Spider-Man 2 : Le destin d’un héros ?

29/04/2020

Titre : Spider-Man 2

Réalisateur : Sam Raimi

Avec : Tobey Maguire, Kirsten Dunst, Alfred Molina, ...

Genre : Drame, super-héros

Durée : 2h07

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2004

Résumé : Écartelé entre son identité secrète de Spider-Man et sa vie d'étudiant, Peter Parker n'a pas réussi à garder celle qu'il aime, Mary Jane, qui est aujourd'hui comédienne et fréquente quelqu'un d'autre. Guidé par son seul sens du devoir, Peter vit désormais chacun de ses pouvoirs à la fois comme un don et comme une malédiction.
Par ailleurs, l'amitié entre Peter et Harry Osborn est elle aussi menacée. Harry rêve plus que jamais de se venger de Spider-Man, qu'il juge responsable de la mort de son père.
La vie de Peter se complique encore lorsque surgit un nouvel ennemi : le redoutable Dr Otto Octavius. Cerné par les choix et les épreuves qui engagent aussi bien sa vie intime que l'avenir du monde, Peter doit affronter son destin et faire appel à tous ses pouvoirs afin de se battre sur tous les fronts...

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Le format super-héroïque est régulièrement mis en avant comme une mode actuellement, bien aidé par le succès financier du Marvel Cinematic Universe. Néanmoins, cette réussite économique interroge aussi par rapport à un aspect plus mitigé d’un point de vue artistique tant l’inégalité entre certains titres est tout simplement criante. Nous en avions parlé lors de la sortie de Far From Home et avons même approfondi cela en utilisant l’exemple de l’Homme Araignée version Tom Holland pour souligner les soucis de l’univers partagé Marvel. Il était donc temps qu’on revienne un peu sur un modèle de comic book movie avec le « Spider-Man 2 » de Sam Raimi.

Le premier volet était ainsi un exemple d’origin story bien amenée avec une certaine pureté émotionnelle convoquant ainsi un divertissement marqué mais également un ancrage réaliste ressortant les sentiments des personnages. C’est également ce qui se passe ici mais avec un curseur marqué à l’extrême, au point de rendre chaque séquence d’action d’une telle rareté qu’elles n’en deviennent que plus marquantes globalement. Ici, ce qui intéresse plus Raimi, c’est le questionnement interne de Peter quant à son rôle dû aux événements qui remplissent son quotidien.

En effet, on oublie souvent que derrière le masque se dissimule l’humain, avec ses envies, ses ambitions et ses obligations de tous les jours. L’écriture est ainsi d’une fluidité exemplaire tant chaque contre coup, chaque arc secondaire parvient à se juxtaposer aux autres en gardant la même importance là où elle aurait pu être aussi lourde pour les spectateurs que pour Peter Parker. L’ancrage économique est sur ce point passionnant tant le film parvient à resituer la situation précaire de notre héros et de sa tante sans que cela ne soit mis de côté ou résolu de façon facile. Il en sort une gravité permanente qui permet de comprendre les états d’âme de notre héros.

Sam Raimi transforme ainsi Peter Parker en une boule de flipper qui se voit tellement valdinguer qu’elle ne peut qu’abdiquer face à cet étouffement total. Le film s’ancre plus dans son drame d’ailleurs, ce qui peut encore rebuter certains au vu des séquences d’action qui se voient mises en arrière-plan par rapport à la situation émotionnelle de notre héros. Même le traitement d’Otto Octavius va dans ce sens tant il se voit brossé dans un portrait tragique marqué par un échec destructeur l’obsédant jusqu’à remettre en question son humanité. La naissance de sa figure négative se verra d’ailleurs portée par une séquence dont l’horreur repousse les limites du PG13 par sa brutalité et sa façon de presque remaker les séquences d’attaque d’Evil Dead, l’extension mécanique du docteur Octopus amenant la violence qui animera le méchant dans son drame.

