Euphoria épisode spécial – Une parenthèse mélancolique captivante

14/12/2020

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Titre : Euphoria épisode spécial ("Le malheur n'est pas éternel")

Créée par : Sam Levinson

Avec : Zendaya, Colman Domingo, Hunter Schafer, ...

Format : 54 minutes

Diffusion : 4 décembre 2020 (OCS)

Genre : Drame

Résumé : Rue a replongé. Elle retrouve Ali, son parrain des Narcotiques Anonymes, le soir du réveillon de Noël.

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Alors que sa très attendue saison 2 a été retardée en raison de la pandémie, Euphoria revient le temps de deux épisodes spéciaux pour faire patienter les fans. Le premier épisode, intitulé « Trouble Don’t Last Always », est consacré à Rue -toujours incarnée par la sensationnelle Zendaya- et propose un échange bouleversant entre l’héroïne et Ali, son parrain des Narcotiques Anonymes, le soir du réveillon de Noël. Le créateur Sam Levinson a su s’adapter avec ingéniosité aux limites imposées par les conditions Covid et nous offre une parenthèse mélancolique absolument splendide, d’une puissance inattendue avec son minimalisme apparent. Une petite merveille à l’état brut.

C’est en 2019 que nous avions pu découvrir pour la première fois cette teen-série signée HBO. Une première saison tant saluée que décriée, qui s’était particulièrement faite remarquer pour son style unique. En effet, la série de Sam Levinson a pu choquer comme déstabiliser à sa sortie, avec ses représentations parfois trash de la jeunesse, entre nudité et consommation de drogues diverses et variées, la série en aura laissé certains perplexes. Mais Euphoria, ce n’est pas que ça, c’est également une expérience visuelle unique, avec une cinématographie tant époustouflante que captivante qui a en grande partie participé à son succès, une bande originale incroyable signée Labrinth et un casting extrêmement talentueux représentant la jeunesse contemporaine dans toute sa complexité. La caractérisation d’une jeunesse tourmentée, soumise à une pression permanente à tant de niveaux, et sous l’emprise des réseaux sociaux et de la drogue. En effet, la première saison s’attardait largement sur l’addiction de son héroïne, double de son scénariste et réalisateur, qui a avoué avoir lui-même passé une large partie de son adolescence en cure de désintoxication et pour qui le thème est donc central. Que vous adoriez ou détestiez Euphoria, sa beauté -tant dans son approche scénaristique que dans ses visuels splendides- est incontestable.

La première saison se terminait par la rechute de Rue dans la drogue, après avoir été abandonnée sur le quai de la gare par Jules (Hunter Schafer). L’héroïne s’effondrait sur son lit suite à sa replongée dans les méandres de l’addiction. Elle était ensuite soulevée hors de son lit, projetée contre les murs de sa maison jusque dans son salon où elle prenait un à un les membres de sa famille dans ses bras, avant d’être poussée vers l’extérieur. Dehors, une imposante chorale l’attendait. On suivait alors Rue dans un numéro musical spectaculaire, tant fascinant que déchirant. Entonnant avec la chorale les paroles de « All For Us » de Labrinth, elle se retrouvait propulsée en l’air, de haut en bas, par cette foule animée. Une représentation visuelle quasi théâtrale de sa rechute dans la drogue, à la fois réconfortante et brutale. Une séquence clé et puissante de la série, se concluant par Rue escaladant un enchevêtrement de corps en mouvement, agités de soubresauts, la poussant jusqu’au sommet d’où elle se laissait tomber et disparaissait de notre vue en même temps que la première saison s’achevait. Une conclusion hautement symbolique qui nous laissait tout de même dans le flou quant au sort réservé à l’héroïne.

L’épisode spécial « Trouble Don’t Always Last » (« Le malheur n’est pas éternel ») commence sur les notes de « All For Us » sur lesquelles la première saison s’était conclue. Ce nouveau chapitre s’ouvre sur Rue et Jules qui apparaissent heureuses dans l’appartement en ville de Jules. Un moment d’une réelle douceur, une vision de ce qui aurait pu se passer si Rue s'était enfuie avec elle. Puis, la rêverie prend fin et nous retrouvons Rue, en pleine rechute, dans un restaurant quasi vide où elle partage des pancakes avec son parrain des Narcotiques Anonymes, Ali (Colman Domingo), le soir du réveillon de Noël. De là, l’épisode se déroule presque entièrement au Frank's Restaurant, présentant un échange intime et puissant entre deux âmes amochées.

