Miss Révolution – Les multiples facettes de la lutte pour les droits des femmes

04/12/2020

Titre : Miss Révolution (V.O : Misbehaviour)

Réalisateur : Philippa Lowthorpe

Avec : Keira Knightley, Gugu Mbatha-Raw, Jessie Buckley, Greg Kinnear, Loreece Harrison, Keeley Hawes, Lesley Manville, Rhys Ifans, Suki Waterhouse, Clara Rosager, Emma Corrin, ...

Genre : Drame, historique

Durée : 1h46

Nationalité : Britannique

Sortie : 2020

Résumé : À la fin des années 60, le concours de Miss Monde est regardé par des millions de spectateurs. En 1970, le Mouvement de Libération des Femmes investit la compétition en plein direct. Cette intervention perturbera à jamais le cours de l'histoire de Miss Monde.

Plus de 100 millions de téléspectateurs ont été témoins de cet événement et pourtant celui-ci semble quelque peu oublié de nos jours. En 1970, le concours Miss Monde à Londres est brièvement interrompu par un groupe de militantes du Mouvement de Libération des Femmes, venues exprimer leur colère à l’encontre du concours et de son objectivation des femmes, à renfort de bombes de farine et de slogans engagés. Dans Miss Révolution, la réalisatrice Philippa Lowthorpe (The Crown, The Third Day, Swallows and Amazons) revient sur ce coup de projecteur médiatique oublié, recréant pour cela la société britannique des années 70 avec les attitudes sexistes et racistes de cette époque, qui imprégnaient de nombreux domaines de la vie. L’intrigue suit en parallèle le parcours des militantes et celui des participantes du concours Miss Monde. Un choix qui permet ainsi d’exposer les différents points de vue des divers personnages impliqués plus ou moins directement dans ce moment d’histoire. Reines de beauté et féministes ont chacune leur mot à dire ! Gâtée d’une distribution impressionnante, menée par une Keira Knightley toujours aussi géniale, accompagnée entre autres de Jessie Buckley, Gugu Mbatha-Raw, Lesley Manville, Rhys Ifans ou encore Greg Kinnear, cette comédie historique maintient un équilibre agréable entre ses éléments dramatiques et comiques. En s’intéressant à cette histoire, Miss Révolution permet de revenir sur le mouvement féministe du XXème siècle et plus particulièrement sur le rôle déterminant de la seconde vague de féminisme dans la lutte continue -même encore à l’heure actuelle- pour les droits des femmes.

L’intrigue prend place cinquante ans plus tôt, en Angleterre, alors que le Mouvement de Libération des Femmes est en plein essor. Dans ce contexte, Sally Alexander (Keira Knightley) est une femme moderne qui cherche à se faire une place dans la société. Mère divorcée vivant à Londres, elle aimerait reprendre ses études mais le monde universitaire dominé par l’ordre masculin ne lui rend pas la tâche si facile. Mais Sally veut sa place à la table et elle compte bien se battre inlassablement pour briser ce plafond de verre qui semble indestructible. Alors que celle-ci entreprend son combat afin d’affirmer sa place dans la société en tant que femme, elle croise le chemin de Jo Robinson (Jessie Buckley), une jeune militante déterminée. Rapidement, Sally décide de rejoindre le mouvement féministe dont Jo est membre. Ensemble, les militantes unissent leurs forces et élaborent un plan pour infiltrer le concours Miss Monde afin de manifester contre celui-ci, qui représente à leurs yeux une objectivation des femmes.

Pendant ce temps, Bob Hope (Greg Kinnear), célèbre présentateur du petit écran, se prépare à reprendre son rôle de maître de cérémonie pour la finale du concours. Une décision avec laquelle sa femme (Lesley Manville) n’est pas très à l’aise, étant donné le passé assez mouvementé de son mari avec le concours. Enfin, à Londres, les concurrentes venues du monde entier sont accueillies par les Morleys (Keeley Hawes et Rhys Ifans) et s’apprêtent à finaliser les derniers détails pour l’événement dans des sessions de répétitions tant intensives que minutieuses. Parmi elles, la toute première Miss Grenade, Jennifer Hosten (Gugu Mbatha-Raw), et Pearl Jansen (Loreece Harrison), Miss Afrique du Sud, aux côtés de Jillian Jessup (Emma Corrin), à l’époque où leur pays est divisé par l’apartheid.

Les personnages présentés sont tout aussi réels que les faits dont le film s’inspire -les véritables femmes dont celui-ci s’inspire font d’ailleurs l’honneur d’apparaître brièvement avant le générique de fin-. Le scénario de Rebecca Frayn et Gaby Chiappe s’attache à donner une dimension à tous ses protagonistes, incarnés par une distribution de haut vol. Keira Knightley (Pirates des Caraïbes, Orgueil et Préjugés, The Duchess, Reviens-moi) est toujours aussi impeccable qu’à son habitude dans le rôle de Sally Alexander, une femme particulièrement fascinante. Celle-ci a une vie de famille relativement atypique pour l’époque : mère divorcée, elle vit avec son nouveau partenaire qui la soutient pleinement, contrairement à sa mère qui ne croit en rien de ce qu’elle entreprend ou défend. Sally pense que si elle peut travailler dans le système, elle peut changer ce système, mais elle réalise assez rapidement que ce n’est pas quelque chose de possible à court terme. Même si elle parvient à s’asseoir à la table, faire entendre sa voix une fois là-bas est une toute autre histoire, notamment pour une femme dans cette société. En effet, une fois à l’université, les hommes ne la laissent littéralement pas parler. C’est cette raison qui l’amène à entreprendre des actions plus directes au sein du Mouvement de Libération des femmes, afin de faire réellement entendre sa voix. Toutefois, pour Sally, la meilleure solution pour faire évoluer les choses est de combiner les deux types d’actions ensemble tout au long de son parcours : les actions directes et travailler au sein même du système. A ses côtés, Jessie Buckley (Wild Rose, Je veux juste en finir) brille, glissée dans la peau de la féministe déterminée et fougueuse Jo Robinson, qui veut mettre fin au patriarcat et faire entendre sa voix de femme. Pour cela, elle passe une grande partie de ses journées à défendre sa cause en peignant des slogans engagés à la bombe sur des affiches et panneaux publicitaires de la ville.

De leur côté, Gugu Mbatha-Raw et Loreece Harrison délivrent également d’excellentes performances, avec une élégance sereine pour la première et tout en charme et bonté pour la seconde. Elles incarnent respectivement Jennifer Hosten et Pearl Jansen, deux participantes au concours Miss Monde, pour qui celui-ci a un sens bien différent. Il est pour elles à la fois une opportunité qui pourrait leur ouvrir de nouvelles portes et également un moyen de montrer aux petites filles, et plus largement au monde entier, la diversité de la beauté. Les autres concurrentes ont, elles aussi, chacune leur petit moment dans le long-métrage, même si avec tout ce beau monde il peut être difficile pour chacune d’avoir assez de place pour être réellement géniale. Clara Rosager se distingue par exemple en Miss Suède, mais elle rejoint Suki Waterhouse -Miss Etats-Unis- (Love, Rosie ; Divergente 2) et Emma Corrin -Miss Afrique du Sud- (The Crown), qui n’ont pas exactement assez de matière à se mettre sous la dent pour vraiment briller. Quant à eux, Greg Kinnear (Little Miss Sunshine, Pour le pire et pour le meilleur) et Rhys Ifans (Coup de foudre à Notting Hill, Harry Potter) interprètent parfaitement les antagonistes Bob Hope et Eric Morley, deux hommes particulièrement détestables. Ifans est Eric Morley, fondateur du concours de beauté Miss Monde, un homme obstinément réticent au changement, à tel point que sa femme Julia (Keeley Hawes) s’amuse à dire qu’il « vit à jamais dans les années 50 ». Quant à lui, l’insupportable Bob Hope, présentateur star du concours, un homme désespérément sexiste et misogyne, qui finit par désabuser son épouse avec son attitude, est dépeint avec une certaine réussite par Greg Kinnear.

