Truman Show : Caverne télévisuelle.

05/02/2020

Titre : Truman Show

Réalisateur : Peter Weir

Avec : Jim Carrey, Ed Harris, Laura Linney,...

Genre : Comédie dramatique, Science-fiction

Durée : 1h43

Nationalité : États-Unis

Sortie : 1998

Résumé : Truman Burbank mène une vie calme et heureuse. Il habite dans un petit pavillon propret de la radieuse station balnéaire de Seahaven. Il part tous les matins à son bureau d'agent d'assurances dont il ressort huit heures plus tard pour regagner son foyer, savourer le confort de son habitat modèle, la bonne humeur inaltérable et le sourire mécanique de sa femme, Meryl. Mais parfois, Truman étouffe sous tant de bonheur et la nuit l'angoisse le submerge. Il se sent de plus en plus étranger, comme si son entourage jouait un rôle. Pis encore, il se sent observé.

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L’impact de la télévision dans notre quotidien reste toujours aussi indéniable. Amenant pour certains la fin du septième art (cf l’éternel débat sur la place de Netflix), le petit écran aura permis d’ouvrir pour certaines familles leur regard sur un autre modèle de visionnage, que ce soit dans le domaine de la fiction ou celui d’une représentation de notre réalité. Dès lors, quand on voit les évolutions qui sont apparues en rapport avec la télévision, on ne peut que constater la modernité de Truman Show, relecture moderne du mythe de la caverne de Platon.

Le principe d’une télé-réalité basée sur la vie d’une personne née dans le mensonge de son existence est assez excitant par l’aspect moral de la chose. Pas étonnant dès lors de voir que le scénario vient d’Andrew Niccol, derrière des œuvres interrogeant le rapport de l’individu face à une société cherchant à façonner toute forme distincte dans un certain moule vu comme meilleur, comme dans le très bon « Bienvenue à Gattaca », sorti un an plus tôt. Ainsi, le personnage de Truman sonne comme le seul aspect non fictif, tel qu’explicité bien plus tard par le récit, mais dont l’existence est manipulée par un facteur extérieur cherchant à tout scénariser afin de cadrer ce « True Man ».

Peter Weir use de sa mise en scène pour mettre en rapport les caméras usées par Kristof pour capter le quotidien de Truman avec notre rapport en tant que spectateur, notamment en plaçant des témoignages du public du Truman Show, jouant de ce rapport du visionnage solitaire ou collectif face à une émission qui saura capter un regard général malgré les questionnements amenés sur le traitement d’un homme ayant vécu toute son existence en captivité. Le public se retrouve en ce sens également captif de la télévision, notamment lors d’une dernière réplique cinglante.

On peut également sentir quelque chose de grinçant dans la manière dont l’émission vend une réalité dans les aventures de Truman alors que la scénarisation et autres outils de manipulation sont présents en permanence, à la manière de la télé-réalité actuelle aussi proche de la réalité qu’un film de Paul W.S. Anderson. Ici, l’aspect factice est aussi clinquant que les produits vantés avec peu de subtilité, soulignant le paradoxe de la réalité télévisuelle.

Et tandis que Truman s’enfonce de plus en plus dans sa découverte, la mise en scène de Peter Weir s’étend également de plus en plus, l’ouverture de réflexion du héros étant soulignée par la réalisation d’apparence simple mais pourtant menée avec assez de réflexion pour mener à bien une introspection de tout spectateur face au contenu exprimé. Truman se voit alors obligé de partir en confrontation, notamment face au père spirituel que représente Kristof, aussi bien dans un sens parental quand il caresse l’image du héros dormant, que de celui religieux, dirigeant tout cet univers par son rôle de réalisateur.

Le personnage en devient passionnant par l’arrogance exprimée jusqu’à l’aveuglement, instituant notamment qu’une existence telle que celle vécue par notre héros est préférable face à une réalité douloureuse en tous sens. Mais si la fiction est rassurante et peut permettre de se découvrir soi-même, peut-on réellement y voir le même sens quand une force aussi implacable que le réalisateur se permet d’agencer à ce qui est le plus intéressant scénaristiquement son émission ? La confrontation finale amène en ce sens cette question : vaut-il mieux s’enfermer dans ce qui est connu mais qui reste manipulé par quelqu’un nous laissant peu de liberté d’action sous le prétexte de notre propre bien, ou s’élancer vers l’inconnu et une réalité qui peut faire souffrir mais a le mérite de nous permettre de vivre réellement ?

Il est compliqué de parler du Truman Show sans aborder la prestation d’un casting de qualité, notamment dans le rapport instauré entre Jim Carrey et Ed Harris. Si ce dernier perpétue un jeu rempli de charisme mais également d’une certaine froideur qu’il saura cultiver (notamment dans « Le transperceneige » de Bong Joon-ho), le second esquive la prestation guignol dans lequel on l’a injustement enfermé pour livrer une interprétation touchante dans la peau de Truman. L’acteur est en ce sens un véritable cœur émotionnel, ce qui est ironique avec cette opposition face à ses connaissances qui représentent tous des comédiens désemparés quand ils doivent sortir du scénario dicté par Kristof.

Tout cela souligne donc l’opposition d’un homme voulant juste vivre ses rêves de monde extérieur face à une société enfermant avec comme seuls arguments le spectacle à offrir aux audiences et une fausse protection qui ne peut que se retourner par l’écrasement social provoqué. La réaction ne peut alors qu’être d’une certaine violence, logique face à tout pouvoir oppressif qui se permet de contrôler chacun. Peter Weir illustre cette colère populaire avec autant de modernité dans un film qui n’aura au final presque pas pris une ride (bien que l’on soit curieux de la manière dont l’on pourrait inclure les outils numériques dans le récit) tout en adressant une critique forte envers le milieu de la télévision n’offrant qu’une réalité scénarisée en pâture à un public qui peut néanmoins trouver en l’écran un moyen d’union général.

En ce sens, le Truman Show est encore à ce jour une excellente comédie dramatique américaine, aussi bien drôle dans ses moments les plus absurdes (l’élément déclencheur, la pluie) que dans ses instants les plus chargés, notamment une première rencontre transcendant la barrière de la scénarisation pour offrir un sentiment de réalité palpable. Il a beau être sorti il y a plus de 20 ans, le film de Peter Weir reste encore pertinent au vu de ses thématiques et de sa manière de se réapproprier un mythe connu sur l’enfermement général imposé par une certaine société pour mieux questionner nos propres rapports sociaux, le tout sans que l’aspect plus acide ne contre carre l’aspect sentimental qui nourrit toute la force du film. Regarder le Truman Show actuellement, ce n’est pas qu’apprécier la prestation merveilleuse de l’excellent Jim Carrey, c’est remettre en question notre rapport à l’écran et à toute forme d’étouffement de soi, que ce soit par le biais du déterminisme social ou d’un rapport de pouvoir plus physique avec une justesse qui ne cesse de surprendre, et ce malgré le nombre de visionnages. Peut-on même en parler comme l’un des meilleurs films américains de la fin du 20ème siècle ? De notre côté, nous répondrons sans hésiter par l’affirmative tant le Truman Show reste toujours aussi fort dans tout ce qu’il illustre avec réussite.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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