Rue a replongé, Ali le sait. Alors qu’il tente de la raisonner, de l’encourager à retrouver le chemin de la sobriété, sa jeune protégée se confie sur sa relation avec Jules et exprime ses doutes, ses peurs et ses failles les plus intimes, ainsi que les raisons pour lesquelles elle ne veut pas rester clean. Leur conversation est longue et intense, tant captivante que bouleversante. Les thèmes sont variés, actuels et difficiles, oscillant entre les regrets, la religion, le mouvement Black Lives Matter, le capitalisme, la santé mentale, la mort du père de Rue, ou encore Jules. Mais la conversation revient toujours à son thème central : l’addiction. Les deux personnages abordent sans filtre et avec une sincérité saisissante les dommages de l’addiction. Au cours de cet échange, Ali se dévoile davantage, l’occasion d’en apprendre un peu plus sur ce personnage qui était jusqu’à présent relayé au second plan. En tant qu’ex-toxicomane, il partage à sa jeune protégée certains des moments les plus sombres de sa vie alors qu’il consommait et expose les dégâts que la drogue engendre sur l’environnement d’un toxicomane ainsi que sur sa propre santé mentale. L’occasion également de constater, à mesure qu’elle révèle ses failles, que Rue n’est peut-être pas une narratrice aussi fiable que l’on aurait pu le penser. De plus, le dialogue est si soigneusement et magnifiquement élaboré qu'il est difficile de ne pas se sentir faire partie de cet échange intense si captivant.

Mais au-delà des dialogues brillants, ce sont les performances remarquables des deux acteurs qui donnent complètement vie à ces personnages. Zendaya, récompensée d’un Emmy Award en septembre 2020 pour son interprétation (et devenue à cette occasion, à vingt-quatre ans, la plus jeune actrice de l'Histoire à remporter le Emmy Award de la Meilleure actrice dans un rôle dramatique), se glisse à nouveau dans le rôle de Rue, continuant d’explorer dans une performance réellement touchante la complexité de ce personnage en perdition, luttant contre ses démons. Mais c’est bien Colman Domingo qui brille de bout en bout dans cet épisode spécial. Sa performance est d’une intensité saisissante, il y manifeste les émotions multiples ressenties par son personnage : ses regrets, sa frustration, sa solitude, sa tristesse. Dans cet épisode, Ali se livre et s’affirme alors qu'il essaie d'aider Rue à se ressaisir.

« Trouble Don’t Always Last » ressemble à peine à la série, sobre et sans artifices, abandonnant les paillettes et les visuels extravagants qui ont rendu son style si reconnaissable. Un choix risqué et surprenant. Et pourtant cela marche. C’est ce qui le rend si spécial. Ainsi, une fois les artifices abandonnés, l’attention est portée uniquement sur l’essentiel, sur ces deux personnages et leur échange à cœur ouvert sur l’addiction, sur la vie et ses difficultés. Une conversation importante. En effet, les mots sont les seules actions de cet épisode, mais leur poids en est presque palpable. Toutefois, Sam Levinson trouve des moyens de rompre avec la monotonie visuelle pouvant s’installer, notamment grâce à une séquence qui s’apparente à une sorte d’entracte durant laquelle Ali sort passer un coup de fil pendant que Rue sort ses écouteurs et lance « Me in 20 Years » de Moses Sumney. Une séquence qui se révèle tout aussi touchante que le reste de l’épisode.

En conclusion, cet épisode spécial d’Euphoria est une réussite. Une parenthèse mélancolique à la puissance émotionnelle surprenante. Son contraste avec le reste de la série est tant risqué qu’ingénieux. C’est, en réalité, ce qui le rend si spécial. Les conditions sanitaires imposées par le Covid-19 ont limité les moyens en termes de production mais Sam Levinson a su trouver une solution astucieuse et efficace, en abandonnant toutes les extravagances qui ont fait la renommée de sa série pour privilégier une approche simple et sobre et pourtant d’une puissance remarquable, en partie grâce à des dialogues sincères, profonds et touchants et des performances splendides de la part des deux acteurs. L’épisode est disponible sur OCS en France. Et dans l’attente de la saison 2, prévue pour 2021, le second épisode spécial, consacré à Jules cette fois, sera diffusé le 24 janvier prochain.

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