Wendy : l'aventure de devenir adulte

27/05/2020

Titre : Wendy

Réalisateur : Benh Zeitlin

Avec : Devin France, Yashua Mack, Gage Naquin, ...

Genre : Drame, fantastique, aventure

Durée : 1h51

Nationalité : États-Unis

Sortie : Avril 2020

Résumé : Perdue sur une île mystérieuse où l'âge et le temps ne font plus effet, Wendy doit se battre pour sauver sa famille, sa liberté et garder l'esprit jovial de sa jeunesse face au danger mortel de grandir.

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Il y a de ces œuvres que l’on regarde avec une passion forte, regrettant aussi bien de ne pas avoir pu la vivre sur grand écran qu’en profitant que des films aussi superbes puissent tout simplement vivre. Comment décrire autrement cette sensation que l’on a une fois que le générique de Wendy se lance et que l’on essuie nos larmes devant la beauté du second long-métrage de Benh Zeitlin ?

Ce dernier revient 8 ans après le tout aussi merveilleux « Beasts of the southern wild » pour s’attaquer à Peter Pan, roman de James Matthew Barrie toujours aussi adapté par la nature intemporelle de ses questionnements. Le syndrome de Peter Pan, c’est ainsi la peur de grandir, rejoindre le monde cruel des adultes et répéter les mêmes mécaniques ad nauséam jusqu’à la mort. L’illusion de rester enfant et profiter pour toujours de sa jeunesse est souvent traitée avec une forme de réjouissance qui se doit d’être brisée car nous devons être adulte, chacun le devient à son tour. Voir Zeitlin aborder cela s’annonçait dès lors passionnant tant son premier film avait su traiter de thématiques adultes avec un regard d’enfant.

Ici, il privilégie le regard de Wendy par le biais de la poignante Devin France. Évidemment, cela ne plaira pas aux personnes biberonnées à la version Disney ou à celles qui voyaient le mythe plus vers l’aventure tel le trop souvent oublié « Pan » de Joe Wright. Ici, c’est capté avec un aspect plus modeste de prime abord (le budget est évalué à 6 millions de dollars) mais avec une telle ambition visuelle et narrative que l’on en reste bouche bée.

Par le biais du personnage titre, Zeitlin parvient à saisir toute la beauté du mythe de Barrie avec une cruauté désarmante, notamment avec le chemin dramatique d’un personnage dramatique qui n’aura jamais paru aussi peu iconique mais plutôt d’une tristesse totalement bouleversante. C’est une modernisation de l’histoire que l’on n’attendait pas aussi émotionnellement chargée et poétique, tout en se permettant d’éviter la symbolisation de Wendy en mère de substitution pour les autres enfants. Ici, la question sur la maternité passe autrement, notamment via le rôle de l’île en tant que matrice de Peter, avec une sensation de crève-cœur permanente qui nous laisse complètement en larmes lors de sa séquence finale.

Zeitlin parvient ainsi aussi bien à s’orienter vers une forme de féérie lyrique que vers une brutalité forte. Sa caméra parvient à sublimer aussi bien la normalité du quotidien et interroger le besoin d’aventure que ce moment où celle-ci se concrétise à l’écran. Les questions amenées sont cruelles d’émotions car elles parlent à l’enfant en nous, celui qui subsiste et qu’on ne sait pas comment appréhender. Les personnes parmi vous qui passent actuellement un cap dans leur vie et se retrouvent confrontées à devenir adultes risquent de pleurer à chaudes larmes tant Zeitlin parvient à remuer le couteau dans la plaie tout en faisant une promesse : devenir grand est une aventure que nous nous retrouvons forcés à vivre mais que l’on peut magnifier.

Il est difficile de parler plus en détail du film tant on aimerait que tout le monde puisse le découvrir au mieux. Victime d’un échec aussi bien financier (malgré sa petite mise de départ) que critique (39% sur Rotten Tomatoes), Wendy est pourtant un moment de poésie aussi bien brute que merveilleuse qui nous laisse totalement désemparé émotionnellement. C’est avec l’inquiétude de devenir parent tout en laissant nos enfants vivre leur propre expérience que l’on nous laisse, avec cette crainte permanente suivie du bonheur de voir une autre génération vivre son propre destin en perpétuant les mythes qui nous ont animés. Il ne serait guère étonnant de voir que le temps, meilleur juge face à la qualité d’une œuvre, puisse réhabiliter le sublime deuxième film de Benh Zeitlin. Néanmoins, cela ne vous empêche pas de vous faire à votre tour poignarder en plein cœur par autant d’émotions que ce Wendy, merveilleux en tout point, et prêt à pouvoir après ce film se lancer pleinement dans l’Aventure qu’est votre vie…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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