De Gaulle, un film qui manque d'ambition

27/06/2020

Titre : De Gaulle

Réalisateur : Gabriel Le Bomin

Avec : Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, ...

Genre : Historique, biopic, guerre

Durée : 1h49min

Nationalité : Française

Sortie : 4 mars 2020

Résumé : Mai 1940. La guerre s’intensifie, l’armée française s’effondre, les Allemands seront bientôt à Paris. La panique gagne le gouvernement qui envisage d’accepter la défaite. Un homme, Charles de Gaulle, fraîchement promu général, veut infléchir le cours de l’Histoire. Sa femme, Yvonne de Gaulle, est son premier soutien, mais très vite les évènements les séparent. Yvonne et ses enfants se lancent sur les routes de l’exode. Charles rejoint Londres. Il veut faire entendre une autre voix : celle de la Résistance.

Lambert Wilson © Alain Guizard / Vertigo Productions. Tournage de « Libres », un film de Gabriel le Bomin. Bry-sur-Marne, TranspaStudios, le 22 Août 2019.

Le cinéma, cette formidable industrie du rêve et de l’image, a toujours été prompt à rendre un hommage vibrant à ses figures nationales. Outil de propagande, d’éducation ou/et de divertissement, le pouvoir de l’image animée n’est plus à prouver. Si le documentaire, par son aspect sérieux et réaliste, semble être le genre le plus à même de raconter les histoires vraies de la grande Histoire (car c’est une science humaine), c’est plutôt vers les œuvres de fiction que le public se tourne massivement. Les films appelés « biopics » n’ont cessé de se multiplier dans les années 2010. De tradition hollywoodienne, le genre s’est largement imposé comme un générateur de bonne recette et de statuettes. A la différence des films historiques tirés de « faits réels », ce style de film a vocation à évoquer et magnifier la vie d’une personnalité marquante ou non de nos sociétés, à grand renforts de moyens. Ces destins uniques permettent aux spectateurs de se replonger dans des époques lointaines (ou non), de fédérer autour de valeurs communes, mais aussi d’alimenter le tant décrié roman national sous le prisme de la fiction.

Lambert Wilson, Gilles Cohen © Alain Guizard / Vertigo Productions. Tournage de « Libres », un film de Gabriel le Bomin. Paris, Musée de la Légion d’ Honneur, le 24 juillet 2019.

La France, comme tant d’autres, s’est vite emparé du concept pour l’exploiter à sa sauce. De Jeanne d’arc à Napoléon, en passant par Edith Piaf et Mesrine, de nombreuses personnalités ont eu cet honneur. Un privilège que le plus français des français n’avait pas encore eu. Grande figure de la résistance, libérateur de la France et instigateur de la Vème République, de Gaulle demeure aux abonnés absents du grand écran. La figure emblématique de la France d’après-guerre semble faire peur. Comment décrire une personnalité aussi mythique ? Par quel bout le prendre pour lui rendre justice et mettre tout le monde d’accord ? A l’occasion des triples anniversaires (les 130 ans de sa naissance, les 80 ans de l’appel du 18 juin et les 50 ans de sa disparition) de l’homme, le réalisateur Gabriel Le Bomin décide de relever le défi en s’appuyant sur une valeur sûre du cinéma français pour incarner le personnage : Lambert Wilson.

Pierre Hancisse, Lambert Wilson © Alain Guizard / Vertigo Productions. Tournage de « Libres », un film de Gabriel le Bomin. Montereau sur le Jard, aérodrome de Meaux, le 29 juillet 2019.

Mai 1940, la France de la IIIème République tente d’empêcher l’invasion imminente de son territoire par l’armée nazie du dictateur Hitler. Face à un gouvernement faible et défaitiste qui tarde à agir et à la volonté de capitulation de personnalités militaires de l’époque (Pétain), un jeune militaire vétéran de la 1ère guerre, le fraîchement promu générale Charles de Gaulle, se bat et remue ciel et terre pour sauver la patrie française des griffes de l’ennemi. Soutenu par sa femme Yvonne, et porté par sa conviction personnelle, de Gaulle s’engage dans une course contre la montre pour contrecarrer l’avancée d’un ennemi trop puissant et trouver des soutiens de poids dans sa lutte. Mais quand les événements se précipitent, l’homme d’Etat, en disgrâce et sans nouvelles des siens lancés sur les périlleuses routes de l’exode, doit faire face seul à la capitulation de son gouvernement. Exilé à Londres, l’homme décide de faire entendre sa voix, celle de la résistance, entrant par la même occasion dans la Grande Histoire.

