Mentally, I'm here : bienvenue dans votre imaginaire

11/11/2020

Les temps sont ce qu’ils sont, inutile de le rappeler, ou bien est-ce seulement utile de le rappeler pour les temps à venir. Nous vivons aujourd’hui une époque étrange, trouble, compliquée. Nous voilà, pour beaucoup, contraints (puisque les arrêtés le disent) de rester chez nous. Sous un toit, entre quatre murs, voire plus, avec le confort ou l’inconfort échus à chacun. La compagnie elle non plus n’est pas toujours égalitaire, on peut passer nos journée seuls, entourés, pas assez ou un peu trop. Drôle de situation. Mais cette dernière me mène forcément à me questionner sur ce terme de maison, à penser à la notion de chez-soi, à ce que représente ce chez-soi, à ce qu’il peut être et ce qu’il peut incarner pour nous mais aussi à la manière dont il a été traité à l’écran. C’est le sujet de cet article, un tour d’horizon de ces intérieurs et extérieurs célèbres qui ont marqué notre imaginaire collectif (ou à tout le moins qui ont imprimé leur marque dans mon imaginaire), une manière d’observer le rôle qu’a pu jouer une maison dans ces séries que l’on visionne depuis notre intérieur, avec peut-être plus d’assiduité ces temps-ci. La petite sélection qui suit correspond aux premières scènes qui me sont venues à l’esprit, sans réel ordre ni véritable importance.

La maison familiale, généreuse et encombrée.

Maison cocooning s’il en est, les maisons de nos protagonistes tout droit sortis de chez Mickey ne semblent avoir qu’un seul mot d’ordre : chaleur. Au premier regard, ces intérieurs donnent l’impression d’être désordonnés, fouillis. Ils débordent d’objets en tout genre, de bibelots, de couleurs et de confort. C’est une caractéristique à part entière de la série TV familiale, qui colle à l’atmosphère et à l’intrigue : ça va dans tous les sens, mais cela reste contenu. Après tout, la majeure partie de l’action est censée se jouer dans ces intérieurs. L’on pourrait presque entendre, dans cette seule image, tous les rires qui ont explosé entre les murs, tous les pas qui ont retenti sur le sol, tous les couinements du canapé quand s’affale dessus l’un des personnages. L’on pourrait même entendre les rires préenregistrés, et peut-être même, quelque part, le souvenir du nôtre il y a bien longtemps de cela.

La maison personnage. L’exemple de Hill House et Bly Manor.

Il est une citation que j’apprécie tout particulièrement, qui résonne toujours en moi en cela que chaque mot incarne si bien ce que l’intériorité de l’homme et celle d’une maison se répondent avec une déconcertante similarité :

« Presque tous les hommes ressemblent à ces palais déserts dont le propriétaire n’habite que quelques pièces ; et il ne pénètre jamais dans les ailes condamnées. » (François Mauriac, Journal).

A ces mots, comment ne pas penser à Hill House et Bly Manor, ces deux célèbres volets d’une série plus dramatique que d’horreur ? Dans Hill House tout comme dans Bly Manor, la maison est au cœur de l’intrigue, elle est ce lieu intangible, ce corps qui voit le temps passer et que les humains habitent, donnent souffle, hantent de leur présence et, inévitablement, de leur absence. Ce sont des demeures fières, imposantes et un peu austères, il est vrai. Dans Hill House, la maison est clairement comparée à un corps humain, avec son cœur, ses organes, ses veines. Plus qu’un lieu de vie, c’est un lieu en vie. La beauté de ces deux saisons tient au fait que l’exploration des peines et des souffrances de ceux qui ont habité chaque demeure s’incarne dans chaque pièce, chaque recoin. Les ailes condamnées sont pleines de souffrance, voilà pourquoi personne ne devrait y pénétrer. Mais elles sont là, elles existent, elles occupent une place en nous que nous devrons presque toujours affronter. Le soin apporté dans la filmographie de cette série témoigne de toute l’importance accordée aux maisons. Elles en sont devenues emblématiques et leur intérieur fait immédiatement naître chez le spectateur ce qui court dans les veines de ses habitants/acteurs : un souffle à part.

Le manoir : maison ancestrale et historique qui porte en elle le souvenir de générations.

Situé à San Francisco dans la fiction mais bel et bien bâti à Los Angeles, le manoir des sœurs Halliwell est peut-être une des demeures les plus emblématiques pour les habitués de la trilogie du samedi. Dans cette histoire de sorcières et de famille, nous avons suivi sur plusieurs saisons les aventures des sœurs Halliwell dans et en dehors du manoir familial. Ce dernier a été le témoin de nombreuses attaques démoniaques mais aussi de moments de joie. On constate dans ce manoir l’ancrage à la fois des âmes et des corps des êtres qui l’ont peuplé, ils y reviennent toujours comme ils reviendraient dans leur port d’ancrage. Les bois, les murs, les marches, … tous portent en eux un souvenir pour leurs occupantes qui les ont connus dès leur plus tendre enfance. A bien des égards, nous aussi, en tant que spectateurs, avons fini par développer une certaine proximité avec ce lieu qui pourrait peut-être faire désormais partie intégrante de nos souvenirs d’enfance.

