The Social Network : toxicité numérique et capitaliste

22/01/2021

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Titre : The Social Network

Réalisateur : David Fincher

Avec : Jesse Eisenberg, Justin Timberlake, Andrew Garfield, ...

Genre : Drame

Durée : 2h00

Nationalité : États-Unis

Sortie : 2010

Résumé : Une soirée bien arrosée d'octobre 2003, Mark Zuckerberg, un étudiant qui vient de se faire plaquer par sa petite amie, pirate le système informatique de l'Université de Harvard pour créer un site, une base de données de toutes les filles du campus. Il affiche côte à côte deux photos et demande à l'utilisateur de voter pour la plus canon. Il baptise le site Facemash. Le succès est instantané : l'information se diffuse à la vitesse de l'éclair et le site devient viral, détruisant tout le système de Harvard et générant une controverse sur le campus à cause de sa misogynie. Mark est accusé d'avoir violé intentionnellement la sécurité, les droits de reproduction et le respect de la vie privée. C'est pourtant à ce moment qu'est né ce qui deviendra Facebook. Peu après, Mark crée thefacebook.com, qui se répand comme une trainée de poudre d'un écran à l'autre d'abord à Harvard, puis s'ouvre aux principales universités des États-Unis, de l'Ivy League à Silicon Valley, avant de gagner le monde entier... Cette invention révolutionnaire engendre des conflits passionnés. Quels ont été les faits exacts, qui peut réellement revendiquer la paternité du réseau social planétaire ? Ce qui s'est imposé comme l'une des idées phares du XXIe siècle va faire exploser l'amitié de ses pionniers et déclencher des affrontements aux enjeux colossaux...

L'introduction de The Social Network constitue un modèle pour instituer toute la force thématique derrière Mark Zuckerberg. Sa prise de parole ne peut pas attendre la fin des logos d'introduction, il doit parler, se placer et partager sa connaissance avec sa copine. Le ton est direct, le rythme rapide et en un clin d'œil, la tension s'applique, amenant à la fin de la relation avec une rapidité surprenante. En quelques minutes d'une maîtrise totale, le film place Mark Zuckerberg dans son rapport à la solitude, son ego destructeur et ses relations avec les femmes dans une masculinité toxique pernicieuse dans sa vision de l'autre. Ici se dressent les premières briques de la maison Facebook : de la rancœur, de l'égo et une colère qui va nourrir le personnage tout au long du film.

C'est avec une sobriété dans la mise en scène que David Fincher parvient à faire exploser le film, bien aidé par le scénario d'Aaron Sorkin, un exemple d'écriture dont chaque réplique claque avec une force simple mais directe, un crochet du droit permanent faisant de certains dialogues des joutes verbales passionnantes. Pourtant, il y a une virtuosité, propre à Fincher, qui s'en dégage, une maîtrise en tout point qui parvient maintenir notre intérêt tout du long, bien aidé par un rythme fou qui provoque une pure fascination pour ce film.

[caption id="attachment_56442" align="aligncenter" width="700"] Jesse Eisenberg stars in Columbia Pictures' "The Social Network," also starring Andrew Garfield and Justin Timberlake.[/caption]

La création de Facebook se voit donc remplie d'une rancœur, essentiellement masculine. C'est le combat pour la reconnaissance et l'affirmation, quitte à faire du mal derrière soi et en se trouvant pour certains sur la frontière entre naïveté et agressivité. On ressent les interrogations sur cette obsession du contrôle jusqu'à l'extrême, avec une même pertinence 10 ans après au vu de la place prise par le réseau social dans son besoin incessant de gérer son image. Pourtant, les fondations viciées du site, tel que présenté dans l'ouverture, auraient dû mettre la puce à l'oreille de ce qui allait en ressortir, miroir de faux semblant dissimulant au mieux les trahisons en interne.

L'ironie est fortement présente, notamment dans la confrontation des Winklevoss face à ce personnage déclarant être mieux à même d'envisager la portée financière d'un projet, ayant été secrétaire aux finances du pays... mais sous-estimant la valeur économique de Facebook. On sent donc une opposition entre une génération regardant l'autre de haut et ignorant donc l'impact que celle-ci peut avoir avec ses créations et son rapport au numérique. Ce conflit n'est qu'un des nombreux émaillant durant le métrage, comme si les affrontements et rapports de force ne pouvaient être mis de côté dans un univers où chacun est en compétition avec l'autre, qu'il soit proche ou non.

Nous sommes alors confrontés à une énorme tragédie, celle de l'affrontement de la solitude en voulant s'affirmer et en ne trouvant par ce biais qu'une forme encore plus accrue d'isolement. La volonté de réunion par le numérique que promettait Facebook ne fait que diviser encore plus, et ce même parmi ses créateurs. Voilà une ironie qui aurait pu tomber dans le point de vue de Boomer mais qui fonctionne, notamment par les émotions véhiculées aussi bien par un récit avec du cœur (ce qui ne l'empêche pas d'être violent) que par des interprètes tout simplement parfaits dans leur prestation. Il est dur de ne pas voir son cœur saigner devant certains moments, surtout au vu de l'absence d'apprentissage de certains personnages. On sait immédiatement qu'il n'y aura pas de rapprochement et de pardon, que l'unique solution pour éviter le scandale est l'argent, pourtant arme de destruction massive dans l'épanouissement individuel (l'anecdote de Victoria's Secret) ou même sociétal. Ce nerf de la guerre n'amène qu'à une annihilation qui ne peut être réprimée au vu de sa place centrale dans le développement de notre monde.

Regarder « The Social Network », c'est regarder l'une des plus grandes œuvres que le cinéma américain a pu produire dans ce (jeune) 21ème siècle. C'est un regard au vitriol sur une génération menée par une masculinité toxique qui n'apprend rien de ses erreurs, une critique d'un capitalisme destructeur, une tragédie moderne où les amitiés et les amours ont toujours une date de péremption et un drame destructeur dans tout ce qu'il aborde. On reste époustouflé par une telle maîtrise dans un film ressassant les thématiques obsessionnelles de Fincher (dont justement celle du contrôle absolu, ne pouvant que mener à une destruction totale) et on ne se lasse pas de la force qui s'en dégage en tout point. Certes, l'auteur de ces lignes est souvent très positif dans ses critiques et on peut dire que certains termes ont perdu en sens par leur surutilisation abusive et sans nuance. Pourtant, on va l'affirmer haut et fort : « The Social Network » constitue sans aucun doute un chef d'œuvre, purement et simple.

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