L'étrange pouvoir de Norman : Zombie, es-tu là ?

06/11/2020

Titre : L'étrange pouvoir de Norman 

Réalisateur : Chris Butler et Sam Fell

Avec : Alex Borstein, Kodi Smit-McPhee, Tucker Albrizzi, ...

Genre : Comédie d'animation, Fantastique, Aventure

Durée : 1h27

Nationalité : États-Unis

Sortie : Août 2012

Résumé : Norman est un petit garçon qui a la capacité de parler aux morts. Celui-ci va devoir sauver sa ville d'une invasion de zombies.

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Est-ce qu’on louera assez un jour le travail des studios Laika ? Malgré des retours sur Missing Link ou toutes leurs productions en général, il semble que l’on ne trouvera jamais assez l’occasion d’aborder leurs créations tant celles-ci souffrent d’échecs financiers d’une grande tristesse au vu des propositions derrière. Alors que l’on quitte la période d’Halloween et que l’on subit une situation lourde, revenons sur l’une des pépites made in Laika avec « L’étrange pouvoir de Norman ».

À la différence d’un Coraline qui conservait la nature unique de l’adaptation du roman de Neil Gaiman, « ParaNorman » se situe dans une veine plus humoristique et bien ancré dans l’américanisation de certains genres. On se situe ainsi dans la petite ville américaine typique, avec ses archétypes, ses habitants ancrés dans la peur de ce qui n’est pas normé à leurs yeux et une forme de banalité malgré un passé qui est sans cesse remis en avant par pur profit économique. La capacité de Norman à pouvoir voir et parler aux morts détonne évidemment tout en poussant à un ostracisme bien trop puissant. À la façon de chaque film Laika, l’isolement reste présent chez le personnage principal et sa quête va lui permettre de se retrouver par le biais d’autres protagonistes aux caractères hétéroclites.

Le film joue d’ailleurs sur de nombreuses bases narratives connues dans les films de genre mais parvient à les retourner avec une malice qui ne rend le visionnage que plus plaisant. La figure du zombie ici prend notamment une forme passionnante, rejet d’une peur bien trop présente dans le cœur des gens et poussant à la catastrophe dont ils veulent justement se prévenir. La manière de perpétuer cette crainte à travers les générations s’avère alors comme un appel d’urgence, celui de rejeter ce qui est différent par sa nature unique et détruire au point de s’annihiler soi. La façon dont le film gère son final parvient alors à conserver une forme de pessimisme derrière sa résolution positive et humoristique.

D’ailleurs, si l’humour est présent et que ParaNorman n’hésite pas à aller dans la citation, c’est sans tomber dans une forme de facilité simpliste au point de renier sa dramaturgie. En plus d’être une lettre d’amour au cinéma d’horreur, le film parvient à maintenir une émotion permanente, notamment dans son traitement des fantômes. L’ouverture pose ainsi une situation des plus banales pour mieux illustrer la difficulté de communiquer de notre héros, ne parvenant à s’exprimer qu’envers les défunts, notamment sa grand-mère. Ce besoin de se reconstituer au sein d’une cellule familiale tout en la rapprochant parvient dès lors à amener une empathie assez forte, explosant d’autant plus dans son climax.

Nous n’allons pas en dévoiler sa teneur pour que vous puissiez garder la surprise mais il faut bien reconnaître que celle-ci nous éblouit toujours autant par sa charge émotionnelle couplée à une animation des plus remarquables. Si Laika a su prouver encore et encore sa maîtrise technique absolument riche, c’est toujours pour mieux illustrer les sentiments forts de ses personnages, à l’opposé total de la nature lissée de certains héros dans le domaine de l’animation. Il y a une poésie qui irradie l’écran et nous laisse la larme à l’œil dans sa manière d’avoir su détourner un point pour mieux nous bouleverser.

En effet, comment ne pas être marqué par la façon de faire d’une société basée sur une argumentation manichéenne et n’hésitant jamais à répéter les mêmes erreurs, encore et encore, sans se questionner sur sa pertinence d’agir comme cela ? Au vu des actualités récentes où certains n’hésitent pas à jouer la carte de la différence pour diviser plutôt qu’unir, le film se trouve une intelligence sociétale qui reste d’un fond des plus réussis, surtout dans un domaine aussi décrié et rabaissé que l’animation familiale. Il se permet également de traiter de thèmes comme le rapport au deuil en arrière-plan avec une douceur des plus touchantes au vu de la dureté de ce qui est abordé.

La mise en scène conforte cette direction en trouvant une inventivité au service du récit, tel ce plan tournant autour de notre héros pour mieux adopter sa vision ou tout simplement ce jeu sur l’arrière-plan au début pour mieux situer le rapport de Norman avec sa grand-mère. Il y aurait bien trop d’idées visuelles à énoncer à ce niveau pour une modeste critique mais on soulignera le bonheur de voir un film éviter de jouer la carte du « jeu sur les clichés » sans savoir les maîtriser ou aller dans le rigolard le plus simpliste possible. C’est un film qui a de la chair, du cœur et (ça tombe bien quand on parle de zombies) un cerveau et sait comment allier le tout pour faire mouche dans ce qu’il tente.

On pourrait sans doute parler des pages et des pages de ce qui rend « L’étrange pouvoir de Norman » indispensable à regarder mais le mieux est de le faire. En effet, c’est typiquement le genre de films qui, à l’instar de toutes les œuvres du studio Laika, se construisent une réputation de plus en plus forte et qui méritent d’être chéris en permanence et ce qu’importe leur âge. On pourra reparler de sa richesse de thèmes, que ce soit ceux abordés plus hauts ou d’autres comme la confrontation adulte/jeunesse exhortant celle-ci à ne pas refaire les erreurs d’antan, la violence facile d’une communauté envers ce qui sort de l’ordinaire et sa façon de l’ignorer ou bien la difficulté pour tout un chacun de communiquer, avec ses proches ou ses défunts qu’on pleure encore. Nous pourrions revenir un long moment sur ses splendides plans ou bien la beauté permanente qui se dégage du tout en dehors de ses morceaux d’humour macabre. Mais rien ne vaudra le fait de voir un tel film pour se laisser emporter par sa réussite des plus merveilleuses. Alors arrêtez ce que vous faites et regardez « L’étrange pouvoir de Norman », vous ne regretterez pas la découverte d’un tel long-métrage.

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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