Descent : Un EP coups de poing !

15/11/2020

Alors que la chanteuse tease depuis quelques mois la sortie d’un album avec son nouveau label [Sumerian Records], la belle Juliet Simms nous a récemment offert un EP de trois titres qui, on doit bien le reconnaitre, tourne en boucle dans nos oreilles ! 

Le 6 novembre dernier, Juliet Simms partage également un clip mordant qui illustre le titre « All American ». Difficile de dire « nouveau titre » car ce n’en est pas un ! Eh oui, la chanteuse chantait déjà cette chanson en 2013, en version acoustique, avec son frère Tommy Simms. On ne peut que féliciter Sumerian d’avoir accordé une seconde chance à ce titre, imprégné d’une authenticité propre à la chanteuse. 

Version 2013 : 

La version 2020 est beaucoup plus crue. Elle pointe un préjudice que la chanteuse subit depuis des années  et qui traduit le double visage des réseaux sociaux. Très longtemps détractée, insultée et menacée pour – ou à cause – des beaux yeux d’Andrew Denis Biersack, il n’est pas rare de voir les haters se déchainer sur ses publications Instagram, Facebook ou encore twitter. 

3mn54 de coups de poing, rendus avec talent. 

Le clip illustre immédiatement ce rapport de forces, qui se retrouve au d’All American. D’entrée de jeu, il y a une opposition drastique entre commentaires qui la mettent sur un piédestal, parfois au-delà de toute raison, et les commentaires qui la descendent au moindre faux pas, sur le moindre détail. 

On peut notamment voir cette première remarque : « est-ce que c’est de la vraie fourrure ? », qui amène un débat dans la communauté qui la suit en live, et qui finit en véritable affrontement entre les fans et les haters. 

«  Definitely real fur. MURDERER. »
 
« She clearly does if she using zella which i’m like 60% certain and she’s wearing a dead carcass.
GOD SHE’S SO EVIL… »
 

La chanteuse continue son show alors qu’elle se fait alors épingler en tant qu’ennemie de la cause animale d’un côté, défendre bec et ongles de l’autre. Les critiques sur son physique commencent à pleuvoir, mettant en cause chirurgie et autres détractations du même acabit. 

«  Your doctor did a « great » job  »
 
« Boring. Wheres Andy?? » 
 
« She’s gonna make an awful mother » 
 

Peu à peu, l’artiste se voit comme le monstre qu’on lui dépeint. Elle devient la victime de ses propres démons, issus de l’insécurité à la fois morale et physique que lui inspire la haine délivrée gratuitement à son égard sur les réseaux sociaux. 

Toute la force de ce clip repose dans le fait qu’en dépit de la descente aux enfers, rappel au titre de cet EP, qui est dépeint graphiquement ici, c’est surtout un immense bras d’honneur que la chanteuse adresse à ceux qui l’ont traîné dans la boue pendant ses 13 longues années de carrière. 

«  Kill her now » 
 
«  Juliet Simms Burn in hell » 
 

On est en droit de se demander ce que représente alors cette  fin : la dernière chose à disparaître dans les flammes, c’est son bras ganté de rouge. Le même qui la poursuivait d’une certaine manière comme une figure diabolisée de la haine médiatique. 

Est-ce une façon de dire que ce monstre n’aurait que le pouvoir qu’elle lui aurait laissé ? Qu’elle serait en somme la main de sa propre destruction si elle continuait d’accorder du crédit à ses détracteurs ?  En fin de compte, est-ce vraiment une Juliet vaincue qui se laisse battre par toute cette rage envoyée par écrans interposés, ou détruit-elle de manière assez spectaculaire ce costume de monstre que l’on veut lui faire endosser ? 

C’est une belle boucle peut se lire à travers cette mise en scène assez spectaculaire pour une réalisation made in lockdown. Si le clip peut semblait choquant, voir dérangeant de prime abord, il met pourtant un grand coup de pied dans la fourmilière que peuvent être les réseaux sociaux avec leurs bons et leurs mauvais côtés.

Loin de mettre en scène sa défaite, Juliet prouve que le mal qui lui a été fait est profond et tangible, mais qu’elle fait savoir qu’elle s’en relève et s’en relèvera toujours la tête haute. Qu’elle n’est plus la personne fragile de ses débuts prête à rompre sous la pression. 

On note même l’humour et le clin d’oeil de la chanteuse à sa soeur, Angie Simms, avec qui elle est très proche. Celle-ci la rejoint en toute décontraction, en mâchouillant un bonbon et dédramatisant toute cette situation oppressante, comme elle doit souvent le faire.  

Juliet Simms sait qui elle est et ce pour quoi elle est faite, qu’importe mais peut-être – surtout – en dépit des critiques.

“This EP was an opportunity for me to bridge the gap between who I used to be and what I have become. Sonically it skews towards a brighter sound than the one I am moving towards but I think it’s a great mix of 80’s influence with modern pop rock production and lyrically I was able to explore my emotions in a time of significant turmoil and uncertainty.” shares Juliet.

Dans You’re Gonna Lose The Best Thing in Your Life, la chanteuse s’engage dans un chemin à la fois rock’n’roll et groovy, lancinant et powerful. Au-delà de l’instrumental qui joue avec les codes, ce sont ses paroles qui interpellent. Elles manient à la fois la remise en doute permanente, les questionnements sur la valeur d’une relation et la réelle nécessité de poursuivre ou non quelque chose pour lequel l’une des deux parties ne se bat plus réellement. 

Cette chanson est aussi une ode à l’insécurité inhérente au fait de dépendre si fortement de son partenaire, émotionnellement.Toujours dans cette optique de « warrior », Juliet Simms montre ici qu’elle connaît sa valeur et que le temps de l’auto-dénigrement est derrière elle. On pourrait aussi y voir un reflet plus agressif du célèbre titre d’Imagine Dragons : Bad Liar, dans la forme. 

Il est surtout appréciable de découvrir un texte sans fioritures ni pensée retenue, un pur concentré de vérité dans lequel se projette dans tous les sens l’acceptation de sa propre valeur — jouissif !

Real Bad Things est la chanson qui conclut ce triptique, marquant le retour en force de celle qui fut portée par son talent jusqu’à la finale de The Voice 2 (USA). On marche désormais dans ses pas, avec humilité, sur un chemin plus heavy, plus déterminé et badass que jamais. La sensation est similaire a celle que nous avait délivrée 100 Little Deaths au moment de sa sortie. Ce titre a le même impact que Living Dead Girl de ce bon vieux Rob Zombie,aussi. 

Dans Real Bad Things, on constate toute l’étendue de cette voix hors du commun. C’est la fin d’une véritable quête d’identité qui se dessine franchement ici.  Juliet a récupéré les clés de ce monde artistique et personnel qu’elle s’est bâti au fil des années. Il semble temps pour elle de réclamer le contrôle de son propre destin et de dire adieu à cette part d’elle-même qui s’est refroidie au contact d’une haine médiatique intense. 

Juliet Simms retrouve son feu d’antan, plus vivifié que jamais par les combats qu’elle a menés. La chanteuse nous montre que si elle pourrait tout à fait avoir l’honneur et le profit de ces très mauvaises choses — « real bad things » — qu’on lui impute, jamais elle ne sera le simple reflet de ce que ses haters projettent sur elle. La rockeuse nous prouve qu’il n’est plus temps de lui marcher sur les pieds, ni de chercher à la provoquer dans un combat qui serait perdu d’avance par ses adversaires. »

En conclusion, cet EP est à bien des égards un cri du cœur venant d’une artiste aux mille facettes, mais aussi et surtout un appel à résister dans les circonstances les plus difficiles, les combats les plus intenses. 

Juliet Simms nous prouve une fois encore que l’abandon ne mène nulle part et que le monde est à portée de main. Il est prêt à être cueilli, du moment que l’on est capable de faire la paix avec son image, d’être capable de reconnaître sa propre valeur et de croire en soi. 

La chanteuse botte une bonne fois pour toutes le train de ceux qui la considèrent que comme « la femme de », « la sœur de », »l’artiste romantique has-been qui ». Elle est bien décidée à donner de la voix afin de se forger une place sur cette scène rock d’une certaine manière encore très masculine, et bien malheureux serait celui qui oserait se mettre en travers de son chemin. 

Lilly & Romane 

Quand Ronnie Radke dit « Daddy should’ve never raised me on Black Sabbath! », je remercie sincèrement le mien de l’avoir fait. Née au début des années 90, j’ai grandi au son d’une vieille platine et des vinyles 33T d’AC/DC, Iron Maiden, Led Zepplin et tant d’autres encore. Passionnée d’art, de littérature, de voyage et de photographie, j’ai vite réalisé, pourtant, que sans musique, la vie n’a pas de saveur. C’est pourquoi je m’efforce, au quotidien, de faire partager cet outil qui transcende toutes les langues au monde.
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