L’Homme Invisible : Réappropriation Toxique

17/07/2020

Titre : L’Homme Invisible 

Réalisateur : Leigh Whannell

Avec : Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, Harriet Dyer, ...

Genre : Thriller, horreur

Durée : 2h04

Nationalité : États-Unis

Sortie : Février 2020

Résumé : Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d'enfance et sa fille adolescente.
Mais quand l'homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s'il est réellement mort. Tandis qu'une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu'elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu'elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…

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Le mythe de l’invisibilité et ses répercussions néfastes, notamment par le biais de l’Anneau de Gygès, auront inspiré maints artistes à travers les siècles avec plus ou moins de réussite. Dans le domaine du cinéma, on repensera entre autres aux versions de James Whale ou Paul Verhoeven, ayant su capter toute la portée destructrice humainement de pareil « prodige ». Voir Leigh Whannell s’y attaquer ne pouvait alors que s’avérer intriguant, surtout au vu de son postulat de départ.

Ainsi, le scénariste de « Saw » aura su trouver comment moderniser cette figure par le biais d’une relation toxique des plus dévastatrices. On sent que le contexte est géré avec maîtrise et une horreur plus forte par sa nature tangible. La menace est présente et joue sur le quotidien de notre héroïne avec assez de perversité pour déranger de façon graduelle jusqu’à un point de non-retour brut par sa nature subite.

En soi, on pourrait même taxer le film d’être à contre-courant d’une forme de spectacle ostentatoire tant tout se fait avec une certaine subtilité et un ancrage crédible qui aurait même pu faire croire à une perte de raison de notre héroïne. C’est pourtant ce traitement qui rend le film encore plus fort, dans sa façon de savoir filmer la menace invisible dans ce qu’elle s’insère de plus intime et de plus personnel. C’est en majeure partie la grande réussite du film de Leigh Whannell, permettant de donner une autre forme à la nature monstrueuse de l’Homme Invisible.

Le traitement de cette relation toxique à souhait et de cette incertitude de la part de son héroïne (une Elisabeth Moss impeccable) appuie vraiment une forme de confrontation face à un manipulateur qui ne peut totalement œuvrer sur l’audience, au courant de la nature « irréelle » de sa terreur permanente. Si l’on aurait pu craindre un enchaînement des événements plus artificiel, le tout est assez bien mené pour provoquer le malaise attendu pendant toute la durée du métrage.

« L’Homme Invisible » version Leigh Whannell est donc toujours sur le fil du rasoir entre promesse horrifique de série B et drame fort sur une figure de manipulateur toxique et parvient à maintenir l’équilibre avec un certain brio. Et même si l’année n’aura pas su tenir ses promesses cinématographiques au vu des circonstances récentes, il faut bien reconnaître que ce film constitue l’une des meilleures propositions « grand public » de l’année.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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