Fort d’une filmographie axée sur le court-métrage et le documentaire, Gabriel Le Bomin n’en est pourtant pas à son premier coup d’essai dans le genre du biopic. Son 3ème film, « Nos patriotes » (2017), retraçait déjà le combat héroïque d’Addi Bâ, un tirailleur sénégalais d’origine guinéenne, qui œuvra dans la résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Mais de Gaulle, c’est une autre paire de manches. La difficulté réside dans la longévité et les multiples casquettes qu’a revêtues l’homme. Car Charles de Gaulle, c’est aussi bien le soldat blessé de la première guerre que le résistant de la seconde, l’homme de la situation sur la question de l’Algérie que le président contesté de Mai 68. De quel homme va-t-on nous conter l’histoire ?

C’est tout naturellement que Gabriel Le Bomin s’est focalisé sur sa période de résistance. Un choix judicieux si l’on veut éviter de tomber dans la traditionnelle fresque historique longuette qui retrace l’intégralité de l’homme. Mais c’est avant tout un choix prudent et très en vogue Outre-Atlantique et Manche dans leurs récentes productions ambitieuses. La mode de ces derniers temps est de montrer la volonté d’hommes et de femmes à des moments clés et fondateurs de notre Histoire : la naissance d’un mythe. Churchill y est passé dans « The Darkest Hours » (Les heures sombres, 2017) de Joe Wright, Abraham Lincoln y est passé dans « Lincoln » (2012) de Steven Spielberg. La France se devait d’en faire autant. Un beau programme en perceptive, encore faut-il avoir les éléments nécessaires pour y parvenir.

Commençons par le titre. Nommé en toute simplicité « De Gaulle », le titre entre déjà en contradiction avec l’objectif de ce biopic. A lui seul, ce nom en globe bien trop d’éléments, et on ne peut résumer ce patronyme à une seule action de ce personnage. Car bien au contraire, le spectateur s’attendra à voir sa vie dans sa globalité portée à l’écran et non le moment fondateur de son mythe. Un choix étonnant quand on sait que le titre provisoire en production était « Libres ». Il est loin d’être mieux car il renvoie plus aux événements liés au débarquement et à la libération de la France qu’à l’acte de résistance que le film cherche à mettre en lumière. Mais au moins orientait-il déjà les spectateurs vers le moment ciblé de son histoire.

Isabelle Carré, Catherine Mouchet, Clémence Hittin © Alain Guizard / Vertigo Productions. Tournage de « Libres », un film de Gabriel le Bomin. Dunkerque, Quai Freycinet 11, le 8 juillet 2019.

Ce que visent donc le réalisateur français et sa scénariste Valérie Ranson Enguiale, c’est d’illustrer la création du mythe gaullien mais en rajoutant l’option humanité à travers la vie maritale du grand homme. En atteste la scène d’ouverture du film, qui nous fait rentrer in medias res  dans l’intimité d’un couple, un choix qui est franchement discutable après visionnage. Le film est donc structuré sur un parallèle entre les actions désespérées de de Gaulle pour sauver la France et le parcours d’Yvonne, seule face à l’avancée allemande. Une idée qui pouvait vraiment fonctionner mais qui peine à convaincre tant le film n’arrive pas à trouver l’équilibre nécessaire entre la petite et la grande histoire. Bien que l’intrigue soit basée, en plus des faits historiques avérés, sur une partie de la correspondance personnelle du couple, le film reste extrêmement factuel dans un ton bien trop théâtral, dépourvu de force et de caractère, pour être mémorable. Mais surtout il manque de puissance émotionnelle, tentant par tous les moyens de la trouver dans la vie intime du couple, une romance un peu trop parfaite et parfois superficielle. La partie consacrée à l’homme d’Etat fonctionne bien, celle consacrée au père de famille et à l’amant a du mal à exister efficacement. Et c’est là que l’on revient à la problématique d’adapter la vie d’un tel personnage. La dimension sacrée de sa personne, de son parcours, impose un respect qui ne permet pas au réalisateur de s’approprier le personnage. On est presque gêné d’oser entrer dans sa vie intime (grosse gêne à l’ouverture du film). Tout est trop propre et convenu, ce qui empêche le film d’avoir l’évolution de l’homme lambda vers la légende qu’on lui connaît, car il est déjà une légende.

Tim Hudson qui interprète Wilson Churchill © Alain Guizard / Vertigo Productions. Tournage de « Libres », un film de Gabriel le Bomin. Paris, Hôtel Raphaël, le 12 Août 2019.

Et la mise en scène n’aide en rien à rendre ce que l’on voit captivant. Contrairement à mes habitudes, je ne vais pas trop m’attarder dessus mais le film a en effet une belle esthétique, de beaux décors, une bande-son honorable mais cela reste désespérément classique dans sa mise en scène et peine à faire ressentir aux spectateurs l’urgence et le danger imminent qui planent sur la France en mai 1940. Tout ça manque cruellement de style, d’une patte personnelle, bref, d’ambition cinématographique. Les dialogues sont relativement toujours plats et pas très marquants, sauf peut-être pendant la rédaction du fameux discours du 18 juin. Les confrontations avec d’autres figures marquantes de ce moment charnière, comme le Premier ministre Churchill (interprété de manière caricaturale par Tim Hudson) ou Pétain, qui est oubliable (d’ailleurs j’ai oublié), manquent de passion, de panache. Seule l’interaction avec le président du conseil de l’époque Paul Reynaud (interprété par Olivier Gourmet) est plutôt convaincante.