D’un niveau technique, il est intéressant de constater que les effets spéciaux tiennent, pour la plupart, extrêmement bien la route. Certes, il y a des doublures numériques assez visibles mais il est ironique de constater que ce Spider-Man est plus tangible dans son action que ses versions suivantes, en particulier la dernière dont la nature factice fait perdre toute force dramatique. Cela passe par un costume physiquement présent et dont toute destruction physique amène plus de drame dans son aspect aussi fragile que l’existence de notre héros. Voir le costume être déchiré, c’est la crainte de voir l’identité secrète révélée et conduire à une dramaturgie plus forte et impactante. Jamais les effets numériques, pourtant chers à Raimi, ne remettent en question sa véracité et la gestion globale des trucages connaît un assez bon équilibre qui appuie le film dans son entièreté.

On pourrait revenir un peu sur la mise en scène de Raimi, totalement folle dans son action et forte par son aspect posé dans ses instants plus dramatiques. Lorsque Marvel a sorti un extrait de Captain Marvel où celle-ci poursuit un ennemi dans le métro, son aspect fade aussi bien dans sa mise en scène que sa photographie a poussé de nombreuses personnes à ressortir la lutte dans un même espace présente dans ce Spider-Man et à raison tant celle-ci s’avère toujours aussi dynamique et surtout chargée. C’est un point qui semble ignoré dans beaucoup de blockbusters récents et pas uniquement super-héroïques : une séquence d’action ne peut fonctionner si elle ne dispose pas d’un ancrage émotionnel. À priori, cette scène est simple : si le métro n’est pas arrêté, ses passagers vont mourir. Mais, contrairement à beaucoup de films du genre, ces innocents sont réellement montrés et amènent à une inquiétude plus forte. C’est ce qui manque à un Far From Home ou un Endgame : où sont les personnes en danger ? Où se trouve leur humanité, leur fragilité ? Comment avoir peur pour le héros ?

La force d’imagerie du personnage est encore décuplée par le contexte post 11 septembre de la ville, toujours aussi marquée par la destruction de World Trade Center et ce besoin d’optimisme dans une situation historique maussade. Néanmoins, ce besoin de couleurs mènera Raimi à justement rester les pieds sur terre dans le traitement de ses protagonistes afin de rendre leurs malheurs plus importants et leurs victoires et défaites plus importantes. En ce sens, la conclusion de la scène du métro ramène Spider-Man à un rang humain et non surhumain : c’est un gamin en costume qui cherche à faire la bonne chose dans sa ville. Il n’y a pas cette distanciation totale entre les citoyens et Spider-Man. Un personnage le disait dans le premier film : s’attaquer à Spider-Man, c’est s’attaquer à New York. Le film parvient à capter cette identité géographique qui caractérise le personnage par son rapport fort avec ses concitoyens.

Certains se sont moqués et blaguent encore sur la direction d’acteur de la trilogie Raimi et pourtant, à l’aune des années passées, celle-ci s’avère encore plus que correcte, amenant une caractérisation directe de ses personnages avec assez d’épaisseur pour que l’on ne nie pas leur humanité. On pense ainsi à JK Simmons, quasi caricatural dans son traitement de J Jonah Jameson mais qui parvient au détour de certains traits à éviter de tomber dans ce carcan. Bien évidemment, on ne peut pas mettre de côté la romance à fleur de peau et quasi naïve entre Peter et Mary-Jane, dont le traitement premier degré s’avère rafraîchissant quand on constate la tournure cynique qu’auront pris beaucoup de Comic Book Movies.

C’est ce qui fait de Spider-Man 2 un exemple dans le domaine : jamais il ne sacrifie sa dramaturgie ou ses personnages pour des blagues. Si l’humour est présent, il n’annihile en rien l’aspect premier degré et l’importance émotionnelle que peut dégager aussi bien son héros que ses protagonistes plus secondaires. Et à partir du moment où l’humain est oublié au profit de facteurs plus marketables mais pourtant insignifiants à tant de niveaux, c’est faire preuve d’une triste mentalité envers le spectateur, comme si ce dernier avait besoin de poudre aux yeux en permanence mais non d’épaisseur sentimentale. Au vu de la tristesse et de la beauté du dernier plan de Spider-Man 2, on remerciera Sam Raimi d’avoir su appréhender pleinement la tragédie de son héros avec autant d’humanisme.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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