The Haunting of Bly Manor : la tristesse du fantôme des amours passés

14/10/2020

Titre : The Haunting of Bly Manor

Créée par : Mike Flanagan

Avec : Victoria Pedretti, Amelia Eve, T'Nia Miller, ...

Format : 9 épisodes de 50 minutes à 1 heure

Diffusion : Octobre 2020

Genre : Fantastique

Résumé : Une gouvernante est engagée pour veiller sur deux orphelins vivant dans un manoir isolé en pleine campagne. Peu à peu, d'effrayantes apparitions viennent la hanter.

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La première conversation entre Stephen King et Stanley Kubrick fut ce qui résumera leur expérience sur Shining : une dispute. Le sujet de cette mésentente qui se répercutera sur le film était sur la nature du fantôme. King trouvait cette figure négative par la portée morbide qui s’en dégageait, là où Kubrick y trouvait quelque chose de positif car symbolisant une vie après la mort. Si cette anecdote aura bien mis en lumière les conflits thématiques des deux créateurs, il est intéressant de la ressortir de l’ombre pour traiter de « The Haunting of Bly Manor » vu que Mike Flanagan, en plus de réunir leurs deux visions dans le très bon « Docteur Sleep », aura fait de même sur la deuxième saison de son anthologie.

La tristesse habite ainsi les neuf épisodes, moins marqués par une horreur franche et s’orientant à la place vers la douleur des sentiments évoqués, principalement la perte d’un Amour de différentes façons. « Ce n’est pas une histoire de fantômes », lâche un personnage, « mais une histoire d’amour ». Cette remarque synthétise toute la réflexion narrative de cette saison, délaissant une forme de deuil pour une autre avec déchirement, n’hésitant pas à se diriger plus vers les larmes que l’effroi.

Bien que cela soit involontaire, certains points de traitement des fantômes et autres figures de cette saison rappellent la situation sanitaire actuelle et en font résonner énormément de douleurs évoquées. On pense entre autre à l’impossibilité du contact et la souffrance de ne plus pouvoir toucher. Un fantôme ne peut plus embrasser, prendre dans les bras ou caresser son aimé mais juste le voir partir un peu plus dans la douleur. Toute personne séparée de la personne qu’elle chérit, même pour un temps semblant court, pourra voir son cœur saigner par ce traitement, avec une tragédie qui se révèle permanente pour tout un chacun.

Alerte Spoiler

On pense également à une réflexion sur le pouvoir de la mémoire et la force réconfortante mais annihilatrice du passé. Ainsi, les fantômes se retrouvent à revisiter leurs souvenirs de façon répétitive, rendant certains moments en refuge dont l’entrée n’est qu’un faux moyen de se consoler de sa peine. Alors que certaines personnes ont subi durant le confinement ou même au quotidien cette mélancolie des temps meilleurs, la série n’hésite pas à montrer que ceux qui replongent dans ces moments passés pour ignorer le présent sont des fantômes ou proches de l’être, à un point où certains vivants se hantent eux-mêmes par leurs regrets.

Fin de l’alerte spoiler

Visuellement, la série est toujours aussi qualitative, les talents en présence derrière la caméra portant une narration riche par ses protagonistes aux failles si béantes. On pense également à des idées de montage, simples d’apparence mais pourtant pleinement réussies dans l’agencement, transformant des coupes en véritables blessures. Il y a pléthore d’images qui partagent une simplicité d’action à une empathie directe et déchirante dans l’effet, jouant par moments sur la durée de laisser certaines réflexions s’imbriquer dans nos pensées pour mieux les empoisonner.

Il y aurait encore tant et tant à dire, seul le temps d’ailleurs permettant à la série de respirer amplement tant la comparaison avec Hill House est logique mais contre-productive. On répétera juste que « The Haunting of Bly Manor » sera une expérience douloureuse pour toute personne en peine et dans n’importe quelle forme de deuil mais que sa façon d’exprimer la crainte des conséquences de sentiments amoureux est aussi galvanisante que déchirante. C’est encore une réussite pour Mike Flanagan, qui parvient à nouveau à sublimer le potentiel poétique et tragique du fantôme avec douleurs et émotions.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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