À la poursuite de Demain : Rendre le monde meilleur

23/10/2020

Titre : À la poursuite de Demain 

Réalisateur : Brad Bird

Avec : George Clooney, Hugh Laurie, Britt Robertson, ...

Genre : Aventure, science-fiction

Durée : 2h10

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2015

Résumé : Casey, une adolescente brillante et optimiste, douée d’une grande curiosité scientifique et Frank, un homme qui fut autrefois un jeune inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s’embarquent pour une périlleuse mission. Leur but : découvrir les secrets d’un lieu mystérieux du nom de Tomorrowland, un endroit situé quelque part dans le temps et l’espace, qui ne semble exister que dans leur mémoire commune... Ce qu’ils y feront changera à jamais la face du monde… et leur propre destin !

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L’optimisme n’est plus à l’ordre du jour dans le domaine créatif actuel. Il suffit de constater le cynisme de diverses productions à succès, se reposant sur de la nostalgie et des clins d’œil tellement grinçants qu’on finit par les confondre avec une référenciation utilisée avec réflexion (Deadpool vs Ready Player One). On peut parler entre autre de Disney, surfant allègrement sur des marques reconnaissables et des remakes live aussi insipides artistiquement que rentables financièrement. Et pourtant, la firme aux grandes oreilles a sorti il y a cinq ans déjà l’un des blockbusters les plus importants des années 2010, un film à l’échec économique bien trop écœurant : À la poursuite de Demain, réalisé par Brad Bird.

Rien que lire ce nom devrait vous mettre la puce à l’oreille quant à la qualité remarquable du film tant Bird a une filmographie parfaite, bien aidé par ses travaux dans le domaine de l’animation. Sa rigueur visuelle appuyée de sa touche bien personnelle de magie illumine le film à plusieurs reprises, notamment lors d’un plan-séquence sur lequel nous reviendrons plus tard. C’est son sens de l’inventivité qui permet de retranscrire parfaitement la promesse de merveilleux de ce Tomorrowland ainsi que sa volonté de croire en l’humain… sans tomber dans une simplicité béate.

Disney’s TOMORROWLAND

Young Frank (Thomas Robinson)

Ph: Kimberley French

©Disney 2015

Le début du film interroge d’ailleurs rapidement sa façon d’aborder sa narration sur la longueur par les réponses entre les deux protagonistes établis comme principaux, Casey et Frank. Pourtant, après une jolie introduction rendant la rupture de ton plus forte, on délaisse le second (pourtant joué par le plus marketable George Clooney) pour s’orienter vers le regard de la jeune femme. Portée par la prestation solaire de Britt Robertson, Casey s’inscrit dans cette opposition face à un avenir promis à la catastrophe annoncée, telle que répétée dans l’actualité sous toutes les formes possibles et imaginables. L’absence de réponses d’adultes face aux possibilités d’action résonne encore plus aujourd’hui, que ce soit par les nombreuses manifestations récentes touchant au climat, aux injustices sociales ou au racisme.

Il est passionnant de voir comment le début introduit cette entrée dans ce nouvel univers par le biais d’une exposition universelle avec l’attraction « It’s a small world ». En plus de rappeler que Tomorrowland vient du land science-fiction des parcs Disney (là où Paris a son Discoveryland, ancré dans le rétro-futurisme), elle associe au film l’envie de Disney, par son attraction, de rappeler l’union possible entre les humains, ce qui est également le but de Tomorrowland : offrir un monde aux limites infinies pour rendre l’existence de chaque personne meilleure. On s’éloigne d’ailleurs de théories assez néfastes sur une catégorie de « privilégiés intellectuels » : si ceux-ci vont dans un tel monde, c’est pour y débloquer toutes leurs possibilités de création pour justement aider chaque individu à vivre un monde meilleur. On est loin du sectarisme qui est offert en critique principale au film mais plutôt dans une orientation où l’imagination n’a aucune limite, si ce n’est celles morales pour rendre notre univers bien plus réjouissant et équitable pour tout un chacun.

Disney’s TOMORROWLAND

Frank Walker (George Clooney)

Ph: Film Frame

©Disney 2015

Toutes ces promesses vont se cristalliser dans un plan-séquence, sans doute un des plus géniaux des années 2010 par sa virtuosité visuelle et sa richesse réflexive. Suivant en temps réel la découverte de Tomorrowland par Casey, cette scène commence rapidement par un mouvement de caméra retourné qui souligne la sensation de renversement de l’héroïne avant de se lancer dans un mouvement sans fin, avec une énergie aussi revigorante que la bande originale de Michael Giacchino. Néanmoins, il se crée une frustration par la fin de cette scène, celle de ne pas avoir droit à plus de ce monde, de ces innovations et de ces promesses de mieux… ce qui souligne la richesse de cette séquence.

On découvre en effet plus tard dans le film que celle-ci fonctionne comme un outil promotionnel, censé servir lors de la révélation de Tomorrowland au grand public. Nous sommes dans une forme de manipulation d’image, certes ici plus positive, avec l’espoir de quelque chose de meilleur… alors que le personnage de Nix va justement jouer sur la diffusion d’une imagerie négative dans un même but mais au résultat plus destructeur. La façon dont le film se joue de son imagerie reste passionnante dans sa manière de jouer sur ses promesses tout en ne l’offrant pas de manière gratuite. On pense ainsi à cette scène dans un magasin rétro de science-fiction : c’est un lieu de nostalgie et d’une certaine façon de complaisance, où les deux personnages robotiques s’enferment et qu’ils n’hésitent pas à détruire. On pourrait créer des liens avec le personnage de Syndrome dans les Indestructibles, incarnation parfaite du fandom toxique prêt à tout détruire par pure haine intériorisée.

Casey (Britt Robertson)

Ici, tout se mérite et c’est peut-être pour ça que « Tomorrowland » a connu un tel échec à sa sortie : loin d’être un blockbuster facile, le film joue de concepts passionnants pour mieux théoriser sur l’humain, aussi bien dans ses promesses de grandeur que sa capacité à se mettre en passivité face aux menaces actuelles pourtant prédominantes (cf le scepticisme entourant encore le réchauffement climatique malgré la répétition permanente des conséquences de celle-ci dans l’actualité). Aussi bien optimiste que franc, merveilleux que direct, le film de Brad Bird s’impose haut la main parmi le meilleur de ce qui nous a été proposé en œuvre grand public du cinéma américain des années 2010. À vous de voir si vous acceptez qu’un long-métrage aussi risqué (malgré qu’il provienne de Disney) puisse vous offrir autant de réjouissances visuelles que de questionnements matures assez inconfortables dans sa manière de nous confronter à notre absence d’action. C’est un futur classique que l’on se doit de chérir, surtout quand on voit la zone de confort permanente dans laquelle nous maintiennent tant de productions à grand budget récentes…

Disney’s TOMORROWLAND

Tomorrowland pin

Ph: Kimberley French

©Disney 2015

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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