Bien qu’étant une version simplifiée de la réalité, le film de Philippa Lowthorpe expose l’essor de la seconde vague de féminisme en Angleterre. Plus complexe qu’il n’y paraît, ce portrait quelque peu satirique de cette époque et de ses attitudes revient sur le concours Miss Monde 1970, un événement mémorable pour diverses raisons : d’abord, pour avoir été interrompu à coup de bombes de farine par des militantes féministes révoltées par le traitement des femmes sur cette compétition, mais également pour avoir sacré Miss Grenade, faisant d’elle la première femme noire et de surcroit la première femme de son pays à remporter le titre. Sans grand dynamisme, le long-métrage parvient toutefois à naviguer habilement dans la difficulté de divertir d’une part et d’autre part, de représenter à la fois la collision des attitudes tant sexistes que racistes de l’époque ainsi que l’essor grandissant de la seconde vague féministe qui organise des actions pour attirer l’attention des médias. Celui-ci dénonce ainsi le sexisme que ces femmes révoltées s’efforcent de combattre. Ce sexisme est représenté sous les différentes formes qu’il aborde. Deux scènes sont particulièrement marquantes : l’une lorsque, lors de l’entretien d’entrée à l’université, Sally est interrogée par un groupe d’hommes sur son système de garde d’enfant, une question qui ne serait par exemple jamais posée à un homme. L’autre scène, plus choquante, prend place lors de la compétition, les concurrentes sont alors invitées à se tenir debout en maillot de bain, le dos tourné aux juges et aux caméras, afin que ceux-ci puissent voir leurs derrières. Une scène permettant parfaitement d’illustrer le traitement indécent des femmes adopté par le concours, celles-ci étant notamment présentées par le biais de leurs mensurations, ce que les militantes féministes comparent à une vente aux enchères de bétail.

Une des grandes réussites de Miss Révolution est sa faculté à parvenir à montrer le point de vue des femmes des deux côtés, c’est-à-dire à la fois celui de celles qui protestent contre ce concours et ses coutumes et celles qui y participent, pour lesquelles il est la promesse de nouveaux horizons, un moyen de dépasser leur condition sociale. Chacun a son mot à dire, son opinion à partager, permettant ainsi de présenter la diversité des femmes et des perspectives que celles-ci peuvent avoir en ce qui concerne la lutte pour l’égalité des sexes. De ce fait, quel que soit le côté du débat, le film a un personnage pour le représenter, ne jugeant aucun des points de vue qu’il expose.

Par ailleurs, le scénario particulièrement intelligent de Rebecca Frayn et Gaby Chiappe est couplé à la mise en scène astucieuse de Philippa Lowthorpe. Tandis que les décors et les costumes très réussis de Charlotte Walter permettent de replacer complètement l’intrigue dans son contexte. Cette comédie historique revient avec habileté sur une tranche d’histoire essentielle et pourtant pas aussi retenue de nos jours qu’elle ne devrait l’être. D’autant plus que certains des thèmes sont encore bien actuels, que cela soit les combats pour l’égalité des sexes ou encore ceux pour la diversité, même cinquante ans plus tard…

En conclusion, Miss Révolution est une comédie historique et sociale comme les britanniques savent si bien le faire. Celle-ci met judicieusement en lumière les actions du Mouvement de Libération des femmes et leur coup de force médiatique lors du concours Miss Monde 1970 dans le cadre de la seconde vague féministe. A travers les portraits de ces femmes inspirantes, Philippa Lowthorpe vient faire un rappel utile des combats du mouvement féministe, un combat toujours en cours. Miss Révolution est un film intelligent tant dans son scénario que dans son exécution, qui fait autant de bien qu’il instruit sur l’histoire de ce mouvement que tout le monde ne connaît pas forcément. Mené par une distribution de qualité, ce film d’une grande pertinence mérite d’être vu par le plus grand nombre.

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Bercée par la magie de Disney, j’aime me perdre à imaginer et créer de belles histoires. Je passe le plus clair de mon temps libre assise dans une salle de cinéma et l’actu ciné suffit à égayer ma petite journée.
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