Wall-E : Un cœur dans la mécanique

26/02/2020

Titre : Wall-E

Réalisateur : Andrew Stanton

Avec : Ben Burtt, Elissa Knight, Jeff Garlin, ...

Genre : Comédie d'animation, science-fiction

Durée : 1h38

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2008

Résumé : WALL•E est le dernier être sur Terre et s'avère être un... petit robot ! 700 ans plus tôt, l'humanité a déserté notre planète laissant à cette incroyable petite machine le soin de nettoyer la Terre. Mais au bout de ces longues années, WALL•E a développé un petit défaut technique : une forte personnalité. Extrêmement curieux, très indiscret, il est surtout un peu trop seul...

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Si les studios Pixar ont su s’inscrire aussi durablement dans la mémoire collective, c’est parce que la plupart de leurs créations relèvent le défi d’émerveiller les plus petits et émouvoir les plus grands. Derrière des arguments vendeurs et ouvrant à l’imagination (des jouets prennent vie quand on leur tourne le dos, un vieillard voyage dans sa maison accrochée à des ballons, un rat veut devenir cuisinier) se trouvent des thématiques assez universelles mais dont la justesse mature permet de les explorer avec un autre regard. Wall-E se place dès lors clairement parmi les titres les plus importants de Pixar mais également des divertissements grand public des années 2000.

Quand on est enfant et que l’on regarde Wall-E, on est rapidement pris par le charme du personnage principal, robot au potentiel humoristique tel qu’il ravive un humour fort lié au cinéma muet. Difficile de ne pas le trouver directement attachant tant les choix visuels et sonores l’entourant invoquent aussi bien des blagues grand public que son aspect mignon, rendant l’empathie avec lui directe. Sa relation avec EVE touche également par leur opposition stylistique et la manière dont s’établit cette romance. Clairement, on a de quoi apprécier la légèreté apparente du long-métrage… jusqu’à ce que le fond nous horrifie.

En effet, la Terre est abandonnée, polluée à un point tel que l’on se trouve dans un univers post-apocalyptique. L’être humain a décidé de laisser derrière sa planète, préférant se dissimuler dans un monde clinquant mais faussé que dans la préservation de son propre monde. L’orientation de l’intrigue une fois le contact établi avec les Hommes montre une société en pleine ignorance, ne cherchant plus à évoluer et tombant dans l’automatisme pour plonger tête baissée vers la consommation sans réflexion. C’est une fin de l’être, chacun étant presque interchangeable et éduqué par la même source biaisée car industrielle.

Wall-E et EVE, fruits d’une technologie qui se veut réparatrice, forment alors un espoir de résolution et de sauvetage de l’être humain pour qu’il puisse affronter les conséquences de ses actes mais également de pouvoir agir en conséquence. Le rapport aux écrans dans le film est ainsi assez intéressant, ceux-ci étant montrés d’abord de manière négative, avec le renfermement sentimental provoqué et son partage de mensonge, mais pouvant être retournés pour l’apprentissage de chacun mais également une manipulation d’image dans un sens positif, ces deux points étant établis avec le personnage du Capitaine.

C’est peut-être l’un des points les plus éblouissants du long-métrage : il montre le chaos, une fin qui paraît inéluctable mais ne tombe pas dans du fatalisme simpliste. Au contraire même : Andrew Stanton montre le chemin vers lequel on se dirige mais nous offre un moyen de rédemption, un espoir qui peut résonner dans le cœur de tout un chacun. Dans un monde où l’on s’habitue de plus en plus à la fin sans même chercher ce qu’on peut améliorer, une telle intention pourra paraître naïve aux yeux des cyniques mais est au contraire primordiale pour nous intimer à l’action.

Le film a beau avoir déjà plus de dix ans (de quoi donner un coup de vieux à beaucoup, dont l’auteur de ces lignes), il reste ainsi pertinent sur sa messagerie humaniste, critique mais néanmoins optimiste. C’en est presque amusant, cette manière dont il a su s’interroger sur notre facteur humain par le biais de robots qui dégagent plus de personnalité et finalement plus d’humanité. Cela en revient à d’autres films utilisant le prisme mécanique pour se questionner sur ce qui nous rend humain, notamment par le regard adopté sur l’amour en tant que révélateur d’individu et accomplissement sentimental.

Techniquement, le film n’a par contre pas d’âge. Il y a une telle maestria visuelle que le film émerveille encore, notamment lors d’une séquence de danse spatiale à la poésie forte. Contrairement à plusieurs titres dans le domaine d’animation 3D souffrant d’une technologie qui avance en permanence et rend la durée de certains effets de plus en plus éphémère, Wall-E semble sorti il y a moins de temps qu’on ne le pense, ajoutant au coup de vieux procuré. C’est le genre d’œuvre dont la forme est si éclatante et si unie à son fond qu’il nous semble toujours aussi neuf, comme un objet si bien conservé que l’on ne peut lui donner une année de création.

C’est donc un tiraillement profond qu’éveille le film d’Andrew Stanton par ses aspirations, alliant merveilleux et gravité, humour léger et lourd de sens, nous permettant de nous confronter à nos propres contradictions, le tout avec un tel sens du grand public qu’il redore les lettres du mot « familial ». Terme souvent usé avec une connotation négative, l’annotation « grand public » permet à certains producteurs peu scrupuleux de faire penser que toucher une large audience ne peut être en cohérence avec une volonté réflexive et des ambitions visuelles. Stanton, à l’instar de nombreux esprits créateurs de Pixar, met à mal cette idée dégradante en nous permettant de jouer avec autant de sentiments d’adultes que d’enfants, le tout avec une animation qui sublime les questionnements inhérents au récit.

Wall-E n’est donc pas qu’une des (nombreuses) pépites du studio Pixar, assurément un des meilleurs dans le domaine du divertissement grand public en général. C’est un grand film qui confronte aussi bien les enfants et les adultes à notre monde, encore à ce jour en plein péril climatique, et à la façon dont les industries perpétuent un système destructeur, quitte à tomber dans l’annihilation de tout ce qui nous rend humain, aussi bien d’un point de vue individuel que sociétal. Un tel pamphlet aussi doux dans sa forme que dur dans son fond, nous obligeant à ne pas détourner les yeux face à l’horreur à venir tout en amenant la conviction d’outrepasser le point de non-retour qu’on observe sans agir, mérite encore et encore d’être célébré, surtout au vu d’une actualité toujours aussi désespérante d’inaction désastreuse. Il est donc aussi sublime qu’effrayant de constater que Wall-E aurait pu être sorti il y a quelques jours à peine par sa technique impeccable et ses messages alarmistes mais non dénués de volonté d’agir. Si l’on peut espérer que l’on ne se rassemble pas vers un désastre qui semble inéluctable par la passivité et l’aveuglement de nos dirigeants, on peut toujours apprécier qu’un studio comme Pixar puisse nous offrir des œuvres aussi indispensables que Wall-E…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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