The Night Of : un périple social

22/08/2020

Titre : The Night Of

Créée par : Steven Zaillian, Richard Price

Avec : John Turturro, Riz Ahmed, Bill Camp, ...

Format : 50 minutes environ

Diffusion : HBO

Genre : Drame, policier, thriller

Résumé : Nasir, dit Naz, n'est pas un garçon à problèmes, mais au lendemain d'une virée nocturne bien arrosée, le jeune homme d'origine pakistanaise se réveille aux côtés d'une jeune femme morte. Cette dernière a été poignardée et Nasir est bien incapable de se souvenir de quoi que ce soit. Inculpé pour ce meurtre, il est désormais prisonnier du système judiciaire où, parfois, la vérité passe au second plan. Un avocat bon marché mais tenace se propose alors de l'aider.

.

Difficile de se sortir d’une situation compliquée quand on est quelqu’un de bien pour tout le monde sauf pour les autorités. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Nasir Khan est vraiment quelqu’un de bien. Poli, honnête, affable, brillant dans les études, un fils prodigue et un petit-fils aux petits soins, il a tout ce qu’il faut pour plaire. Seulement, Nasir est jeune et la vie a encore pour lui beaucoup de bons côtés alors, comment résister à l’invitation inattendue d’une moins bonne fréquentation à aller faire la fête ? L’invitation est si alléchante pour ce jeune homme bien sous tous rapports qu’il en vient à emprunter/dérober le taxi de son père, chauffeur, en plein New York puisqu’il se rend compte qu’il n’a aucun moyen de locomotion pour se rendre à la fête. Cette virée nocturne sera pour Nasir la plus longue de toute sa vie.

À bord du taxi de son père, la nuit en plein New York s’avère peuplée de bonnes âmes en peine et Nasir se rend compte qu’il ne sait pas naviguer dans ces rues gigantesques. Des personnes hèlent puis entrent dans le taxi du père, le fils les refoule avec politesse, et ainsi de suite tandis que le jeune homme essaie d’arriver à bon port malgré la mascarade. Mais l’heure tourne et le port s’éloigne de plus en plus pour Nasir qui commence à abandonner l’espoir d’arriver un jour à cette fête et il en est là dans ses réflexions lorsqu’une jeune femme entre dans le taxi et demande à ce faux chauffeur de l’emmener à la plage. Et puisque Nasir s’est fait une raison sur cette impossible fête, il décide d’emmener cette inconnue à la mer.

Ils n’atteindront jamais cette dernière mais atterrissent à la place au bord d’une rivière baignée dans la lumière de la pleine lune. Ils restent ainsi quelques temps avant que l’inconnue ne propose à Naz de se rendre chez elle où de l’alcool, de la drogue et des jeux de couteaux les attendent.

Nasir pense vivre la meilleure nuit de son existence, mais très vite le cauchemar prend vie. En effet, lorsque Nasir se réveille chez cette inconnue après une nuit d’alcool, de drogue et de sex, il se retrouve devant le corps sans vie de la jeune femme, poignardée à mort. Nasir prend la fuite, mais il est arrêté sur la route pour excès de vitesse, encore une entorse à sa si parfaite éthique. Nasir devient alors le suspect principal dans le meurtre de la jeune Andrea Cornish, cette femme dont l’anonymat tombe au moment de sa mort. C’est alors que tout ce qui s’est passé avant leur rencontre, capturé par les caméras de surveillance, relève d’une toute autre importance en vient accabler le dossier de Nasir. Voler le taxi de son père, cet air louche alors qu’il ère dans les rues de New York à bord d’un taxi qui ne prend personne, personne à part Andrea, tout l’accable et fait de lui un suspect idéal.

C’est là que The Night Of prend un tournant plus dramatique que policier, avec comme principal axe la justice et son impartialité. Nasir est issu d’une famille américano-pakistanaise, il ne fait pas partie d’une famille de privilégiés, il n’est pas de la haute société. Encore une fois, tout l’accable et la présomption d’innocence ne semble pas effleurer grand monde. Le contexte social est ici encore le moteur de l’intrigue, qui n’est pas sans rappeler la série très réussie de la BBC Criminal Justice de Peter Moffat. L’histoire de The Night Of se déroule donc dans une Amérique minée de préjugés et de préjudices, au racisme latent et à la justice par trop aléatoire (un aléa moins hasardeux que capricieux). Le personnage de Nasir est fascinant par sa désolation, son air dépassé et son accablement face à une justice et une administration implacables. La performance de l’avocat mal dégrossi est tout aussi louable, incarné par l’excellent John Turturro qui nous dépeint cette seule aide judiciaire un peu débraillée et grossière accordée au désabusé Nasir.

The Night Of s’impose donc comme une de ces très bonnes séries, travaillées avec soin et sérieux, que ce soit au niveau de la cinématographie (d’aucuns diraient que l’on y trouve un clin d’oeil à Scorsese, avec cette virée en taxi et ces zooms dans et en dehors du taxi) que de l’intrigue. Car l’on en vient à se demander : Nasir est-il vraiment innocent ? Après tout, il est bien allé chez une inconnue, ils ont bu ensemble et se sont drogués et ils ont joué avec des couteaux, alors qu’il soit coupable serait-il si surprenant ? Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, The Night Of nous questionne sur nos propres biais et elle le fait sans concessions.

.

94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
0 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *