L’Ombre d’Emily - Habile jeu de secrets entre Anna Kendrick et Blake Lively

12/08/2020

Titre : L'Ombre d'Emily

Réalisateur : Paul Feig

Avec : Anna Kendrick, Blake Lively, Henry Golding, Andrew Rannells, Linda Cardellini, Rupert Friend, ...

Genre : Thriller, policier, comédie

Durée : 1h57

Nationalité : Américain

Sortie : 26 septembre 2018

Résumé : Stéphanie, une jeune mère célibataire, cherche à découvrir la vérité sur la soudaine disparition de sa meilleure amie Emily.

Adepte des comédies féminines, Paul Feig (Mes meilleures amies, Les Flingueuses, SOS Fantômesdéjoue avec élégance dans L’Ombre d’Emily les codes du genre du thriller finement entremêlés à ceux de la comédie. A première vue, il n’était pas évident de savoir à quoi s’attendre de ce long-métrage avec sa bande annonce des plus mystérieuses et même après son visionnage il est difficile de lui attitrer une catégorie particulière. Le scénario de Jessica Sharzer, adapté du premier roman de Darcey Bell, Disparue, mêle habilement mystère, suspens et comédie. Mais l’atout majeur dans cette intrigue à tiroirs tant originale que palpitante réside indéniablement dans les performances particulièrement convaincantes de son duo d’affiche : Anna Kendrick excelle en maman blogueuse et apprentie détective, face à une Blake Lively rayonnante dans la peau d’une femme d’affaire glamour des plus énigmatiques. Le résultat est un divertissement surprenant, mystérieux, sombre et drôle.

L’histoire suit Stéphanie Smothers (Anna Kendrick), une veuve et mère au foyer solaire, un brin ringarde, qui anime sur son temps libre, dans sa cuisine, un blog vidéo présentant des recettes et autres travaux manuels pour les parents. Cette maman optimiste ultra dévouée comble sa solitude en participant à toutes les animations scolaires à l’école de son fils. En effet, elle semble avoir du mal à établir une connexion avec des personnes ayant dépassé le stade de l’école élémentaire. Jusqu’au jour où elle rencontre la mère du meilleur ami de son fils, la très mystérieuse et fascinante Emily Nelson (Blake Lively). A la surprise générale, les deux femmes se lient rapidement d’amitié autour de confidences et de martinis après l’école dans la somptueuse demeure de la nouvelle énigmatique amie de Stéphanie. Mais un jour, Emily disparaît mystérieusement. Stéphanie s’improvise alors détective et fait tout ce qu’elle peut pour la retrouver, avec l’aide de Sean (Henry Golding), le mari d’Emily. La jeune mère au foyer se retrouve plongée en plein mystère, son enquête révélant lentement, couche après couche, de sombres secrets.

Le véritable point fort du film réside dans son duo central que Paul Feig s’amuse à opposer ostensiblement, sur un ton parfois quasi caricatural. Deux femmes fortes ; deux personnages hauts en couleurs mais qui semblent être, à première vue, diamétralement à l’opposé l’une de l’autre. Leur opposition est d’abord visuelle, que cela soit à travers leurs styles vestimentaires ou leurs modes de vie dissonants : alors que Stéphanie vit en banlieue dans une maison des plus classiques et revêt des ensembles dépassés, Emily se glisse dans des costumes trois-pièces ultra glamour dans lesquels elle parade dans sa somptueuse demeure où elle vit avec son charmant mari écrivain -en mal d’inspiration- et leur fils. Le contraste entre elles deux se prolonge dans leurs caractères : la mère au foyer modèle, timide et maladroite face à la femme d’affaire accomplie, sûre d’elle, aussi chic que cynique.

Paul Feig met d’ailleurs intelligemment en scène ce déséquilibre apparent entre les deux protagonistes, se jouant de leurs apparences de façade. En effet, graduellement le scénario de Jessica Sharzer (American Horror Story, Nerve) commence à dévoiler ses surprises et entreprend de briser leurs apparences, voire les choses que ces deux personnages y cachent derrière afin de découvrir leur véritable visage. Les révélations et les trahisons s’enchaînent alors. Car si Emily est une véritable énigme avec de sombres secrets, Stéphanie est loin d’être aussi irréprochable qu’elle n’y paraît. Ainsi, malgré toutes leurs apparentes différences, ces deux femmes solitaires -chacune à leur façon- semblent finalement se ressembler bien plus qu’elles n’auraient pu l’imaginer.

Bien que l’histoire suive la mystérieuse disparition d’Emily, c’est la relation entre ces deux femmes, incarnées par des interprètes en très grande forme, qui est au centre de l’intrigue. Amies ? Ennemies ? Rivales ou alliées ? Tout au long du film, la véritable nature de la relation de ces deux-là est difficile à déceler et rend l’intrigue d’autant plus intéressante à suivre. Il faut dire que l’alchimie entre Anna Kendrick et Blake Lively est tout simplement divine, chaque scène les réunissant est un pur régal. Kendrick se glisse parfaitement dans le rôle de cette maman admiratrice de sa nouvelle amie apparemment sans malice mais pas sans ses propres secrets, tandis que Blake Lively, parée d’une garde-robe des plus sophistiquées, semble prendre un malin plaisir dans ce rôle des plus mystérieux dans lequel elle excelle particulièrement, et signe là une de ses meilleures performances.

Une chose est sûre, L’Ombre d’Emily défie toute catégorisation facile. Paul Feig s’éloigne ici des comédies qui ont fait son succès pour jouer avec les codes du genre du thriller, les déconstruire pour mieux se les réapproprier, les mêlant avec brio à une bonne dose d’humour. « Je tenais à ce que le film respecte les codes du genre, avec tout un tas de retournements de situation, mais qu’on le fasse de façon très consciente », explique sa scénariste Jessica Sharzer. Le ton y est décalé, absurde voire quasi satirique à certains moments et permet au film de trouver son juste équilibre entre mystère et comédie. La tonalité choisit par Paul Feig, combinant avec astuce et style différents genres, accompagné d’une bande son remplie de pop française des années 1960 convient à L’Ombre d’Emily son style si particulier. Le long-métrage assume totalement son manque de crédibilité ou de sérieux et s’en amuse autant que des apparences de ses protagonistes.

Au-delà de cela, l’histoire comporte de nombreux rebondissements inattendus particulièrement malins qui s’enchaînent les uns après les autres, tenant le spectateur en haleine jusqu’au bout pour connaître le dénouement final.

En conclusion, L’Ombre d’Emily est une très bonne surprise. Rempli de suspens jusque dans ses dernières minutes, le long-métrage de Paul Feig s’avère tout sauf simple, avec des personnages bien plus complexes qu’ils n’y paraissent. Les atouts majeurs de cet astucieux alliage de thriller et comédie résident dans les brillantes performances de son duo d’actrices et dans sa tonalité générale si originale, pour une déconstruction grisante du genre. Le tout pour un excellent divertissement, à la fois surprenant, palpitant et drôle.

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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