Piège de cristal : un Noël inoubliable

25/12/2020

Titre : Piège de Cristal

Réalisateur : John McTiernan

Avec : Bruce Willis, Alan Rickman, Bonnie Bedelia, ...

Genre : Action

Durée : 2h06

Nationalité : États-Unis

Sortie : 1988

Résumé : John McClane, policier new-yorkais, est venu rejoindre sa femme Holly, dont il est séparé depuis plusieurs mois, pour les fêtes de Noël dans le secret espoir d'une réconciliation. Celle-ci est cadre dans une multinationale japonaise, la Nakatomi Corporation. Son patron, M. Takagi, donne une soirée en l'honneur de ses employés, à laquelle assiste McClane. Tandis qu'il s'isole pour téléphoner, un commando investit l'immeuble et coupe toutes les communications avec l'extérieur...

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La blague est récurrente à un point où elle est devenue un marronnier de Twitter. Oui, Piège de Cristal peut être considéré comme un film de Noël, aussi bien par son inscription temporelle que la façon dont celle-ci sert à la narration. Dès lors, il est pertinent de revenir sur le film qui a marqué le cinéma d’action le jour de Noël, tel le cadeau que John McTiernan a offert au monde avec « Piège de Cristal ».

Au début, il y a une histoire toute bête : celle d’un homme qui cherche à reconquérir sa femme. Il faut dire que John McLane ne paie pas de mine, malgré la nature facétieuse visible sur son visage. Bruce Willis a su apporter au personnage une humanité, notamment par son sens de la comédie, qui manquait un peu aux héros des actioners d’époque, colosses dépassant le mythique. D’ailleurs, c’est John McLane qui a les pieds d’argile et dont le sang coule pour rappeler qu’il est en constant danger. Comme le soulignait J.J. Abrams lors de son Ted Talk, l’importance du film repose sur ce besoin humain de se reconnecter avec l’être aimé, thématique qui résonne au vu de la situation sanitaire actuelle ayant impacté la façon de se rapprocher entre nous.

Cette simplicité morale dans l’intrigue (on n’est pas dans le sauvetage du monde, juste dans une action humaine causée par une séparation émotionnelle) se retrouve dans l’aspect économique du film. Ainsi, John McLane est un petit flic représentant de la working class, confronté à un monde financièrement plus élevé dans lequel il ne se retrouve pas. L’arrivée des terroristes menés par Hans Gruber (merveilleux Alan Rickman) offre alors une lutte capitaliste où les riches se dévorent entre eux, avec ce braquage dissimulé sous des prétentions plus impliquées politiquement. Il va donc y avoir une lutte des classes se dessinant entre McLane et Gruber, dont le rapprochement avec Takagi est fait par leur volonté de mettre l’argent en priorité de tout, même la vie des autres ou la leur. Le financier prend une telle place dans la vie de ces personnages qu’il les aveugle de ce qui est pourtant quelque chose d’essentiel dans notre existence : le rapport à l’autre. Pour Gruber, celui-ci n’est qu’obstacle dans ses desseins quand il n’est pas dans son camp. Pour John, c’est un besoin qui va passer aussi bien dans le sauvetage d’Holly que dans son rapport à distance avec Powell. C’est l’occasion également d’égratigner une police aveuglée dans son action (mettant l’héroïsme de McLane en avant moins pour son métier que sa nature même) et des journalistes sensationnalistes qui privilégient le scoop au bien des autres.

L’opposition idéologique se dessine d’ailleurs dans un tas de détails qui se reflètent en permanence entre Hans Gruber et John McLane. Cette lutte entre capitalisme destructeur et classe moyenne qui cherche à sauver ses proches prend alors des proportions gigantesques par son ancrage dans le réel. Notre héros a beau accomplir certains exploits physiques, il n’en reste pas moins inscrit dans une réalité reconnaissable (là où l’on pourra dire que plusieurs suites auront totalement oublié ce facteur amenant pourtant une empathie des plus fortes). La façon dont les scénaristes Jeb Stuart et Steven E. de Souza parviennent à mener aussi bien un affrontement de croyances tout en gardant les pieds sur terre offre un plaisir de réflexion illustré par un McTiernan que l’on sent régulièrement jubiler derrière la caméra.

En ce sens, le scénario s’avère d’une richesse thématique passionnante mais au ludisme des plus présents. On ne compte plus les moments d’agencements narratifs rendant les payoffs toujours aussi gratifiants, les rebondissements s’accumulant au même rythme que ses punchlines et la jubilation de voir McLane se défaire des hommes de main de Gruber au rythme d’une chorégraphie rythmique aussi exaltante que l’action est brutale. Le charisme de Bruce Willis éclate avec la même chaleur que ce sourire qui semble avoir disparu de façon définitive du visage de l’acteur. Quant au public, il a un divertissement des plus prenants, le tout sans être pris pour du bétail décérébré (contrairement à de trop nombreux titres récents que l’on ne mentionnera pas pour éviter d’alourdir encore plus cette critique).

John McTiernan illustre ce récit avec un amusement qui se retranscrit pleinement, notamment dans sa façon de mettre en scène les nombreuses mésaventures de son flic de héros. Sa maîtrise de l’espace de l’action est une pure leçon de cinéma d’action et l’on trouve toujours quelques idées de réalisation à chaque visionnage, sans oublier un montage qui permet d’équilibrer son suspense par un rythme implacable tout en évitant un trop plein de violence ou d’humour. Évidemment, le film a de quoi offrir en la matière mais il ne tombe pas dans le surplus gras. On a beau voir en Piège de cristal un plat à consommation rapide, on est plutôt dans le mets de fin cuisinier vu le résultat final.

C’est donc un sacré cadeau qui nous est offert avec « Piège de Cristal », film d’action d’une richesse telle que l’on ne pourra jamais s’en lasser. Tous y est tout simplement parfait : la mise en scène, le scénario, la musique, le montage, le casting, … Et tout cela découle de la simple envie d’un homme de reconquérir sa femme, avec cette action qui dépasse son statut d’humain vulnérable à mille lieues des modèles d’époque. Alors, à une période de fin d’année censée nous réunir mais perturbée par les conséquences de la pandémie, célébrons de joyeuses fêtes avec un classique intemporel du cinéma d’action. Au contraire d’une année qui aura offert son lot de contrariété, « Piège de Cristal » ne peut en aucun cas décevoir et reste un présent toujours aussi inégalé…

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Amoureux du cinéma, je suis belge, pas drôle et végétarien (dans cet ordre ^^). Le septième art est ma grande passion et j’adore parler films, qu’importe leurs styles.
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