Otages - Un roman terriblement actuel

02/02/2020

Titre : Otages

Auteur : Nina Bouraoui

Editions : JC Lattès

Prix : 18,00€

Parution : 2 janvier 2020

Nombre de pages : 170 pages

Genre : Littérature contemporaine

Résumé : « Je m’appelle Sylvie Meyer. J’ai 53 ans. Je suis mère de deux enfants. Je suis séparée de mon mari depuis un an. Je travaille à la Cagex, une entreprise de caoutchouc. Je dirige la section des ajustements. Je n’ai aucun antécédent judiciaire. »
Sylvie est une femme banale, modeste, ponctuelle, solide, bonne camarade, une femme simple, sur qui on peut compter. Lorsque son mari l’a quittée, elle n’a rien dit, elle n’a pas pleuré, elle a essayé de faire comme si tout allait bien, d’élever ses fils, d’occuper sa place dans ce lit devenu trop grand pour elle.
Lorsque son patron lui a demandé de faire des heures supplémentaires, de surveiller les autres salariés, elle n’a pas protesté : elle a agi comme les autres l’espéraient. Jusqu’à ce matin de novembre où cette violence du monde, des autres, sa solitude, l’injustice se sont imposées à elle. En une nuit, elle détruit tout. Ce qu’elle fait est condamnable, passable de poursuite, d’un emprisonnement mais le temps de cette révolte Sylvie se sent vivante. Elle renaît.
Un portrait de femme magnifique, bouleversant : chaque douleur et chaque mot de Sylvie deviennent les nôtres et font écho à notre vie, à notre part de pardon, à nos espoirs de liberté et de paix.

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Alternant les écrits de fiction et les récits autobiographiques, Nina Bouraoui illumine la rentrée littéraire d’hiver avec Otages, un roman comme toujours puissant, qui révèle les gouffres continuellement ouverts de notre société. A travers le regard de Sylvie, quinquagénaire blessée par la vie mais qui demeure silencieuse, elle donne la parole aux oubliés, aux cachés, aux écartés sur qui, malgré tout, on peut toujours compter.

Oui, mais jusqu’à quel point ces hommes et ces femmes secoués, maltraités, répondront-ils sans protester ? Otages est le cri de révolte désespéré d’une voix qui dit stop, qui n’exécute plus mais agit, qui enfin refuse l’asservissement jusqu’à se mettre en danger.

Ecrit d’un souffle, ce roman dévoile l’intériorité d’une femme qui de victime passe à bourreau : elle prend son patron en otage, pour faire entendre son chagrin, pour se libérer de sa vie qui elle-même l’a prise en otage. Son mari l’a quittée, elle a accepté ce coup du sort sans protester ; son patron lui demande de réaliser des viviers (autrement dit de trahir ses collègues, pour qui elle se bat chaque jour, en dénonçant leurs comportements non professionnels dans le but de les licencier), elle accepte la mission. Mais ce soir-là, c’en est trop : elle ne se laissera plus marcher dessus.

Sylvie n’est pas une combattante : elle ne part pas en guerre contre cette société écrasante pour les plus faibles. Son geste, si extrême soit-il, est résigné. Elle agit sous le coup d’émotions qu’elle ne peut plus contenir : la colère, la détresse, la fatigue… Pourtant, elle est lucide sur les conséquences de son acte : avec ce geste, elle signe la fin de quelque chose, la fin d’un cauchemar, la fin du respect de ses proches, la fin d’une vie de servitude. Peu importe, elle ne sera plus l’otage de sa propre existence.

D’abord écrit pour le théâtre il y a cinq ans, ce texte est criant de vérité. A travers la fiction, Nina Bouraoui pointe un sujet majeur, toujours d’actualité, une thématique chère à son cœur : l’écrasement des plus faibles. Il ne s’agit pas cette fois d’une minorité, mais d’une partie majeure de la société, celle en bas de l’échelle sociale, délaissée, méprisée, presque déshumanisée. Utilisant son pouvoir d’écrivain, son pouvoir de femme aussi, elle redonne la parole à ceux qui l’ont trop longtemps perdue. Nous sommes tous, nous avons tous été Sylvie. Il est temps de nous exprimer pour éviter que le rouleau compresseur de la société ne nous pousse à commettre l’irréparable, à écraser nos vies.

Sylvie aime profondément son mari, elle aime ses enfants, elle aime ses collègues, elle aime son travail. En lui demandant de réaliser ces viviers, c’est son enthousiasme, son appétit de travailler et sa vie sociale que son patron lui extorque.

Nina Bouraoui ne dresse pas un chef d’accusation à l’encontre du travail, mais de la perte du libre-arbitre, la perte de l’épanouissement individuel et collectif. Elle ne cherche pas à délivrer un message politique, mais un message d’espoir, celui de passer d’otage à maître de sa vie.

Merci aux éditions JC Lattès pour la lecture de ce roman fort et terriblement juste, un coup de cœur !

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Chroniqueuse littéraire, je suis tombée dans la marmite de livres étant petite. Libraire dans l’âme, attachée de presse dans la vraie vie, je m’attache à transmettre le grand secret de la vie éternelle : la lecture !
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