Le Transperceneige : Dernier arrêt avant la fin de l'Humain

01/07/2020

Titre : Le Transperceneige

Réalisateur : Bong Joon-ho

Avec : Chris Evans, Jamie Bell, Tilda Swinton, ...

Genre : Science-fiction, drame

Durée : 2h06

Nationalité : Corée du Sud, États-Unis, France, République Tchèque

Sortie : 2013

Résumé : 2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais…

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Si Bong Joon-ho avait déjà une grande réputation avec ses œuvres de qualité, il faut bien reconnaître que le succès international de son « Parasite » l’aura définitivement assis parmi les représentants les plus symptomatiques d’un cinéma sud-coréen toujours aussi passionnant. Revenir sur son passage sur un projet en anglais s’avère intéressant dans ce que celui-ci aura su gérer un casting de stars au profit d’un même questionnement social présent.

La représentation linéaire du décor est simple, certes, mais pas simpliste dans ce qu’elle amène de schémas sociaux répétés après une catastrophe mondiale. La forme du train amène alors vers un chemin direct qui permet de suivre au mieux cette révolte d’une classe maltraitée à travers une débauche de richesse et d’opulence qui ne sert qu’à asseoir aux riches leur statut économiquement supérieur. Bong Joon-Ho use en permanence de cette structure pour étouffer au mieux ses personnages, les quelques plans extérieurs ne faisant que rappeler la fragilité de l’existence de chacun des passagers face à un environnement mort.

Le récit prend alors un chemin aussi varié que celui du train est répétitif. C’est ainsi que Bong Joon-ho n’hésite pas à basculer dans le grotesque, à la façon d’une pause qui s’opère dans l’un des affrontements du film. Sans tomber dans le cynique facile, l’intrigue s’oriente en permanence vers une direction grinçante que l’on pourrait quasiment reprocher de nihiliste dans ce qu’elle amène de plus factice et plus creux chez l’être humain, en particulier une classe supérieure qui fait tout pour que l’Apocalypse ne perturbe en rien ses privilèges.

Le choix de Chris Evans pour incarner Curtis, le chef de cette révolte, s’avère dès lors passionnant dans la façon dont l’acteur aura su s’inscrire comme un modèle avec son interprétation de Captain America dans le Marvel Cinematic Universe. Comment ne pas avoir une représentation aussi opposée ici tant notre « héros » n’hésite pas à faire des erreurs, exprimer ses regrets et ses failles, tout en se sentant étouffé par ce rôle assigné de force. Chris Evans fait preuve d’une interprétation juste, à l’instar de la majeure partie du casting. Si certains sont plus grotesques, ce n’est que pour mieux souligner leur nature fausse, à la manière du personnage de Tilda Swinton.

La mise en scène de Bong Joon-ho colle dès lors au mieux à l’imperfection de l’être humain et ses doutes avec une noirceur qui n’en est que plus permanente. C’est à la fin d’une ère que l’on assiste, celle d’une Humanité qui ne peut que voir dans son enfermement l’exacerbation de ses colères et des mêmes schémas qu’elle cherche à répéter tel un cycle qui semble impossible à arrêter. On pourra alors souligner la symbolique des bras, relevant d’un sacrifice collectif pour essayer de sauver tout simplement à la fois l’autre, soi-même et l’être humain en général.

Dès lors, il faut bien avouer que certaines orientations narratives se doivent d’être découvertes par soi-même au vu de ce qu’elles révèlent d’un schéma permanent et d’une volonté de répétition cyclique à de multiples niveaux, tout en opposant plusieurs styles de réflexion par rapport à la nature de l’Homme. Ce genre d’interrogations se révèle dès lors emballé dans un résultat aussi imprévisible que l’être en soi et amène alors un intérêt envers les thématiques du film que l’on digère encore un bon moment après son visionnage.

En effet, « Le Transperceneige » n’est pas une œuvre facile et pourra mener à des réactions opposées au vu de sa gestion thématique et tonale. Pourtant, elle n’en est que plus importante tant Bong Joon-ho use de son prétexte narratif pour mieux illustrer ses réflexions sociales avec pertinence et certaines idées folles dans son contexte. C’est une œuvre qui mérite d’être mûrement réfléchie et découverte pour s’approprier au mieux ses interrogations. Il ne vous reste plus dès lors qu’à savoir si vous comptez monter à bord d’un tel film d’une grande qualité.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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