Valeria : la vie rêvée des écrivains

30/06/2020

Titre : Valeria

Créée par : María López Castaño

Avec : Diana Gómez, Silma López, Paula Malia, ...

Format : 45 minutes

Diffusion : Netflix

Genre : Comédie, drame, romance

Résumé : Valeria, une écrivaine en crise artistique et conjugale, peut compter sur le soutien de ses trois meilleures amies, Carmen, Lola et Nerea, qui elles aussi se découvrent intérieurement et tentent de trouver l'amour à l'ère des rencontres 2.0. Ensemble, ces quatre célibataires qui ne manquent pas de piquant vont se retrouver prises dans un tourbillon d'amour, d'amitié, de jalousie, de chagrin, d'infidélité, de secrets, d'inquiétudes, de joie et de rêves.

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Qui a dit que la vie d’autrice était faite de nature, d’amour et d’eau fraîche, de paix et de tranquillité ? Pas Valeria en tout cas. Cette jeune trentenaire, aussi tempétueuse que dépassée par ses propres tempêtes, fait la douloureuse expérience de la vie définitive d’adulte et d’écrivaine, un combo très loin de lui faciliter les choses. Mais Valeria est très bien entourée et ses trois amies (Lola, Carmen et Nerea) ainsi que son mari Adri, avec qui elle est depuis l’université, finissent d’occuper tout l’espace de sa vie dans la cité madrilène vibrante et pleine de vie. Cette série, adaptée du roman à succès d’Elisabet Benavent, nous plonge avec un bonheur coupable dans le quotidien compliqué d’une autrice en quête de soi.

Alors que vaut vraiment cette série Netflix ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette Valeria saura ravir les cœurs des aficionados de romance adulte et de comédie. Valeria se gobe, se dévore littéralement en une journée comme toute bonne série bingeable. Tout est mis en place ici pour rassurer le spectateur et lui garantir un plaisir certes coupable, mais un plaisir quand même. Les acteurs sont tous pétillants, lisses et sans le moindre défaut (ce qui, d’une certaine manière, rapproche plus Valeria du conte que de la fiction réaliste). Mais qu’à cela ne tienne, maintenons donc cette illusion d’une vie acidulée et pleine de rebondissements que l’on a hâte de vivre avec l’héroïne qui, rappelons-le, est une jeune autrice souffrant à la fois de la page blanche, du syndrome de l’imposteur et d’une furieuse envie de tout plaquer, y compris (voire surtout) son mari.

C’est là que Valeria prend un tournant pour le moins surprenant. Nous voici à vivre avec la jeune Valeria de vrais déboires d’artistes, où l’amitié et l’amour ne veulent plus rien dire, ne sont plus dans une sphère privée mais deviennent à la place matière à création. Valeria est la caricature de l’artiste presque ratée mais qui se raccroche à cette petite étincelle de certitude insensée et inexplicable qui réside et résiste en nous. Si les amies de Valeria semblent toutes avoir une vie plus ou moins rangée, l’égarement et le dénuement de notre jeune héroïne n’en sont que plus pittoresques. Mais comme tout est matière à création, s’installe alors une intéressante mise en abîme où le personnage de Valeria est celui qu’elle tente de faire vivre dans ses textes, puisqu’elle finit par puiser dans son quotidien les éléments pour son roman. 

Car Valeria écrit sur l’amour et la manière dont elle ne parvient pas à le comprendre. La jeune femme est mariée depuis plusieurs années mais son couple est tressautant, Valeria reproche d’abord en son for intérieur puis de vive voix à son mari de ne pas la soutenir dans ce qu’elle aime, à savoir écrire. C’est alors que, à l’instar des personnages de romances les plus conventionnels qui soient, le jeune et beau Victor fait sa mystique apparition. Victor est beau, riche, célibataire et Victor tombe amoureux de Valeria, et Valeria tombe amoureuse de Victor. Ce qui m’amène à un des points les plus controversés de cette série : l’adultère. Que ce soit Valeria ou son amie Lola, devenue amante d’un homme marié, l’adultère semble presque banalisé dans cette série et il n’est quasiment jamais confronté. Le fait que Valeria et Victor vivent une idylle à peine coupable est d’autant plus dérangeant que tout est fait pour que cela fasse fondre les cœurs. Victor est celui qui comprend Valeria, alors pourquoi en faire tout un plat ? Seulement voilà, la série semble vouloir nous montrer chaque personnage sous son meilleur jour malgré leurs actes pour le moins répréhensibles en cela qu’il s’agit d’une série légère et drôle, quoique point dépourvue de drame.

Au final, si la tromperie est condamnée en filigrane, Valeria nous offre un conte sur la déchéance de l’amour, l’érosion naturelle du couple avant sa prochaine réapparition. En cela, la série est pour le moins très réaliste.

En somme, Valeria est de ces séries qui se regardent d’une traite, comme on avalerait une grosse goulée d’air frais. La ville de Madrid y est somptueuse, colorée et presque intimiste, tant et si bien que l’on croirait y déambuler aux côtés des personnages. Quant à ces derniers, on prend plaisir à les découvrir et à découvrir ces liens qui les lient. Enfin, quel plaisir aussi de voir la vie d’une autrice aussi bien retranscrite sur le petit écran, enfin dépouillée de cette aura grandiose et pénétrée pour laisser place à ce à quoi ressemble vraiment une personne qui écrit : à une personne qui, la plupart du temps, a le plus grand mal à écrire.

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94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
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