Itaewon Class : réussite en demi-teinte

21/05/2020

Titre : Itaewon Class

Créée par : Kim Seung-Yun

Avec : Park Seo-Jun, Kim Da-Mi, Kwon Na-Ra, Chris Lyon, Ahn Bo-Hyun, ...

Format : 16 x 60 minutes environ

Diffusion : Netflix

Genre : Drame, romance, gastronomie

Résumé : Après avoir passé sept ans en prison, Park Saeroyi a la ferme intention de mener à bien sa vengeance contre ceux qui ont causé la mort de son père et détruit sa vie. Et il compte frapper là où ça fait mal : le porte-monnaie. C'est ainsi que naît la success story de Saeroyi et de son bar le DanBam. Accompagné d'une équipe d'employés et d'amis, le jeune patron gravit les échelons et se prépare à son grand coup du siècle.

C’est l’esprit plein d’attente et le cœur débordant d’excitation que j’ai démarré ce nouveau drama coréen disponible sur Netflix qui semblait, depuis sa sortie, faire l’unanimité. Adapté d’un webtoon éponyme, Itaewon class se présentait comme la nouvelle petite pépite netflix : casting détonnant, diversité, jolis décors, de la nourriture, de la romance, … bref tout ce qu’il faut pour réussir à séduire les moins difficiles d’entre nous et surtout beaucoup de promesses ! Seulement, si les premiers épisodes ont su être convaincants, une fin précipitée a ôté à Itaewon Class toute sa superbe. Petit retour sur ce drama qui n’a pas su, au final, respecter le cahier des charges.

Itaewon Class démarre comme la plupart des dramas coréens, si vous êtes familiers de ces derniers, à savoir avec un lycée, des lycéens et parmi eux, une brute qui s’adonne au bizutage. Notre héros, Park Saeroyi, est un garçon discret et assez détaché des soucis du quotidien, il en est presque blasé. Lors de sa dernière année de lycée, son père et lui déménagent à quelques heures de Séoul dans la ville de Pajin. Saeroyi, qui veut devenir policier, ne s’attend pas à ce que sa vie bascule de manière dramatique. Fraîchement débarqué dans la ville de Pajin, il rencontre à la fois son premier amour et ses futurs ennemis de toujours. Lors de son premier jour au lycée, le jeune Saeroyi ne supporte pas de voir la brute de la classe brutaliser dans la plus grande indifférence un camarade de classe. C’est donc tout naturellement que notre jeune héros s’interpose avec un peu trop de zèle en mettant les poings. Seulement voilà, comme dans la plupart des dramas coréens, la brute n’est autre que le fils d’un PDG à la tête de la première société de chaîne alimentaire en Corée, dénommée Jangga et pour laquelle travaille son père (quelle coïncidence). Et voilà que le destin se referme sur le pauvre Saeroyi qui, en levant la main sur la brute dénommée Geun-woo, déchaîne tous les feux de l’enfer sur sa propre existence.

Car Saeroyi est un homme intègre et les dramas adorent ça, puisque lorsqu’ils sont malmenés, nous, téléspectateurs, sommes hors de nous. Saeroyi et son père sont convoqués par le père de Geun-woo, Dae-hee, qui exige de Saeroyi qu’il s’agenouille et présente ses excuses. Saeroyi refuse, il est renvoyé du lycée et son père démissionne dans la foulée. Un véritable cauchemar pour le jeune homme qui fait pour la première fois la connaissance de l’injustice. Mais le drama nous surprend en nous menant là où on ne pensait pas aller : Saeroyi et son père s’en remettent et décident d’ouvrir un pocha, ces petits bistrots coréens très célèbres qui ont souvent pignons sur rue. Le père de Saeroyi rassure son fils : il a toute la vie devant lui. Mais le temps se gâte : dans un terrible concours de circonstances, le père de Saeroyi meurt, percuté par Geun-woo coupable de délit de fuite. L’affaire est étouffée et la vie de Saeroyi détruite à nouveau. Il est désormais seul. Fou de douleur, il s’apprête à tuer Geun-woo avant d’être arrêté et mis derrière les barreaux pour plusieurs années. 

