Seberg – Le portrait captivant d’une icône engagée persécutée

25/07/2020

Titre : Seberg

Réalisateur : Benedict Andrews

Avec : Kristen Stewart, Jack O'Connell, Anthony Mackie, Margaret Qualley, Zazie Beetz, Yvan Attal, Vince Vaughn, ...

Genre : Biopic, drame, thriller

Durée : 1h43

Nationalité : Américain

Sortie : 24 juillet 2020 (Amazon Prime Video)

Résumé : Le récit de la tentative du FBI de faire passer l'enfant de l'actrice Jean Seberg comme n'étant pas le fruit de son mariage mais d'un adultère avec un membre du parti Black Panther. Cette tentative résultait du soutien de l'actrice à la cause Black Panther depuis son adolescence.

D’illustre icône de la Nouvelle Vague à femme injustement persécutée au destin tragique, Jean Seberg aura connu une vie particulièrement complexe. Inspiré de celle-ci, Seberg, second long-métrage pour le réalisateur Benedict Andrews, retrace les années durant lesquelles l’actrice américaine, en raison de son soutien aux Black Panthers, est devenue la cible d’un programme illégal de surveillance du FBI, COINTELPRO (Counter Intelligence Program), une opération de contre-espionnage dirigée par J. Edgar Hoover qui avait pour but d’enquêter sur les organisations politiques dissidentes aux États-Unis et de neutraliser voire de perturber leurs activités. Ce thriller d’espionnage palpitant dresse le portrait d’une femme, symbole d’une génération, tourmentée par une machination des plus odieuses jusqu’à en perdre la raison. Glissée dans la peau de la tragique vedette, Kristen Stewart livre une performance absolument captivante. Entourée d’un casting tout aussi excellent, réunissant à ses côtés Jack O’Connell (Skins, Invincible), Margaret Qualley (Once Upon A Time In Hollywood), Zazie Beetz (Deadpool 2, Joker), Anthony Mackie et Vince Vaughn, l’actrice y signe un de ses plus beaux rôles.

Jean Seberg est célèbre en France pour ses rôles notamment dans Sainte Jeanne d’Otto Preminger, dans lequel elle n’incarne nulle autre que Jeanne d’ Arc et dans À Bout de Souffle de Jean-Luc Godard, où aux côtés de Jean-Luc Belmondo elle est propulsée au statut d’icône de la Nouvelle Vague. Néanmoins, le scénario de Joe Shrapnel et Anna Waterhouse se focalise davantage sur l’enquête et l’acharnement menés par le FBI que sur le personnage, pourtant si fascinant, de la brillante comédienne. Benedict Andrews préfère y présenter les conséquences cruelles et bien trop lourdes payées de l’engagement politique de cette femme, ayant précipité sa chute.

Le film s’ouvre en 1968 à Paris, alors que les manifestions font rage dans la ville, Jean Seberg s’apprête à quitter son époux Romain Gary (Yvan Attal) et leur fils, Diego, pour retourner aux Etats-Unis pour les besoins d’un tournage. Pendant son vol, elle rencontre l’activiste du Black Power, Hakim Jamal (Anthony Mackie). Les esprits s’échauffent lorsque celui-ci insiste pour payer une place en première classe dans l’appareil tandis qu’une hôtesse continue de lui en refuser l’accès. La comédienne, témoin de cette scène de discrimination, s’en mêle pour faire remarquer qu’elle serait plus qu’enchantée de céder sa place à Jamal, avant de se joindre le poing fermé levé aux Black Panthers sur le tarmac, devant les journalistes. Ce signe de soutien, son amitié avec Jamal qui évolue rapidement en romance -bien qu’ils soient tous deux mariés- ainsi qu’une une série de dons à des organisations de défense des droits civils dont au Black Panthers Party, ne tardent pas à attirer l’attention des fédéraux.

Ainsi, en parallèle, l’histoire suit Jack Solomon (Jack O’Connell), agent spécialisé dans l’écoute et l’espionnage du FBI, chargé avec son partenaire Carl Kowalski (Vince Vaughn) de suivre les activités de l’actrice pendant qu’elle est aux États-Unis ainsi que d’écouter et enregistrer ses conversations téléphoniques. Une machination qui finit par poser un problème de conscience au plus jeune des deux agents qui, à mesure que l’enquête fournit des preuves « incriminantes », semble moins enclin avec les méthodes adoptées par les services de renseignement intérieur ; surtout lorsque celles-ci bousculent sa cible -pour qui il a développé une véritable admiration-, au bord de l’effondrement mental.

