La Belle et la Bête : l'histoire éternelle...

03/06/2020

Titre : La Belle et la Bête

Réalisateur : Christophe Gans

Avec : Vincent Cassel, Léa Seydoux, André Dussollier, ...

Genre : Romance, fantastique

Durée : 1h54

Nationalité : France, Allemagne

Sortie : 2014

Résumé : 1810. Après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s’exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce.
Lors d’un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose.
Se sentant responsable du terrible sort qui s’abat sur sa famille, Belle décide de se sacrifier à la place de son père. Au château de la Bête, ce n’est pas la mort qui attend Belle, mais une vie étrange, où se mêlent les instants de féerie, d’allégresse et de mélancolie.

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L’histoire de « La Belle et la Bête » aura su fasciner des générations de lecteurs et de spectateurs. Au cinéma, on pense ainsi à la superbe version de Jean Cocteau, sur laquelle nous tenterons de revenir en longueur une prochaine fois. Le grand public est plus à même avec les itérations Disney, que ce soit le film d’animation ou bien son remake live. Pourtant, on passe beaucoup à côté de la dernière version française, ce qui est ironique au vu du dédain envers la production hexagonale quand on parle de septième art. Et si le film est pour une grande partie une réussite, c’est grâce à un metteur en scène au style particulier dans la création filmique française : Christophe Gans.

Derrière l’une des (voire la ?) meilleures adaptations de jeu vidéo sur grand écran avec son Silent Hill, Gans a une patte lyrique et une envie de créer autrement dans le carcan francophone, notamment au vu du succès de son Pacte des Loups ou ses divers projets avortés comme Rahan ou Fantomas. Sa mise en scène parvient dès lors à dégager toute la poésie de l’histoire avec une force visuelle aussi bien mue par ses ambitions artistiques fortes qu’un budget largement inférieur aux productions grand public habituelles (on parle de 33 millions d’euros là où le remake live en a coûté 160). Ainsi, au lieu de montrer le naufrage des bateaux du père de Belle, on assiste au désastre d’abord par la chute de ses biens dans les profondeurs. Ce genre d’idées visuelles permet d’asseoir le romantisme de la mise en scène avec une force poétique émouvante.

L’histoire ne nie jamais ainsi le facteur économique derrière son récit, que ce soit la débâcle financière du père de Belle, l’avidité qui causera la perte de Perducas (superbement tragique Eduardo Noriega) ou encore l’opulence de la Bête qui peut satisfaire n’importe lequel de ses hôtes… mais ne peut connaître le bonheur. L’argent sert donc de catalyseur dans ce qu’il révèle de plus triste et plus sombre chez chacun. La manière dont aboutira la malédiction de la Bête s’avère dès lors passionnante dans ce qu’elle évite de l’écueil de sa situation princière. On aurait pu tomber ainsi dans une forme de complaisance dans sa fortune matérielle mais le contenu du film se tourne plutôt dans une richesse émotionnelle plus satisfaisante.

Les relations amoureuses du film permettent alors de souligner une forme de bonheur qui peut être atteint par l’apport de l’autre dans la structure du couple en lui-même. La symétrie entre la Bête, homme meurtri par la mort de son amour, et Perducas, est riche de sens dans ce qui résonne entre ces deux protagonistes à la virilité forte et dont le comportement face à leur partenaire les amène à embraser leurs failles… ou non. On se trouve étonnamment même plus ému par la romance perdue de la Bête dans de somptueux flash backs que par celle établie avec Belle, malgré une certaine alchimie entre Vincent Cassel et Léa Seydoux.

Si le film n’évite pas des virages vers un certain type d’humour avec entre autre les sœurs de Belle et les Tadums, il ne nie jamais la tragédie qui se crée et les sentiments au cœur de sa narration, tout en proposant dans son spectacle des visuels dantesques. Comment ne pas être ébahi par son climax, avec entre autres la Bête portée par une statue gigantesque ? Un tel final s’avère réjouissant et encore plus dans le contexte d’un cinéma francophone que l’on enferme volontiers dans des clichés grotesques ou prétentieux.

En effet, difficile de ne pas trouver le film visuellement sublime. Si l’on consent à accepter certains effets spéciaux ayant un peu vieilli (notamment à cause du budget étriqué pour les ambitions de Christophe Gans), on reste souvent émerveillés par la direction artistique, entre ses décors opulents et ses divers costumes remarquables. L’utilisation massive d’écrans verts et de décors complétés ne se ressent alors que rarement, notamment grâce à la maîtrise derrière l’aspect technique et une gestion que l’on imagine des plus précises des ressources allouées.

Au niveau de l’écriture, Christophe Gans a préféré être accompagné de la romancière Sandra Vo-anh afin de gérer au mieux les symboliques du film, notamment d’un point de vue sexuel. Le long-métrage est ainsi chargé d’images charriant une forme de romantisme presque érotique, au point que le premier baiser se trouve être un instant d’électricité sentimentale pure. Gans avait su gérer le besoin d’ajouter des hommes dans son Silent Hill en illustrant une séparation aussi bien physique qu’émotionnelle. Ici, c’est par la conciliation et l’unisson que deux êtres parviennent à se réparer et se (re)construire. Par son élégance visuelle, le film parvient à souligner sa recherche émotionnelle avec une force poétique que l’on peut décrire comme parfaitement sublime.

Si la direction d’acteurs pourra diviser certains, on peut quand même trouver que cette version de « La Belle et la Bête » parvient à s’affranchir des comparaisons (notamment avec le film de Cocteau, chef d’œuvre du cinéma français) et à se créer une identité propre, d’une beauté et d’une magie qui pourraient largement conquérir n’importe quel public. C’est également la preuve d’un cinéma français qui peut allier divertissement populaire et ambition visuelle avec une soif d’aventure, de romantisme et de poésie qui nous enivre un bon moment après sa découverte. Nous pouvons donc remercier Christophe Gans pour cette superbe adaptation qui parvient à capturer tout ce qui fait de l’histoire de « La Belle et la Bête » un récit éternel avec une ambition qui fait mouche autant qu’elle touche en plein cœur.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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