 

La collocation : cette maison pas comme les autres

Autre exemple de situation de vie dans laquelle on peut se retrouver pris pendant cette période : la collocation. Espace partagé, il est le lieu de vie de plusieurs personnes et s’en trouve forcément impacté. Les différentes personnalités des différents occupants s’y expriment. Dans ce fameux salon partagé par Léonard et Sheldon dans la série The Big Bang Theory, une certaine chaleur se dégage des meubles aux tons chauds ainsi que de leur matériau qui confine à un semblant de neutralité, mais cela n’empêche pas certaines excentricités de se faire jour, dans les petits détails. Cela reste un lieu de vie à l’image de ce que l’on trouve dans d’autres comédies : beaucoup de babioles, de bruits, qui donnent l’impression d’un lieu plein de vie et d’histoires avec un espace central assez aéré pour laisser l’action se faire et donner aux acteurs tout l’espace qu’il faut pour incarner toute une histoire. Ce décor est donc assez typique des comédies où l’on va suivre une bande d’amis et reste donc très proche de celui où l’on va vivre avec toute une famille.

La vie de château. 

Candélabres, tapisseries délicates, tableaux imposants, matériaux nobles et grands espaces, nous voici en compagnie de la haute société anglaise. Se déroulant dans l’Angleterre des années 20 et filmée en majeur partie dans le château de Highclere Castle à Newbury, la série Downton Abbey nous dépeint la vie d’une famille aristocratique ainsi que celle de ses domestiques. Cette dichotomie, qui nous intéresse ici, se traduira donc tout naturellement dans les deux lieux de vie. Si on retiendra surtout le hall majestueux où déambulent les membres et amis de la famille Crawley, la cuisine où s’activent les domestiques est non moins mémorable. Et pour cause, de l’aveu-même du chef décorateur Donal Woods : « Si l’intrigue se déroule dans une seule maison, il y a bel et bien deux mondes différents. Le monde du niveau supérieur au-delà des escaliers, où se trouvent les salles de réceptions, les chambres ainsi que les salles à manger, a été travaillé de sorte à ce qu’il ressemble à un environnement au faste Technicolor. Le monde en-deçà des escaliers s’apparente à un film noir. » Downton Abey nous montre ainsi à quel point une seule demeure (certes bien vaste) peut incarner différentes vérités et différentes atmosphères. 

 

Toutes ces maisons, tous ces intérieurs, et parfois extérieurs, nous ont accompagnés, nous accompagnent toujours et d’autres nous accompagneront peut-être, mais ils sont une formidable matière à réflexion quant à ce que nous appelons un chez-soi. A la vue de certains de ces décors, quelque chose en nous s’éveille étrangement, comme si nous ravivions des souvenirs étouffés, et pour cause nous avons pris une étrange habitude, celle de vivre de manière très visuelle à travers divers personnages au sein de lieux tout aussi divers et variés et parfois pendant si longtemps et ce de façon bien différente de celle des livres qui ne s’appuyaient que sur notre imagination et la faculté des mots à évoquer tout un monde. Cependant, nous avons nous aussi nos demeures, celles qui nous ont vu naître, grandir, partir et d’autres qui nous ont à nouveau accueillis et dans lesquelles on se retrouve, aujourd’hui peut-être de façon encore plus vivace, habitué à contempler les mêmes coins. Pour le philosophe Gaston Bachelard, la maison est propice à la rêverie, à l’onirisme ; nous nous y réfugions tout comme nous en préparons notre sortie. Dans un même ordre d’idées, Gilles Hieronimus, professeur de philosophie et chercheur associé à l’université de Lyon III, évoque en ces termes la vision de Bachelard : 

« Nous oscillons sans cesse entre la maison réelle et la maison imaginée, nous vivons dans la zone intermédiaire de la rêverie qui se nourrit d’un contact vivant, incarné, avec les éléments naturels dont Bachelard a parlé dans ses ouvrages poétiques antérieurs : l’eau, l’air, la terre, le feu. Pour lui, la rêverie n’est ni le rêve ni la rêvasserie mais une démarche active et passive à travers laquelle nous nous rendons réceptifs à l’esprit des lieux pour développer une rêverie personnelle. Rêver chez soi permet de mieux habiter. »

Peut-être trouverez-vous dans ces mots et dans ce qu’ils évoquent un certain réconfort et laisserez-vous habiter votre chez-vous et, par chance, rêver. En attendant, voici encore quelques photos d’intérieurs célèbres, saurez-vous deviner la série d’où ils sont tirés ?

1.

2.

3. 

4. 

5.

94s kid. Je vis d’art, d’astres et d’eau fraîche. Je suis, semble-t-il, attachée à la littérature, aux séries et aux langues (entre autres choses tout aussi folles). Je combats les caprices des mots sur le champ des idées coincées sur la langue. Je peux faire d’une série un long film de quatorze heures et la traduction, c’est sacré !
0 I like it
0 I don't like it

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *