Kubo et l'armure magique : chef d'oeuvre, tout simplement.

30/12/2020

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Titre : Kubo et l'armure magique

Réalisateur : Travis Knight

Avec : Charlize Theron, Art Parkinson, Ralph Fiennes, ...

Genre : Aventure, drame, fantasy

Durée : 1h41

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2016

Résumé : Kubo est un être aussi intelligent que généreux, qui gagne chichement sa vie en sa qualité de conteur, dans un village de bord de mer. Cette petite vie tranquille, ainsi que celle de ses compagnons Hosato, Hashi et Kamekichi va être bouleversée quand par erreur il invoque un démon du passé. Surgissant des nues cet esprit malfaisant va abattre son courroux sur le village afin d’appliquer une vindicte ancestrale. Dans sa fuite, Kubo fait équipe avec Monkey et Beetle, pour se lancer dans une épopée palpitante afin de sauver sa famille et percer le secret de la chute de son père, le plus grand samouraï que le monde ait jamais connu. À l’aide de son Shamisen- un instrument musical magique-il va affronter toutes sortes de dieux et de monstres, notamment le terrible Moon King assoiffé de vengeance ainsi que les affreuses sœurs jumelles afin de dénouer le mystère de son héritage, réunir sa famille et accomplir sa destinée héroïque

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Cela faisait un très long moment que l'auteur de ces lignes souhaitait aborder ce film pour NineHank. On en avait déjà parlé un peu lors du dossier sur les studios Laika mais ce besoin de parler de cette œuvre grandissait encore et encore tant il semble que le film de Travis Knight mériterait bien plus d'être célébré là où on le laisse dans l'ombre de ses concurrents comme Disney. Pourtant, osons le dire haut et fort : à une époque où le terme chef d'oeuvre est régulièrement galvaudé au point d'en perdre de sa puissance significative, « Kubo et l'armure magique » en constitue indéniablement un.

D'un point de vue technique, nous sommes déjà à un aboutissement pour les studios Laika tant l'animation parvient à être sur le fil d'un style saccadé inhérent à la stop-motion tout en exploitant au maximum les possibilités de la technique pour avoir une forme de fluidité visuelle ouvrant à une ambition encore plus dévorante. Si certains puristes râleront de l'usage du numérique dans certains aspects tels quelques personnages d'arrière-plan ou la mer ouvrant le film, c'est pour mieux aider à la narration d'un pur conte fantastique. On pense même que la remarque de Monkey sur « de la triche dans l'origami » est un clin d'oeil à cet usage, tout comme les premières répliques de Kubo rappellent la quantité de travail derrière chaque image du long-métrage.

D'ailleurs, comment fermer les yeux ne serait-ce qu'une seconde devant une telle merveille visuelle ? Les plans sont perpétuellement inspirés, bien aidés par une esthétique riche qui permet de faire deviner toute l'ampleur de l'univers derrière son intrigue jouant sur la structure du monomythe. La photographie colorée appuie les choix visuels du film et permet d'embellir ses décors, rendant certains instants encore plus remarquables (l'arrivée des tantes ou bien le récit d'une rencontre). Pour son premier long-métrage comme réalisateur, Travis Knight met à profit son expérience en tant qu'animateur pour offrir un spectacle aussi bien ambitieux dans ses proportions (à l'image de son squelette géant, clin d'oeil rempli d'amour au maître du genre Ray Harryhausen) qu'intime dans son chemin émotionnel.

Si le film invoque en effet des forces gigantesques et des figures de guerriers à la personnalité telle que leur statut peut paraître imposant, cela reste la quête émotionnelle d'une jeune garçon confronté à un conflit familial qui le dépasse. Cela paraît d'une simplicité si apparente qu'elle rend le chemin sentimental désarmant. Ce sont des enjeux universels qui fonctionnent toujours autant, notamment car ils sont mis en avant dans ce rapport entre macrocosme/microcosme où toute émotion se retrouve exacerbée avec une force qui transpire tout simplement de l'image. Sans tomber dans l'alambiqué, que ce soit par rapport à son monde, son histoire ou ses personnages, le film parvient à être passionnant et offrir une richesse à tous les niveaux.

On pense ainsi au rapport à l'art et la création en général. Le titre original est d'ailleurs plus équivoque sur ce point, « Kubo and the two strings » faisant référence au shamisen dont joue notre héros pour éveiller ses figures de papier. C'est l'art notamment qui permet de rendre quelqu'un immortel par le récit de ses souvenirs à travers le temps ou bien de faire comprendre à l'autre sa propre histoire. La déclaration d'amour de Knight à ses collaborateurs de Laika est des plus évidentes tant on sent que Kubo synthétise les velléités artistiques du studio. On célèbre le droit à la création à un point où il surpasse la volonté de vengeance ou d'affrontement des personnages.

On aperçoit rapidement dans l'un des décors une statue de guerrier détruite et marquée par le temps et ce simple détail parvient à appuyer la nature anti-belliciste du film. Il est devenu si récurrent de nos jours que la conclusion d'un récit passe par un affrontement physique que c'en est devenu tout bonnement une norme. Pourtant, en détournant cet aspect par une possibilité de pardon et de rédemption, le film parvient à s'inscrire dans un autre courant plus positif. Répéter les mêmes erreurs en plongeant dans une violence destructrice ne résout rien et mène même à perpétuer tout simplement un cycle d'agressivité à travers les années. Le combat ici se fait dès lors intérieur, entre l'envie de se venger suite à tout ce qu'on a subi ou bien tout simplement accepter et pardonner pour pouvoir un jour tourner la page et rendre son monde meilleur.

Si le film cite directement dans son générique « La Vague » d'Hokuzai, il parvient à ne pas être un simple mélange d'histoires et se recentre sur une structure connue tout en l'enrichissant par la bonté et la beauté de ses personnages. On a déjà cité quelques points ici mais on sent clairement une richesse narrative que l'on ne va pas plus expliciter mais qui parvient à toucher de nombreux points sans alourdir quoi que ce soit. Mais si le récit a beau paraître linéaire et simple, il n'est en aucun cas simpliste. Les quelques traits d'humour fonctionnent et la dramaturgie de l'ensemble est d'une force qu'il se permet même de prendre des orientations moins faciles à vendre dans le domaine du film d'animation familial mais néanmoins importantes dans ce qu'il cherche à raconter.

Si l'on pouvait, on écrirait encore plusieurs dizaines de pages sur ce film mais il vaut mieux s'arrêter ici pour que vous puissiez le découvrir par vous-même. « Kubo et l'armure magique » est en effet un pur chef d'oeuvre réussissant dans tout ce qu'il fait pour mieux émouvoir, divertir, émerveiller mais surtout offrir une bonne histoire chargée de sentiments et de réflexions. Il est beau de découvrir pareille œuvre, il est encore plus beau de s'y replonger et repérer tous les trésors cachés de ce long-métrage que l'on ne célébrera jamais assez .

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