Blackbird – L’heure des adieux

30/10/2020

Titre : Blackbird

Réalisateur : Roger Michell

Avec : Susan Sarandon, Kate Winslet, Mia Wasikowska, Sam Neill, Rainn Wilson, Lindsay Duncan, Bex Taylor-Klaus, Anson Boon, ...

Genre : Drame

Durée : 1h37

Nationalité : Américain

Sortie : 23 septembre 2020

Résumé : Lily et son mari Paul décident de réunir enfants et petits-enfants pour un week-end dans leur maison de campagne. Trois générations d’une même famille se retrouvent, avec Jennifer, l’aînée, son mari Michael et leur fils de 15 ans, Jonathan, mais aussi Anna, la cadette, venue avec Chris, sa compagne. Cette réunion de famille a un but bien particulier : atteinte d'une maladie dégénérative incurable, Lily refuse de subir une fin de vie avilissante et décide de prendre son destin en main. Mais tout le monde n’accepte pas cette décision. Non-dits et secrets remontent à la surface, mettant à l’épreuve et redessinant tous les liens qui unissent les membres de cette famille, alors que le temps des adieux approche…

Choisir de faire ses adieux, selon ses propres termes, en toute dignité et en son âme et conscience, voilà le point central de Blackbird. Le choix d’une femme de garder son destin entre ses mains. A travers sa fresque familiale touchante, Roger Michell aborde avec pudeur et délicatesse le lourd sujet du suicide assisté. Ce remake du film danois Stille Hjerte de 2014, de Bille August et écrit par Christian Torpe, présente Lily, une mère mourante qui décide de réunir sa famille pour passer un dernier weekend ensemble avant de mettre fin à ses jours. Un drame bouleversant qui méritait un casting digne de ce nom et réunit pour l’occasion une Susan Sarandon exceptionnelle, aux côtés de Kate Winslet, Sam Neill et Mia Wasikowska. Ce huis clos familial parvient à être lumineux malgré l’émotion palpable qui s’en dégage un peu plus à chaque minute. Son sujet délicat y est traité intelligemment, sans en faire un débat, le long-métrage interroge le spectateur en même temps qu’il l’émeut. Sur fond de la question de l’euthanasie, Blackbird se révèle être une ode en toute intimité à la vie, à la l’amour et à la famille.

En apparence, Lily (Susan Sarandon) et son mari Paul (Sam Neill) ont une vie relativement paisible : une très chic demeure en bord de mer, deux filles adultes qui mènent chacune leur vie, et un amour resté aussi intense qu’au premier jour. Mais un détail vient remettre le tout en cause. Lily est atteinte d’une maladie dégénérative incurable, l’affaiblissant physiquement chaque jour un peu plus et elle a décidé, en accord avec son mari médecin, de mettre fin à ses jours. En effet, Lily entend bien faire ses adieux selon ses propres termes, en toute dignité et non éconduite dans la misère de sa maladie qui ne cesse de s’aggraver. Elle le sait, son mari le sait, le temps des adieux a sonné. Mais avant de tirer sa révérence, elle souhaitait réunir ses proches dans sa grande maison à l’occasion d’un ultime weekend qu’elle veut mémorable. Se joignent à l’événement : sa fille aînée Jennifer (Kate Winslet), une mère de famille de banlieue typique, accompagnée de son mari, Michael (Rainn Wilson), et de leur fils adolescent Jonathan (Anson Boon), Anna (Mia Wasikowska), la cadette bohème imprévisible, venue avec Chris (Bex Taylor-Klaus) et enfin Elizabeth (Lindsay Duncan), sa meilleure amie de toujours.

Cette ultime réunion de famille prend place après de longs mois de débats et de disputes, mais désormais le choix de Lily est fait et est définitif. Tout ce qu’elle veut c’est disparaître en douceur après avoir partagé un dernier weekend convivial entourée de ceux qu’elle aime et il n’est pas question de revenir sur ce choix. Pour l’occasion -bien qu’il n’en soit clairement pas la saison-, Lily a décrété qu’ils allaient fêter Noël tous ensemble, c’est-à-dire : faire le sapin comme il se doit, s’offrir des cadeaux, partager un copieux repas accompagné d’un bon vin entre autres, … La famille s’efforce de créer un weekend parfait mais il est évident que les deux filles de Lily ne sont pas tout à fait en accord avec la méthode ou l’issue de la décision de leur mère. Et à travers ces moments de proximité tantôt joyeux, tantôt tristes et déchirants, les secrets, les non-dits sont peu à peu dévoilés, laissant place aux reproches et aux larmes alors que le temps est compté.

