Enola Holmes – La petite sœur de Sherlock prend du service

09/10/2020

Titre : Enola Holmes

Réalisateur : Harry Bradbeer

Avec : Millie Bobby Brown, Henry Cavill, Sam Claflin, Helena Bonham Carter, Fiona Shaw, Louis Partridge, ...

Genre : Aventure, comédie

Durée : 2h03

Nationalité : Américain

Sortie : 23 septembre 2020 (Netflix)

Résumé : Enola, la jeune sœur de Sherlock Holmes, met ses talents de détective à l'épreuve pour tenter de retrouver sa mère disparue et déjouer une dangereuse conspiration.

L’univers de l’excentrique détective a déjà été exploré de multiples façons, que cela soit à travers de nombreux films ou encore séries télévisées. Pourtant, l’univers holmesien continue de s’agrandir sur Netflix, avec Enola Holmes. Réalisé par Harry Bradbeer, le film est centré sur Enola, la jeune sœur de Sherlock et Mycroft Holmes, un personnage jusqu’alors méconnu et pour cause, puisqu’il s’agit d’une création de toutes pièces de l’auteure Nancy Springer, datant de 2006.

Dans cette adaptation de la série de livres, c’est Millie Bobby Brown, célèbre pour son rôle d’Eleven dans la série Stranger Things, qui endosse le rôle éponyme de la sœur adolescente et indépendante du célèbre détective. C’est à travers une performance pétillante et enjouée que la jeune comédienne nous fait pénétrer dans l’univers d’Enola, littéralement car la jeune Holmes brise à plusieurs reprises le quatrième mur pour s’adresser directement au spectateur, lui faisant part de ses frustrations et invitant chacun derrière l’écran à se joindre à ses plans. Pas surprenant venant d’Harry Bradbeer, déjà adepte de ce processus dans la série Fleabag, pour laquelle il a remporté de nombreux prestigieux prix. Le résultat est un divertissement entraînant, amusant et féministe pour la jeune sœur de Sherlock Holmes.

Enola (Millie Bobby Brown) est la petite dernière des enfants Holmes, elle habite seule à la campagne avec son énigmatique mère, Eudoria (Helena Bonham Carter), son père étant décédé et ses célèbres grands frères Mycroft (Sam Claflin) et Sherlock (Henry Cavill) ayant quant à eux quitté le nid depuis bien longtemps, ne la connaissent pour ainsi dire pas. Sa mère, qui croit fermement en l’égalité des droits et en l’idée d’être sa propre personne, lui a enseigné à la maison les sciences, l’histoire ou encore la littérature. L’obsession de cette dernière pour les jeux de mots est d’ailleurs ce qui a donné à Enola son nom -comme elle le rappelle souvent-, celui-ci signifiant « alone » à l’envers (« seule » en Anglais). Toutes les deux ont vécu heureuses pendant des années, loin des coutumes et règles sociétales, s’adonnant à des pratiques quelque peu inhabituelles (voire totalement bannies) pour des femmes à l’époque victorienne, telles que les arts martiaux et divers autres sports et jeux de stratégie. Mais le petit monde d’Enola est chamboulé lorsque, le jour de son seizième anniversaire, sa mère disparaît. Suite à quoi, elle se retrouve sous la tutelle de son frère Mycroft qui, offusqué par son éducation, cherche à la placer au plus vite dans une école spécialisée dans les bonnes manières pour les jeunes femmes.

Peu enjouée par une telle perspective, entendant bien vivre selon ses propres conditions et stimulée par un ensemble d’indices laissés ici et là par sa mère, Enola s’enfuit en direction de Londres et se lance dans sa première mission comme apprentie détective. Une mission rendue d’autant plus difficile par son âge et son sexe. Mais dans sa quête, elle croise rapidement le chemin du jeune Lord Tewkesbury (Louis Partridge), lui aussi en fuite, qui l’enlise ainsi dans un double mystère à résoudre. Les choses sérieuses commencent alors pour la jeune Holmes qui va devoir pour cela explorer ses talents de détective.

Enola est à la fois le personnage principal et la narratrice de cette histoire, où elle prend très vite l’habitude d’interpeller directement le spectateur tout au long de son aventure. Millie Bobby Brown y dévoile son côté plus pétillant dans une performance formidable et démontre l’étendue de son talent dans son premier grand rôle principal, bien différent de ce qu’elle a pu faire jusqu’ici. La jeune fille est une protagoniste centrale très différente de Sherlock, tant énergique et déterminée que comique, et se révèle être un personnage attachant conviant un petit vent de fraîcheur à cet univers. En effet, Enola, au-delà d’être indépendante, est une personne bienveillante, qui n’hésite pas à se rendre utile lorsque ses aptitudes peuvent aider, même si elle n’a pas nécessairement quelque chose à y gagner. C’est ce qu’elle fait quand elle choisit de venir en aide à Tewksbury. Un lien particulier ne tarde pas à s’établir entre ces deux-là dont les caractérisations sont inversées : Tewksbury prenant la place ou du moins suivant une trame habituellement proposée pour le protagoniste féminin.

Par ailleurs, les personnages secondaires sont dépeints de manière quasi caricaturale. Mycroft et Sherlock sont difficilement reconnaissables : le premier, insensible, voit ses traits de caractère exagérés, quant au second, habituellement au centre de l’histoire, il se retrouve relayé au second plan dans une version édulcorée -quelque peu déroutante- bien plus chaleureuse et même plus humaine que d’ordinaire. Les héritiers de son créateur Arthur Conan Doyle ont d’ailleurs poursuivi Netflix en justice pour une telle caractérisation du personnage. De plus, le casting prestigieux présent n’est pas aussi exploité qu’il aurait pu l’être, c’est notamment le cas d’Helena Bonham Carter qui n’est pas utilisée à sa juste valeur dans le rôle de la mère pourtant énigmatique des Holmes avec laquelle il pouvait y avoir matière à faire.

Comme escompté, la quête de la jeune héroïne n’est pas sans embûches, remplie d’action mais également de ruse et l’emmène dans autant de paysages différents de l’Angleterre que de changements de costumes. En parallèle des aventures d’Enola, le film dispose de sous-tons plus engagés. En effet, y est présentée une Angleterre changeante, où le vote prochain par les Lords du pays d’une possible extension du droit de vote se heurte aux actions des suffragettes qui se battent pour le droit de vote des femmes. Le lien de la mère d’Enola avec ce mouvement est seulement suggéré ici et il est bien dommage de ne pas voir le film s’attarder davantage sur ce pan du récit pourtant des plus intéressants. Un choix tout à fait louable de la part du scénario de juxtaposer à l’action et la comédie de grands thèmes importants et essentiels, ancrant le film dans le contexte mais également les enjeux de son époque.

Le personnage d’Enola incarne complètement le concept de « girl power » : indépendante, elle entend bien vivre sa vie comme elle le souhaite et ne compte pas se laisser dicter sa conduite par les normes victoriennes. Une vision féministe complètement assumée par le long-métrage, dont le seul bémol pourrait être le dénigrement, engendré par la caractérisation progressive du personnage d’Enola, de toutes les autres qui se plient aux coutumes imposées à leur genre à l’époque. Toutefois, cette caractérisation d’Enola et sa détermination à avoir son avenir entre ses mains restent réellement inspirantes.

Néanmoins, le mystère n’est pas aussi convaincant que son héroïne. Elément habituellement indispensable dans l’univers de Holmes, il est ici presque autant relayé au second plan que Sherlock. C’est à la fois compréhensible, puisque ce nouveau film ne cherche pas à faire du copier-coller des aventures du célèbre grand frère d’Enola, cherchant au contraire à l’en démarquer et en faire davantage un personnage à part entière, mais cela reste tout de même surprenant à voir dans cet univers. De plus, les résolutions des énigmes tombent comme un cheveu sur la soupe, balayées rapidement comme si celles-ci n’avaient pas été le centre d’une grande partie de l’intrigue. En effet, le long-métrage d’Harry Bradbeer s’attarde plutôt sur le développement des personnages et de leurs relations que sur le fait de résoudre les énigmes annoncées qui semblent en certains passages complètement laissées de côté. Alors oui, il n’est pas attendu qu’Enola soit une nouvelle Sherlock en tous points mais le film ne devrait pas choisir de développer l’un de ces éléments au détriment de l’autre et y aurait gagné à trouver un équilibre plus balancé (particulièrement dans sa dernière partie) entre la résolution des énigmes et le développement des personnages et de leurs relations.

Par ailleurs, le film dispose d’animations originales lui conviant une touche atypique très agréable mais également un certain dynamisme, se complétant à merveille avec la manière adoptée d’aborder le récit. Malgré quelques petites longueurs en certains passages, le rythme est entraînant et efficace, combiné à une touche d’humour bien dosée et une esthétique plaisante. Et c’est sans réelle surprise que la fin du film laisse entrevoir la possibilité d’une suite pour la nouvelle détective en herbe de la famille Holmes, d’autant plus qu’à l’heure actuelle il y existe six livres dédiés à Enola.

En conclusion, sans particulièrement marquer les esprits, Enola Holmes s’avère être un divertissement plaisant pour un public relativement large, doté de personnages attachants. L’univers holmesien y prend une tournure originale tant entraînante, enjouée que féministe, y abordant de manière plus ou moins tacite des débats et des enjeux de l’époque, pouvant faire écho à certains encore d’actualité. Une agréable entrée en matière pour la jeune sœur du célèbre détective.

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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