Analyse du clip « In your eyes » de The Weeknd

15/06/2020

S’il y a bien une chose que l’on peut sauver d’une année 2020 bien morose, c’est la sortie de l’album « After Hours » de The Weeknd. L’album nous conforte dans l’opinion positive que l’on a du chanteur et il faut bien avouer qu’il est dur de résister à la chanson « Blinding Lights » et à son joli clip. Néanmoins, c’est une autre vidéo qui nous intéresse concernant le chanteur canadien avec un ton plus horrifique visuellement : « In your eyes », sortie le 23 mars.

Dès l’ouverture du clip, on est dans une situation angoissante : le double de The Weeknd, présenté dans les clips précédents, se situe dans un ascenseur où il est rejoint par un couple en désaccord verbal assez appuyé. Le ton rappelle le cinéma de Brian De Palma, notamment avec son plan sur un miroir intérieur. Les portes se ferment à peine qu’on sait qu’Abel va commettre un meurtre. Plus jamais on ne verra l’homme du couple et on laisse à Zaina Miucca de devenir une scream queen durant les presque 6 minutes du clip.

Anton Tammi conserve ainsi le ton très néon de ses clips précédents pour l’album en reposant visuellement sur des codes du slasher : la jeune femme court ensanglantée, poursuivie par l’alter ego de The Weeknd, entre le Terminator et Michael Myers. Le chanteur est terrifiant par son absence de vie et la cruauté qu’il amène en ce sens. Il est implacable, se téléporte quasiment à des points stratégiques en jouant à la figure menaçante. On pense à divers films, comme le déjà cité « Terminator » (la poursuite dans la boîte de nuit), « Les Griffes de la nuit » (le décor industriel) ou encore « Massacre à la tronçonneuse », la danse crépusculaire de l’héroïne rappelant la façon dont Leather Face fait swinguer son instrument de mort dans le final.

Mais comme la plupart des films d’horreur, si l’effroi existe, c’est en réaction à un chamboulement émotionnel. Les paroles sont limpides dans la façon dont Abel ne sait où il se situe sentimentalement, parlant clairement d’une relation toxique et destructrice où il ne peut renier la douleur provoquée par ses tromperies et sa recherche de partage de sa douleur. La peur qu’il fait ressentir à cette femme qu’il poursuit, c’est celle qu’il ressent dans son rapport avec les autres. Il embrasse sa négativité sans savoir comment y réagir.

Dans « Heartless », il parlait de son rapport à une image sans cœur, du personnage qu’il se construit pour se protéger. Dans « In your eyes », il semble raconter comment il peut voir dans les yeux de sa compagne la douleur qu’il lui inflige et comment ce qu’il y aperçoit l’affecte également sans qu’il ne sache comment réparer tout cela. Il joue à la machine sans cœur pour éviter de laisser ses propres sentiments le détruire et préfère en cela s’autodétruire dans ses relations amoureuses.

Ce qu’il semble donc chercher, c’est cette personne qui se dissimule également et avance masquée afin d’embrasser au mieux ses propres douleurs. Quand l’héroïne incarnée par Zaina Miucca décapite Abel, elle ressent de la joie et danse avec sa tête coupée, prise dans une forme d’euphorie. Elle se révèle à lui comme Abel a su se confronter directement à elle, ne la stalkant plus à distance en provoquant son effroi mais en essayant de communiquer comment il ne sait appréhender la toxicité de son comportement.

Le final semble donc bien ésotérique, le décor rappelant comme mentionné plus haut « Les Griffes de la nuit ». La manière dont s’agence cette relation est un cauchemar ambulant dont elle trouve le moyen de s’affranchir tandis que lui reste toujours aussi désorienté. Il ne sait comment se réparer et au vu de ses actions, il cherche une personne lui permettant de franchir la dernière étape de son annihilation, une mort symbolique qui lui permettrait peut-être de renaître un homme meilleur.

C’est donc un clip chargé d’interprétation qu’offrent Anton Tammi et The Weeknd avec « In your eyes ». C’est également une autre étape de souffrance qui semble se concrétiser visuellement pour le chanteur, après ses multiples façons de plonger au plus bas dans ses clips précédents. Ici, il se retrouve dans un Boogeyman aussi effrayant que pathétique par son absence de repère sentimental, le transformant autant en ombre sans vie que Michael Myers lui-même…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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