Scandale (Bombshell) – Briser l’omerta

16/02/2020

Titre : Scandale (Bombshell)

Réalisateur : Jay Roach

Avec : Charlize Theron, Margot Robbie, Nicole Kidman, John Lithgow, Kate McKinnon, Allison Janney, Mark Duplass, Connie Britton, ...

Genre : Biopic, Drame

Durée : 1h49

Nationalité : Américain

Sortie : 22 janvier 2020

Résumé : Inspiré de faits réels, "Scandale" nous plonge dans les coulisses d’une chaîne de télévision aussi puissante que controversée. Des premières étincelles à l’explosion médiatique, découvrez comment des femmes journalistes ont réussi à briser la loi du silence pour dénoncer l’inacceptable.

Les multiples affaires de harcèlement sexuel commis au sein de l’environnement professionnel, telle que l’affaire Weinstein ayant conduit à l’avènement du mouvement #MeToo, ont secoué l’actualité des dernières années. Scandale (Bombshell en version originale) est le premier film sur le sujet en cette ère post-#MeToo. Celui-ci raconte l’histoire de trois femmes, trois générations, trois victimes du même vice. Inspiré de faits réels qui se sont produits en 2016 au sein de la chaîne de télévision américaine Fox News, avant l’affaire Weinstein, le film de Jay Roach raconte comment trois femmes incarnées par Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie sont parvenues à faire tomber leur patron, le PDG de la chaîne, Roger Ailes, pour harcèlement sexuel. Un sujet riche que l’industrie du divertissement ne pouvait pas laisser passer. En effet, la mini-série The Loudest Voice, sortie en 2019, s’intéressait déjà à la chute du puissant Roger Ailes incarné alors par Russell Crowe.

De par son sujet, Scandale s’impose comme un film actuel et nécessaire. Celui-ci dénonce le système de harcèlement sexuel orchestré par Roger Ailes et son emprise sur ses employées qu’il menaçait de représailles (réductions de poste ou salaire, licenciements, etc.) si elles ne se pliaient pas à ses exigences. Le film retranscrit également les difficultés des victimes de harcèlement sexuel, notamment dans le cadre du travail, à se manifester, leurs craintes de représailles telles que la perte de leur emploi, de ne pas être entendues ou que personne ne les prenne au sérieux. Ces raisons en font une œuvre percutante et puissante, menée par un trio d’actrices sensationnelles.

Sans préambule, l’histoire prend place en juillet 2016, en pleine campagne présidentielle aux Etats-Unis. La chaîne Fox News est sous effervescence : elle s’apprête à diffuser le premier débat télévisé de cette campagne, animé par la journaliste aussi célèbre que controversée Megyn Kelly (Charlize Theron). Ancienne avocate, vive d’esprit et chevronnée, elle est connue pour son franc parler, comme elle le précise en voix off. Au cours du débat, elle interpelle le candidat à la présidence à l’époque, Donald Trump, sur sa misogynie et ses propos déplacés répétés envers les femmes. La réponse du futur président des Etats-Unis se fait via une série de tweets insultants adressés à l’égard de la journaliste, ce qui ne tarde pas à faire les gros titres. Le choix de celle-ci de confronter le candidat républicain est assez délicat car il se fait de plus en plus influent sur l’audience conservatrice de la chaîne. Un détail que son PDG Roger Ailes (John Lithgow), considéré par un grand nombre comme un génie dans le monde des médias, qui a rendu célèbre Fox News, conseiller médiatique des présidents américains Richard Nixon, Ronald Reagan et Georges H.W Bush par le passé, et son big boss, le richissime homme d’affaire Rupert Murdoch (Malcolm McDowell), ont bien compris.

Simultanément, la présentatrice de longue date de l’émission « Fox and Friends », Gretchen Carlson (Nicole Kidman), après avoir été rétrogradée à un horaire moins attractif en termes d’audiences suite à son refus aux avances d’Ailes, tente d’adopter une vision du monde plus moderne dans son émission. Lorsqu’elle est licenciée, elle décide de poursuive personnellement le tout-puissant PDG de la chaîne en justice pour harcèlement sexuel avec les éléments de preuve qu’elle a rassemblés au fil du temps.

