La déchéance médiatique de Lomepal : PalPal/La vérité.

22/06/2020

Il est amusant de comparer ces deux clips de Lomepal, qui semblent se répondre aussi bien dans les paroles que dans leur contexte de lieu. En effet, chacun amène le chanteur sur un plateau d’émission télévisée qui va finir par mal se terminer à chaque fois…

On commence avec PalPal, sorti en 2017. Lomepal est un présentateur de jeu télévisé assez classique et jouissant de son rapport à l’ego. Le public ne scande même pas, c’est lui qui pose son nom sur leurs lèvres. Il est le seul à s’exprimer ouvertement, individu marqué face à une audience sans identité apparente. Même les candidats, qui ont droit à peine à leur nom, n’ont pas acte de parole. Il n’y a que Palpal et ses deux acolytes à son effigie. Les paroles sont on ne peut plus claires : il veut être aimé, admiré, célébré en permanence. Tout le destine à ce que les autres l’élèvent, quitte à les détruire.

Le choix du couple est en ce sens peu anodin : au détour des paroles, on sent la solitude du chanteur, qui souffre de son ego tellement surdimensionné qu’il ne trouve personne à son niveau pour se sentir épanoui. Dans un même ordre d’idées, on pourrait rapprocher cela au personnage de David dans Alien Covenant : il cherche en un reflet de lui-même cette sensation de bien-être dans une relation à deux qu’il détruit par jalousie. Ici, Lomepal fait de même, en jouant de l’appât du gain et de la souffrance que s’infligent ces partenaires pour les mener à une solitude semblable à la sienne : seul mais riche.

Le traitement de l’émission est intéressant tant son nom, « Le jeu de la vie », renvoie aussi bien à une pique cruelle et cynique sur la douleur que peut s’infliger un couple, qu’au « Jeu de la mort », version modernisée de l’expérience de Milgram à une échelle télévisuelle. Pour rappel, ce test amenait une personne à en électrocuter une autre sous l’appui d’une figure d’autorité (avant un scientifique, ici un présentateur télévisé) qui cautionne l’octroi de chocs de force variable allant jusqu’au décès de l’autre. Le tout était aidé par un acteur qui simulait sa douleur et sa mort mais les chiffres fortement élevés créèrent la controverse qui ne fit que s’emballer de nouveau devant les même résultats des années après l’expérience originelle. Pas étonnant dès lors que le premier « jeu » de l’émission ici présente soit également par un recours électrique.

Le Palpal du clip devient alors une figure nihiliste et manipulatrice, simulant un contrôle de la part des joueurs alors que ceux-ci ne sont que des marionnettes vouées à la torture jusqu’à ce que mort s’ensuive. On le sent ainsi dans ce détail quand le pistolet, normalement chargé d’une seule balle, est vidé en arrière-plan, révélant par un tour de passe-passe que celui-ci était en réalité entièrement chargé. La candidate malheureuse étant laissée dans la contradiction d’une richesse uniquement pour elle (la possibilité de « gagner le double » étant en fait celle de conserver le Million pour soi) mais dans une solitude la poussant peut-être à une perte de contrôle totale (l’actrice revenant dans un autre clip de Lomepal, « Club », situé dans une institution)… et à une confrontation en arrière-plan dans « La vérité ».

La lumière faussement chaleureuse et réellement factice du « Jeu de la Vie » laisse place à une tournure plus sombre. Ce n’est plus une mise en avant de soi qui se dresse pour Lomepal mais un clash face à un artiste pas doué mais beaucoup trop vantard. Enregistré en direct avec deux caméras durant le Vérité Show tel qu’annoncé dans son ouverture, le clip est plus frontal dans son esthétisation néon aux couleurs plus sombres. Si l’on retrouve les deux extensions de Pal-Pal, le chanteur même est plus exubérant, loin du guindé faussement guilleret que l’on a pu voir auparavant. Il se met d’ailleurs directement en ligne de mire dans son rôle étant donné que ce clip aura été tourné après deux heures de talk-show qu’il aura animé lui-même.

Ici, la violence est plus frontale et abrupte que dans PalPal, notamment car elle se trouve ici de façon factice. En exécutant Roméo Elvis, Lomepal s’exécute d’une certaine façon, le public prenant son apparence pour renvoyer son ego avant de se retourner contre lui. Les seules figures visibles d’ailleurs dans l’audience-même sont trois actrices que l’on aura pu voir dans des clips précédents du chanteur, dont « Pal-Pal ». C’est comme si cette critique adressée à un autre s’avérait interne, mue par l’arrivée d’un Orelsan qui clash à son tour Lomepal. Le critique devient critiqué, le bourreau devient l’exécuté, avant qu’un autre tour de passe-passe n’amorce une fictionnalité de ces morts. Ce n’est plus Lomepal qui est pendu mais Vladimir Cauchemar, figure squelettique renvoyant inlassablement par ce visuel à un final funeste dans un sens mais où Lomepal trouve une forme de résurrection (comme celle imaginée pour The Weeknd). Ses postures n’étaient plus siennes (l’exécution rappelle le début du « This is America » de Childish Gambino), Lomepal redevient lui-même et peut-être plus cet alter ego conditionnant son rapport envers l’autre. Il est entouré là où Pal-Pal était seul et la liesse le rapproche d’une audience, encore filmée de loin (plus pour des raisons pratiques sans doute) mais dans une communion qui lui évite la morne existence de l’ermite s’étant éloigné de tous.

La manière dont les plateaux télévisés transforment ainsi Lomepal et où son rapport à l’autre est constamment questionné ainsi que le rapport à une violence instituée que n’aurait pas renié Charlie Brooker avec « Black Mirror » s’avère passionnante et souligne en deux clips la personnalité en questionnement constante qu’est le chanteur. Les rapports qui se dressent ainsi que certaines oppositions en réponse permettent de trouver dans ces deux clips (avec à chaque fois la présence de Dario Fau, accompagné de Mohamed Chabane sur « Pal Pal » ) une résonnance intéressante que l’on sent intime de la part de Lomepal. De quoi cristalliser par ces lieux de factice clinquant les doutes des artistes, quand on sait que le siège des émissions sert souvent de mise à nu contrôlée de leur personnalité…

http://rusbankinfo.ru займ на карту срочно без отказа

Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
0 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *