Madre : blessure béante

25/11/2020

Titre : Madre

Réalisateur : Rodrigo Sorogoyen

Avec : Marta Nieto, Jules Porier, Alex Brendemühl, ...

Genre : Drame

Durée : 2h09

Nationalité : Espagne, France

Sortie : VOD 25 novembre DVD/Blu Ray 2 décembre

Résumé : Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu…

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L’ouverture du film de Rodrigo Sorogoyen constitue un pur cauchemar. Il lui suffit en effet d’un long plan séquence pour mettre en scène l’un des cauchemars que doivent se partager tous les parents : la perte d’un enfant. Les minutes s’égrènent avec une douleur des plus intenses, l’impossibilité d’action d’Elena étant perpétuellement mise en avant et donnant à un lieu qui semble si familier par sa nature ordinaire l’empreinte intemporelle des fantômes du regret. C’est bien simple : on est pris à la gorge par cette ouverture et il est dur de ne pas se sentir étouffé, souffrant en même temps que notre héroïne et créant un lien que le long-métrage ne cherchera jamais à briser.

Dès lors, le restant du long-métrage va reposer sur ce traumatisme avec des conséquences bien évidemment destructrices sur le personnage principal. Son impossibilité de tourner la page va dès lors se cristalliser dans cette rencontre avec un autre garçon. Sorogoyen va illustrer ce malaise avec des plans rallongés à l’extrême et soulignant les difficultés d’Elena à avancer. Cet étirement temporel risque d’en fatiguer certains (à raison) mais permet de mieux faire ressentir le déchirement intérieur du personnage, quitte à mettre sur le carreau par la difficulté de ce qui est narré. Le film est en ce sens bien aidé par la justesse de son casting, permettant de mieux comprendre leurs ressentis dans une œuvre des plus difficiles.

Gérant ses cadres de façon remarquable (l’étendue de la mer ne permettant pas d’offrir à Elena la possibilité d’échapper à ses blessures) et jouant sur la lenteur pour mieux frustrer les spectateurs espérant des réponses comme notre héroïne, « Madre » parvient à traiter de deuil et de perte en faisant résonner tout le restant de son récit la douleur sourde de son ouverture. Voilà un film qui n’est pas facile à appréhender totalement mais qui parvient néanmoins à marquer, pour le meilleur comme pour le pire…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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