Emmené par une distribution impeccable, Blackbird conte sans exagération et avec une réelle délicatesse les émotions palpables d’une famille rattrapée par le temps et la maladie. Dans le rôle de Lily, la grande Susan Sarandon est tout simplement sensationnelle et montre une nouvelle fois toute l’étendue de son talent. Elle incarne avec justesse la colère de son personnage face à sa perte d’autonomie constante, ne sur-jouant jamais son état de santé. Chaque geste, chaque regard raconte avec subtilité les mots qu’elle ne dit pas. Car si chaque choix est le sien, c’est parce qu’il s’agit de son dernier recours pour garder un brin de contrôle sur sa vie que la maladie lui arrache des mains. Elle détermine son propre destin en choisissant quand, où et comment faire ses adieux. La performance de Susan Sarandon est parfaite, glissée dans la peau de cette femme déterminée mais rendue vulnérable, elle montre la réalité complexe du choix difficile de ce personnage dont la présence d’esprit demeure intacte alors que ses capacités physiques s’affaiblissent chaque jour un peu plus.

Le reste de la distribution entourant la matriarche est tout aussi formidable. Tour à tour, une fois délivrés de leurs clichés apparents, chacun des personnages obtient son moment pour briller, que cela soit Kate Winslet, toujours aussi incroyable dans le rôle de Jennifer, une femme chamboulée par la décision de sa mère qu’elle ne peut contrôler, ou encore Mia Wasikowska, incarnant Anna, la cadette à fleur de peau, à la vie mouvementée qui se révèle particulièrement touchante. Les deux sœurs, aux relations quelque peu conflictuelles, se retrouvent prisonnières d’une décision aux conséquences irrémédiables pour laquelle elles ne peuvent que se résigner. A leurs côtés, Rainn Wilson ressort plus complexe que supposé en mari de la despotique Jennifer, tandis que Sam Neill interprète le sympathique Paul, mari et soutien infaillible de Lily, prêt à la suivre dans chacun de ses choix, c’est un homme calme et empreint de convenance qui laisse rarement paraître ce qu’il pense notamment en ce qui concerne sa participation dans la mort prochaine de sa femme. Enfin, Lindsay Duncan et Anson Boon ont également leurs chances de briller à travers de puissants monologues illustrant parfaitement la dure réalité à laquelle la famille fait face. Cette distribution de talent parvient à trouver un équilibre subtil dans ce drame familial combinant habilement -aussi paradoxal que cela soit- deuil et humour.

Le mot « euthanasie » n’est jamais prononcé dans Blackbird, mais il s’agit clairement de la toile de fond du long-métrage de Roger Michell. Aborder un tel sujet est assez risqué, puisqu’il est encore tabou dans la société actuelle, toutefois, le réalisateur de Coup de foudre à Notting Hill parvient à traiter ce thème difficile avec une grande justesse, tout en délicatesse et pudeur, notamment à travers le personnage de Lily, en illustrant son choix de mettre fin à sa déperdition avant d’en devenir prisonnière. Le scénario est simple et permet d’entrer dans l’intimité de cette famille aux relations épineuses. Chaque moment d’intimité, tant léger que douloureux, est présenté en toute sincérité et crédibilité, à travers une mise en scène épurée en parfaite adéquation avec le ton du long-métrage et dans un lieu unique : une chic demeure qui devient un personnage à part entière en étant le lieu du chaos émotionnel ressenti par ces huit protagonistes. La scène clé est celle du dîner, qui place les personnages, leurs relations délicates ainsi que la complexité des enjeux au centre de l’attention, sous la photographie chaleureuse adoptée par Mike Eley pour l’occasion.

Par ailleurs, le film ne se contente pas seulement d’aborder le sujet du suicide assisté et traite également de sujets tels que la bipolarité, l’homosexualité, ou encore de la complexité des relations fraternelles voire de manière plus générale familiales. Et malgré un thème central tant lourd que tabou, Roger Michell ne laisse jamais son film se faire submerger par sa teneur dramatique et parvient avec habileté à toucher sans trop en faire. Dans son ensemble, Blackbird présente une dignité semblable à celle de son personnage principal. Roger Michell y dit à bas la moralité ou la légalité pour présenter une histoire tant touchante qu’intelligente sur la grâce qui peut être trouvée dans la mort.

En conclusion, Blackbird est un film qui, en faisant de la mort sa toile de fond, célèbre la vie, l’amour et la famille. Porté par un casting tant remarquable que fantastique, celui-ci traite avec délicatesse et dignité d’un sujet encore bien complexe. Un film qui parvient à la fois à faire rire, pleurer mais aussi réfléchir.

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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