En parallèle, on suit également le parcours de Kayla Pospisil (Margot Robbie), une jeune chrétienne aussi ambitieuse que naïve. Elle obtient un nouveau poste au sein de Fox News et apprend les ficelles du métier grâce à Jess (Kate McKinnon), une femme qui ne correspond en rien aux critères de la chaîne conservatrice. Mais la jeune femme a le malheur de croiser le chemin de Roger Ailes et surtout de retenir son attention. Elle ne tarde pas à rejoindre la longue liste des victimes du magnat. A la différence de ses compères Nicole Kidman et Charlize Theron, Margot Robbie incarne dans ce film un personnage totalement inventé, composé autour des témoignages et des histoires authentiques de différentes femmes.

La question centrale du film tourne autour de la plainte de Gretchen Carlson. En effet, celle-ci risque d’avoir du mal à aboutir si d’autres femmes ne se manifestent pas. Plusieurs questions demeurent alors : Megyn Kelly s’exprimera-t-elle sur le sujet ? Kayla dénoncera-t-elle le vice qu’elle subit ? Seront-elles assez nombreuses à se rallier à Gretchen Carlson ? Comment briser la loi du silence ancrée depuis si longtemps ? Autant de questions cruciales auxquelles Scandale s’attache à répondre consciencieusement. Ceux ayant suivi l’actualité à l’époque connaissent toutes ces réponses mais il est intéressant de voir la complexité de la situation dépeinte par Jay Roach (Mon beau-père et moi, Austin Powers) dans son film.

La grande force de Scandale réside dans son casting irréprochable. Mené par un trio d’actrices phénoménales, elles-mêmes portées par les enjeux du film, elles apportent à celui-ci toute son envergure. Charlize Theron y est impressionnante, Nicole Kidman impeccable et Margot Robbie, quant à elle, livre une performance aussi touchante que saisissante. Du fait de l’histoire en chemins croisés, les trois actrices ne partagent qu’une seule scène commune. Les trois femmes se retrouvent dans le même ascenseur, l’atmosphère y est pesante, quasiment aucune parole n’est échangée, simplement des regards lourds de sens. Une scène cruciale et parfaitement millimétrée.

Par ailleurs, les transformations physiques de Charlize Theron, John Lithgow et Nicole Kidman sont absolument remarquables. Le réalisme de la transformation physique de Charlize Theron, également productrice du film, est stupéfiant. Elle est méconnaissable. Sa ressemblance avec la vraie Megyn Kelly est subjuguante tant au niveau de l’apparence (par le port de lentilles, de multiples prothèses sur le visage et d’un faux nez), du maintien du corps ou encore au niveau de la tonalité de la voix. Une transformation rendue possible par le travail de Theron mais aussi grâce à la magie du maquilleur prothésiste Kazu Hiro, lauréat aux Oscars 2020 dans la catégorie Meilleur maquillage, et de la coiffure pour ce travail remarquable. L’actrice souhaitait que le spectateur ainsi qu’elle-même l’oublient et ne perçoivent que la journaliste. Une mission accomplie. Son interprétation de la présentatrice est d’une extrême justesse. En effet, il y a une certaine complexité chez elle, voire une ambiguïté. D’une part du fait du contraste entre son image publique et son secret par rapport au harcèlement qu’elle a subi de la part de son patron et souhaité garder pour elle ; et d’autre part, son désir de témoigner qui heurte son envie de préserver cette image publique qu’elle s’est forgée.