A travers ce portrait tant habile que palpitant, Benedict Andrews réussit à faire apparaître la femme aux multiples facettes que Jean Seberg était : une artiste, une mère, une épouse mais aussi une femme courageuse engagée politiquement. Une femme qui voulait faire la différence, contribuer à quelque chose de plus important que les livres, les films ou l’art et qui avait bien compris que la révolution en faveur de l’égalité des droits pouvait avoir besoin de personnes avec une renommée telle que la sienne ou de moyens tels que les siens. Membre de la NAACP depuis l’âge de quatorze ans, Jean Seberg a toujours voulu faire entendre sa voix, utiliser ses moyens pour changer les choses dans son pays. Une femme pourtant violemment attaquée, discréditée aux yeux du public et détruite par le gouvernement américain comme le montre si bien ce drame, pour ces raisons, pour avoir soutenu des actions en faveur de l’égalité et être une activiste engagée.

La scène d’ouverture est un parallèle parfaitement symbolique avec le reste des événements du drame tragique que fut la vie de la comédienne. Un choix des plus ingénieux. En 1957, Jean incarne Jeanne D’Arc sur le tournage de Sainte Jeanne d’Otto Preminger, lorsqu’elle est physiquement brulée par les vraies flammes utilisées pour filmer la fameuse scène du bûcher que le réalisateur a laissé s’approcher d’elle de trop près. Une séquence en un sens métaphorique : littéralement brûlée aux prémices de sa carrière prometteuse avant d’être réduite elle, en même temps que sa réputation, en cendres quelques années plus tard par le FBI et ses méthodes de persécutions cruelles. En effet, le film ne montre que quelques scènes par-ci par-là de son travail d’actrice, préférant se focaliser sur l’acharnement des services de J. Edgar Hoover et ses lourdes conséquences pour sa santé mentale. Ainsi, Seberg rappelle tristement que cette femme fut utilisée, son existence manipulée comme un vulgaire produit par le gouvernement américain, prêt à tout pour arriver à ses fins.

Kristen Stewart incarne avec brio la déchéance de cette icône brisée. Devant la caméra de Benedict Andrews, l’actrice délivre une performance sincère et engagée réellement remarquable.

Toutefois, le récit présenté n’est pas tout à fait exact. Le scénario de Joe Shrapnel et Anna Waterhouse réécrit en partie l’histoire, ou du moins ne révèle pas tout. D’une part, il dépeint les hommes dans la vie de Jean Seberg, que cela soit son époux Romain Gary ou Hakim Jamal, avec une certaine sympathie alors qu’il semblerait que tous deux aient été en réalité plutôt exécrables avec elle ; l’actrice a en effet subi entre autre l’influence et la violence de Jamal. D’autre part, les scénaristes ont également fait le choix d’incorporer un personnage totalement fictif à l’histoire, celui de l’agent Solomon. Son interprète, Jack O’Connell, prouve une nouvelle fois avec sa performance admirable qu’il fait indéniablement partie des acteurs les plus fascinants de sa génération -au même titre que Stewart. Un choix scénaristique surprenant, certes, mais mettant en scène un personnage empathique et conscient des conséquences de ses agissements professionnels permettant aux spectateurs d’avoir des yeux au sein même de l’enquête, d’observer cette atroce machination de l’intérieur et surtout de mettre en lumière les manœuvres abusives du FBI. Le côté fictif du personnage évite probablement au film de se heurter directement au FBI pour relater de tels faits.

A travers sa mise en scène relativement élégante, le long-métrage, sublimé par la cinématographie de Rachel Morrison, réussit également à placer le déclin de l’icône dans son contexte historique en écho aux enjeux de l’époque, aidé notamment par les costumes de Michael Wilkinson et les décors de Christy McIrwin qui parviennent à capturer l’atmosphère de la fin des années 60. Une époque où la bataille pour les droits civiques et l’égalité continue alors que l’ombre de la ségrégation plane toujours et que le vent féministe souffle de plus en plus fort sur le pays.

Le rythme adopté par Benedict Andrews est impeccable, oscillant entre une tension propre au thriller d’espionnage et une dimension psychologique intense, le tout pour mettre en lumière un pan regrettable de l’histoire américaine qui est encore trop peu abordé. Le film dénonce la campagne de diffamation lancée par le gouvernement américain à l’encontre de l’icône de la Nouvelle Vague et exposant plus largement un programme illégal qui aura brisé la vie de certaines personnes telle que celle de Jean Seberg.

En conclusion, Seberg revient sur la destinée tragique d’une icône aux prises de positions politiques assumées, consciente des enjeux sociaux et politiques de son époque et des ressources occasionnées par sa renommée. L’occasion de rappeler les agissements tant injustes que répréhensibles du FBI subis par celle-ci. Mené par un casting remarquable, le long-métrage offre à Kristen Stewart l’un de ses meilleurs rôles ; magnétique, elle capture l’allure et l’aura de cette femme tourmentée en pleine déchéance. Un hommage à la fois percutant et captivant à une femme fascinante qui voulait faire bouger les choses dans son pays.

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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