Lambert Wilson © Alain Guizard / Vertigo Productions. Tournage de « Libres », un film de Gabriel le Bomin. Saint-Samson La Poterie, le 28 juin 2019.

Une transition toute choisie pour se pencher sur le cas du jeu d’acteur. Lambert Wilson en de Gaulle fait difficilement illusion dans son interprétation. L’acteur ne transcende clairement pas le général mais s’approprie petit à petit le personnage avec plus ou moins de succès quand il s’agit de s’approcher au plus près de la gestuelle de ce dernier. Malgré tout, on ressent l’envie et la volonté de bien faire. Le costume n’est pas trop grand pour l’acteur, il est tout simplement mal ajusté par le réalisateur, qui préfère s’appuyer sur la ressemblance physique entre les deux hommes que sur la direction de son acteur. Il repose tout sur la force évocatrice d’un profil ou d’une silhouette familière à grand renforts de prothèses (nez et menton), ce qui fait illusion jusqu’à un certain point mais finit par desservir le récit. A certains moments, on voit de Gaulle, puis à d’autres c’est l’acteur qui émerge. Isabelle Carré en Yvonne de Gaulle est un peu plus crédible. Connue comme une femme discrète et dévouée à son mari, l’actrice incarne l’idée même de la bonne épouse des milieux aisés de cette époque : douce, compréhensible, pudique et très complice, elle incarne le soutien sans faille de son général de mari. Il faut dire que contrairement à son acolyte, l’actrice avait le champ libre pour interpréter comme elle l’entendait cette femme affectueusement appelée Tante Yvonne en son temps. Au lieu d’une Yvonne un peu désuète, c’est une épouse un peu plus féminine qui prend place. Mais la place qui lui est attribuée dans le film ne rend pas suffisamment justice au dévouement de cette dernière et ne lui permet pas de peser dans l’intrigue.

Lambert Wilson © Alain Guizard / Vertigo Productions. Tournage de « Libres », un film de Gabriel le Bomin. Bry-sur-Marne, TranspaStudios, le 22 Août 2019.

En conclusion, De Gaulle de Gabriel Le Bomin est un film historique dans la pure tradition française servi par un bon casting dévoué dans interprétation. Malheureusement et malgré toutes ses bonnes intentions, le film ne réussit pas à nous embarquer complètement dans son intrigue, trop factuel, trop classique et trop peu ambitieux cinématographiquement. De Gaulle est un personnage qui se prête assez peu au romanesque et qui est donc difficile à traiter en fiction tant il est sacralisé. Peut-être était-ce trop tôt pour le cinéma d’adapter son histoire tant il résonne encore à notre époque. J’ai ressenti plus de choses en regardant l’épisode qui lui était consacré dans l’émission « Secrets d’histoire », il faut dire que Stéphane Bern mettait plus de passion à parler de l’homme d’Etat et de l’homme intime que le réalisateur. Le film est certes rempli de maladresses, mais il a au moins le mérite d’avoir essayé, ouvrant la voie à d’autres réalisateurs de s’attaquer au mythe gaullien.

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Hello !!! Moi c’est Greycie alias Satshy. Comme la plupart de mes camarades, je n’ai pas reçu non plus de lettre pour Poudlard mais les Vacances au Camps des sangs-mêlés dans le bungalow d’Athéna me semblaient plus attrayantes ^^
Enfant des années 90, née sous le signe du taureau et du mouton (calendrier lunaire), je suis du genre déterminée et espiègle. Etudiante en Master cinéma, je me définis comme une enthousiaste. Dès que j’ai une passion, je m’y livre à fond (cheval, cuisine, manga, Japon, voyage, danse classique, etc.), tout y passe depuis deux décennies. Je suis donc une touche à tout mais la passion qui accapare tout mon temps actuellement (et pour longtemps), c’est la littérature. Romance, fantasy, BD, contemporain, manga, historique, science-fiction, … Je lis, que dis-je, dévore de tout ; avec une nette préférence pour le genre dystopie et le young adult. Couplé avec le cinéma, c’est le combo gagnant pour s’évader vers d’autres horizons.
Mes bouquins préférés sont la saga « Percy Jackson » avec les « Héros de l’Olympe » de Rick Riordan ainsi que « Orgueil & préjugés » de Jane Austen. Côté séries, ce sont Once Upon a Time et Outlander et pour le 7ème art la Saga Star Wars et l’adaptation encore une fois de Orgueil et préjugés de 2005.
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