Margot Robbie livre une autre performance saisissante du film. Il faut dire que son personnage a le récit le plus difficile. Personnage composite, Kayla retranscrit l’histoire de plusieurs femmes, leur donnant une voix commune. Elle est l’histoire la moins entendue, celle d’une femme qui, après avoir finalement cédé à son harceleur, se sent salie et brisée. Ses scènes sont difficiles, notamment celle de l’entretien d’embauche, véritablement oppressante. John Lithgow y apparaît monstrueux glissé sous l’apparence de Roger Ailes. La scène en l’occurrence fait froid dans le dos, elle dépeint le comportement pervers du PDG de Fox News tandis que l’on sent la jeune Kayla se briser de l’intérieur sous le choc. A cet instant elle représente les victimes, leur souffrance. L’actrice fait sentir la quasi-agonie causée par l’atrocité du harcèlement. Une scène absolument déchirante.

Le long-métrage de Jay Roach adopte un rythme dynamique. Il suit une des protagonistes après l’autre dans l’atmosphère oppressante, effrénée, stressante de Fox News où se mêlent non-dits, malveillance et perversité. Le suspense est de mise à mesure que le pouvoir de Roger Ailes est démantelé et sa chute imminente. Néanmoins, la mise en scène reste relativement classique, sans réel parti pris important et les choix de cadrages peuvent apparaître maladroits dans certaines scènes, desservant de la sorte les enjeux. De plus -ce n’est qu’un avis personnel-, il aurait peut-être été plus judicieux de choisir une réalisatrice pour porter un film sur un sujet si délicat que le harcèlement sexuel, d’autant plus que le scénario était déjà celui d’un homme (Charles Randolph), cela aurait ainsi permis d’équilibrer les visions.

Scandale est un film complexe par son propos. Les sujets y sont le harcèlement sexuel subi dans le cadre professionnel mais aussi les difficultés des victimes de se faire entendre. D’abord, il met en images une certaine vision du sexisme, puisque cela commence par-là. Celui du quotidien via des blagues de mauvais goût, des remarques ou des comportements. Un sexisme subi publiquement par Megyn Kelly et au sein même des bureaux de la chaîne par les employées (celles-ci doivent, par exemple, sous exigence du PDG, porter des robes d’une certaine longueur). Par ailleurs, le double supplice des victimes y est exposé : le mal subi avec le traumatisme qui en résulte et les difficultés à se manifester. En effet, il révèle avec justesse les hésitations des victimes à porter plainte, que cela soit par peur de représailles ou tout simplement par peur de ne pas être reconnues comme victimes. Certaines craignent pour leur carrière et préfèrent garder cette blessure secrète (le choix de Megyn Kelly en l’occurrence). Tandis que les harceleurs, eux, demeurent protégés par leur pouvoir. Une bataille déséquilibrée et ardue pour les victimes.

Jay Roach met en images ces faits réels délicats en finesse et de manière réaliste. En effet, le cinéaste traite judicieusement du harcèlement sexuel et des difficultés à le dénoncer ou à le combattre, en adoptant deux approches complémentaires : il suit les faits de manière intime, à travers les personnages et leur expérience directement, puis à travers une vision plus large des faits, exposés au niveau national voire mondial. Le message qui ressort du film tout comme des faits réels qu’il expose est qu’il est possible de briser l’omerta, dénoncer un tel fléau même si cela peut paraître difficile car la situation -au même titre que notre société- doit évoluer.

En conclusion, au-delà de faire écho à l’actualité judiciaire du moment, Scandale s’impose comme un film nécessaire par le sujet qu’il porte. Il dénonce une dure vérité. Bien qu’il ne soit pas révolutionnaire, le long-métrage de Jay Roach peut éventuellement contribuer à un changement des mentalités, ouvrir la conversation sur le sujet, condamner de tels comportements, faire prendre conscience de leur gravité, briser le silence sur de tels agissements car justice peut être rendue. Porté par un trio d’actrices de talent, Scandale n’est pas nécessairement un film facile à regarder. Le sujet est délicat mais important et traité de manière crédible et réaliste.

En revenant sur l’affaire Roger Ailes, Scandale, sans révolutionner, a tout de même le mérite de sensibiliser le public sur un sujet de société important où des progrès doivent être encore faits.

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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