, qu’à cause de cette certitude qui naît en nous une fois le livre refermé. Celle de dire au revoir à tous ces grands personnages. Un roman coup de cœur !

Merci aux éditions JC Lattès pour la découverte de ce livre.

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture !
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