Rideaux. Entracte. Nous revoilà trois ans plus tard, un peu hébétés par ce premier saut dans le temps, mais c’est là, au bout du deuxième épisode, que commence vraiment Itaewon Class. Saeroyi a purgé sa peine et il est assoiffé de vengeance. Mais il reste intègre et droit dans ses bottes : sa vengeance, il l’obtiendra sans verser (délibérément du moins) une seule goutte de sang. Ce sera sur le champ du business que se jouera la guerre. Saeroyi décide d’ouvrir un bar à son tour et de surpasser la chaîne Jangga. On est très vite pris dans ces débuts de success story parce qu’on ne s’attendait pas à ce que le drama joue cette carte-là. La vengeance est certes au cœur de l’intrigue, mais viennent s’y ajouter une réflexion sur l’amitié et le bonheur. Saeroyi s’est en effet constitué une véritable petite équipe d’amis tous dévoués et tous uniques, l’occasion pour le drama de s’attaquer à des problèmes de fond inhérents à la société coréenne, à savoir le racisme et la transphobie (entre autres). C’est un fait tout de même assez rare pour être souligné : Itaewon Class a un cast assez divers avec un personnage noir et un personnage transgenre qui gravitent directement autour du personnage principal. Cette diversité est bienvenue et elle permet au drama d’élargir son horizon d’action et surtout de concorder avec son nom : Itaewon est le quartier de la diversité par excellence en Corée puisqu’il est réputé le plus fréquenté par les étrangers. C’est donc tout naturellement que cette diversité et ce côté multiculturel se retrouvent dans le drama à travers le casting-même et l’intrigue.


En ce qui concerne les personnages, on se retrouve avec une bande d’amis et de collègues aux profils tout aussi divers. Saeroyi, incarné par l’excellent Park Seo-Jun, est peut-être le personnage le plus classique. Si son moteur semble être au départ la vengeance, son personnage ne connaît qu’un très faible développement en sa qualité de personnage intègre et ce, dès le départ. Ce n’est au final que sur le plan des relations qu’il nous surprend et nous attendrit, même si la romance dans Itaewon Class est reléguée au second plan. Le personnage le plus anguleux reste la jeune influenceuse et tête brûlée qui répond au nom de Yi-Seo. Cette dernière envoie balader la mère d’une jeune lycéenne coupable de bizutage en la giflant dans la rue. Le ton est donné. Yi-Seo est la caricature du personnage à la langue bien pendue qui ne se soucie guère des conséquences : franche, parfois insensible, elle dit des choses qui font mal, et ce pas toujours dans le but d’aider son prochain. Mais elle est aussi franche avec elle-même : quand on lui demande si elle aime Saeroyi malgré la différence d’âge non négligeable qui peut prêter à débat, elle répond oui, quoiqu’elle n’en soit pas trop sûre : « Je l’aime, mais je ne suis pas folle de lui. Les sentiments sont superficiels et imprévisibles. Ils changent. » 

De fait, la dynamique des personnages de cette série est vraiment intéressante et bien établie. On sent un véritable désir de tordre le cou aux principaux clichés des dramas. La romance est un triangle amoureux auquel on aurait inversé les angles, les personnages connaissent des évolutions en zigzag, ils sont imparfaits et parfois franchement agaçants, mais c’est ce qui fait tout leur charme et toute leur profondeur. Et Itaewon Class ne s’arrête pas là dans son désir de créer des personnages émancipés. « Reste indépendante. Ne pense qu’à toi », déclare Saeroyi. Dans un monde qui glorifie l’humilité, le personnage principal soutient et exhorte son premier amour de ne se soucier que de son bonheur : exit les mélodrames à coups de « tu m’as trahi.e » ou « tu me caches des choses », la relation entre Soo-ah (le fameux premier amour des années lycée) et Saeroyi est tacite, elle s’est toujours construite dans l’indicible et les jeux de regards. Pour un drama, proposer un amour basé au final sur une supposition, un pas jamais franchi, sur une illusion en somme fonctionne plutôt bien. Cette approche de l’amour finira même par nous faire penser à celui de Frédéric pour Madame Arnoux dans L’Education Sentimentale car à l’instar de cette dernière, il sera inévitablement ici question d’échec amoureux pour ces deux personnages, malgré le temps et malgré ce qui les lie.

Le bémol pour Itaewon Class est indéniablement son rythme et le traitement du temps, en plus des deux antagonistes assez insipides. Vous vous retrouverez certainement à décrocher à une énième discussion avec le grand vilain ou lors d’une énième réunion d’entreprise dont l’enjeux est minime et ce problème de rythme impacte grandement l’évolution de l’intrigue. Car ce que l’on reprochera le plus à Itaewon Class au final, c’est justement sa fin. Précipitée, hasardeuse, elle finit par arriver lors des derniers épisodes exactement là où elle ne voulait pas aller : les clichés. Mais cette fois, il s’agit de tropes scénaristiques vus et revus et qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. Quel dommage d’en arriver à sortir la carte de l’enlèvement et de la course poursuite dans un terrain vague quand on a passé tant d’épisodes à bâtir une logique de confrontation sur le champ du business avec des personnages hauts en couleurs. C’est donc avec une impression mitigée que l’on finit ces seize épisodes, l’impression que l’on nous a dérobé une meilleure fin. 

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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